11 Octobre 2026
Didier Sandre, sociétaire de la troupe de la Comédie-Française (détail) © Marie Roug. Claire-Marie Le Guay en concert, le 3 février 2017, à la Folle Journée, Nantes © DR
Au moment où l’on célèbre le centenaire de la disparition du père de l’impressionnisme, où le musée de l’Orangerie lui consacre l’exposition « Peindre le temps » et où un parcours dédié lui est réservé au musée d’Orsay, la Comédie-Française et le musée d’Orsay ont présenté, à l’occasion de la sortie du livre Claude Monet, lettres d’une vie, une sélection de lettres rédigées par le peintre au soir de sa vie.
Didier Sandre nous plonge dans ces lettres de la fin de la vie de celui qui ne savait que peindre. « Ma vie se passe, écrit-il, à ne songer qu’à ce que je fais, à la sacrée peinture ». Monet est alors devenu un peintre célèbre, adulé. À la veille de la Première Guerre mondiale, c’est cependant un homme affaibli, atteint par une double cataracte qui continue néanmoins, de 1915 à sa disparition, le 5 décembre 2026, à se consacrer à son jardin d’eau de Giverny et à peindre avec « obsession » nymphéas, iris, saules, agapanthes et glycines. Près de deux cents tableaux qui aboutiront aux Nymphéas du musée de l’Orangerie.
Un projet gigantesque
C’est pendant cette période, encouragé par Clemenceau, que germe l’idée de réaliser un ensemble de panneaux décoratifs sur le thème des nymphéas comme une œuvre de guerre, alors que son fils Michel est au front. Elle constitue pour lui un contrepoint, « l’asile d’une méditation paisible » bien qu’il ressente une « honte de penser à de petites recherches de formes et de couleurs pendant que tant de gens souffrent ».
Monet fait construire durant l’été 1915, un vaste atelier en mesure d’accueillir ces toiles de très grand format. En novembre 1918, il offre à Clemenceau deux panneaux décoratifs qu'il a signés le 11, jour de l'armistice et de la fin de la Première Guerre mondiale, sa manière, déclare le peintre, de prendre part à la victoire. En avril 1922, un acte notarié est signé pour le don de dix-neuf panneaux qui devront être livrés dans les deux ans qui suivent.
Peu de temps après, la vue du peintre se dégrade de nouveau. Bien que ses proches et Clemenceau l'exhortent à se faire opérer, Monet refuse. En mai, il ne peut presque plus travailler. Il finit par accepter avec réticence l'opération de l'œil droit. Après deux autres opérations réussies, Monet voit certes mieux mais sa perception des couleurs est altérée. L'opération de l'œil gauche est préconisée, mais Monet la refuse catégoriquement. À cette période, il retouche sans répit ce qu’il a promis de livrer. Il pense ne pas pouvoir respecter l'échéance mais Clemenceau insiste.
Choix est fait, pour l'installation, de l’Orangerie mais Monet modifie sans cesse son œuvre, obligeant l'architecte à revoir, au fil des modifications apportées par le peintre, l'installation prévue pour l'exposition.
Monet, atteint d’un cancer du poumon, meurt, le 5 décembre 1926, à l’âge de quatre-vingt-six ans, sans voir son œuvre in situ. L’installation des deux salles elliptiques se fait sous la supervision de Clemenceau. L'exposition ouvre ses portes le 17 mai 1927 sous le nom de musée Claude Monet.
La correspondance
Durant toute cette période, Monet se sent talonné par le temps et par la priorité à donner à sa peinture. Il ne quitte plus Giverny mais ne cesse pas pour autant de garder le contact avec ses amis : Geoffroy et Clemenceau, les Durand-Ruel, les Bernheim, ais aussi de nombreux artistes – Bonnard, Vuillard, Roussel, Denis, Matisse, Marquet ou Vlaminck.
Ce sont ces lettres qu’on découvre, dites par Didier Sandre. Elles sont, d’une certaine manière, très simples, quotidiennes, et le ton du comédien s’accorde à cette quotidianité sans apprêt. Elles font état des difficultés que ressent le peintre, de ses remaniements incessants, de son sentiment d’urgence, de ses difficultés à percevoir les couleurs, mais aussi des tracas liés au projet qu’il a formé avec Clemenceau. Elles traduisent aussi son agacement des conséquences de ses opérations de la cataracte, qui améliorent sa vision mais le font voir, dit-il « en noir et blanc ».
Confronté au pire pour un peintre – ne plus voir –, on perçoit l’obstination de Monet à poursuivre, envers et contre tout, ce qui constitue pour lui un legs à la nation française.
Un écho musical
C’est dans le registre des « affinités électives », pour reprendre le titre d’un roman de Goethe, que le programme musical, interprété par Claire Marie Le Guay, prend place à l’intérieur de la correspondance.
Soliste présente sur les scènes internationales, la pianiste Claire Marie Le Guay a un large répertoire, qui la mène jusqu’aux œuvres les plus contemporaines. Elle a joué notamment avec Daniel Barenboïm et Louis Langrée. Elle a interprété Franz Liszt, Maurice Ravel et Erwin Schulhoff, un compositeur juif tchécoslovaque déporté et mort en détention, pour la période concernée par cette part de la correspondance.
Elle propose ici un programme sensible et délicat qui entre en résonance avec l’univers de Monet. Elle ouvre le programme avec la première Gymnopédie d’Erik Satie, poursuit avec les Préludes de Debussy – Danseuses de Delphes, Danse de Puck, La Cathédrale engloutie, Des pas sur la neige, Minstrels et Canope – et referme le programme avec une œuvre tardive de Liszt, le Nuage gris, avant de retourner au Clair de lune, extrait de la Suite bergamasque de Debussy qui offre un dernier appel au rêve.
Mary Cassatt, Blue Armchair (Petite Fille dans un fauteuil bleu), Washington, National Gallery of Art, 1878.NGA. Mary Cassatt — National Gallery of Art, Washington, D. C., online collection
Un cycle de lectures et de concerts
L’Auditorium du musée d’Orsay accueillera, entre novembre 2026 et janvier 2027, les mardis à 12h30, quatre concerts.
Le premier, le 3 novembre, avec l’Ensemble Contraste et la mezzo-soprano Irina de Baghy, à l’occasion de l’exposition Mary Cassatt l’indépendante, explore les liens transatlantiques entre Paris et Philadelphie, deux villes qui ont inspiré l’artiste. Une suite de miniatures chambristes, de berceuses impressionnistes, de ballades américaines arrangées avec délicatesse, entre la France et les États-Unis, Debussy et Copland, Satie et Ellington.
Suivront, le 24 novembre, toujours en hommage à Mary Cassatt, le Duo Jatekok, deux pianistes, Naïri Badal et Adelaïde Panaget qui, à quatre mains, évoqueront le monde de l’enfance, la tendresse et la douceur des instants partagés. Gabriel Fauré, Samuel Barber, Mel Bonis et Georges Bizet y dessinent un paysage sensible, entre innocence et nostalgie.
Au cours du troisième, le 8 décembre, en partenariat avec la Cité des compositrices, la pianiste Vanessa Wagner dialoguera avec le tableau Lever de lune de Joseph Meslé sur le thème de l’eau, avec des compositions de Helen Hopekirk, Caroline Shaw ou Jeanne Barbillon. Évoquant les vagues, les soirs maritimes, les eaux troubles, les jours de pluie ou le reflet de la lune, chaque morceau est une invitation à redécouvrir l’eau sous toutes ses formes.
Le quatrième, le 26 janvier 2027, dans le cadre du cycle Une œuvre, un concert, rassemblera la mezzo-soprano Fiona McGown, la pianiste Anne de Fornel et le Quatuor Hanson autour de la Plage de Virgine Demont-Breton. Un voyage sonore, des gondoles vénitiennes aux brouillards écossais, en passant par les pluies poétiques, où voix et instruments s’unissent pour célébrer la création féminine à travers un dialogue avec la nature et la poésie.
Enfin, en soirée, à 19h, place aux Jeudis avec la Comédie-Française, et à la lecture de Nana d’Émile Zola, avec pour lectrices, successivement, du 14 janvier au 4 février 2027, les actrices de la Comédie-Française – Aymeline Alix, Adeline d’Hermy, Sylvia Bergé et Danièle Lebrun. Un découpage comme un roman feuilleton, à suivre de semaine en semaine. Une expérience à la fois littéraire, théâtrale et musicale, avec Claire-Marie Le Guay au piano.
Prochaines manifestations
3 novembre 2026, 12h30 – Ensemble Contraste et Irina de Baghy
24 novembre 2026, 12h30 – Duo Jatekok
8 décembre 2026 – Vanessa Wagner
Les 14, 21 et 28 janvier et le 4 février 2027, 19h – Successivement Aymeline Alix, Adeline d’Hermy, Sylvia Bergé et Danièle Lebrun
Le 26 janvier 2027 – Fiona McGown, Anne de Fornel, Quatuor Hanson
Claude Monet : lettres d’une vie. Dans un ouvrage richement illustré d’œuvres de l’artiste et de documents rares, la correspondance du peintre comprend plusieurs lettres éditées pour la première fois. 552 pages, 156 illustrations, relié. Ed. Thames & Hudson