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Arts-chipels.fr

June Events 2026, vingt ans et bien vivant.

June Events 2026, vingt ans et bien vivant.

La découverte et l’émergence sont au cœur de June Events et, depuis vingt ans, le festival a su évoluer avec son temps, tout comme l’Atelier de Paris lui-même, créé par Carolyn Carlson en 1994 installé à la Cartoucherie depuis 1999, et piloté par la chorégraphe américaine jusqu’en 2004.

Anne Sauvage, la directrice actuelle, inscrit cette édition de June Events sous le signe de « l’indignation » des artistes, « en écho à l’actualité internationale brûlante... »

Tout au long de ces deux semaines (du 26 mai au 13 juin), la danse, annonce-t-elle, va tenter des formes de résistance « en dénonçant l’ultralibéralisme, l’emballement numérique associé à cette surconsommation, les discriminations de genre et des normes corporelles et remettre en question la relation anthropocentrée au vivant. »

Dans le cadre de la Saison Méditerranée, un focus sur la Rive Sud apportera d’autres formes et d’autres points de vue sur cette région du monde : un programme proposé par le chorégraphe et danseur franco-tunisien Selim Ben Safia, fin connaisseur des artistes du Sud, en ce qu’il dirige Les Journées Chorégraphiques de Carthage.

Cette édition très internationale présente des esthétiques et des narratifs très divers. La danse convoque tour à tour les danses ancestrales d’Amérique, l’afindrafindrao malgache, la dabké palestinienne, la tarentelle calabraise, le krump...

June Events présente aussi, en début de festival, un temps fort dédié aux artistes ou collectifs émergents, soutenus par l’Atelier de Paris grâce à des résidences :  Mithkal Alzghair, Simon Feltz, Julie Botet, Julie Gouju et Scratchy, Ludivine Large-Bessette et Mathieu Calmelet.

En soirée d’ouverture, on a pu voir deux propositions contrastées, l’une venue du Québec, l’autre puisant son inspiration au Moyen-Orient.

Paisiblement. Phot. © DR

Paisiblement. Phot. © DR

Paisiblement, danser face à la violence

Comment rendre compte d’un massacre à travers la danse ? Que peut le corps dans un monde dominé par les armes et la raison du plus fort ? Quel message envoyer ?

La réponse de Mithkal Alzghair réside dans le titre de sa pièce et la gestuelle apaisée de sa chorégraphie, conçue à la suite d’un événement qui l’a personnellement marqué : le massacre, perpétré en juillet 2025, contre la communauté druze à Sweida. Cette minorité, à laquelle appartient l’artiste franco-syrien, est menacée par des ultranationalistes, malgré la paix, toute relative soit-elle, qui règne dans le pays, depuis la chute de Bachar al-Assad.

Samil Taskin et Mooni Van Tichel se joignent au chorégraphe pour former un trio soudé, évoluant sur les rythmes nuancés de Modar Salama.

Simple, souvent chorale, la danse raconte physiquement et en paroles une manifestation pacifiste. Les interprètes se regroupent, pancartes brandies, vierges de tout slogan, et s’expriment en français, arabe et anglais, signe de l’universalité de leur démarche.

Les mouvements circulaires et les gestes des bras, qui animent le groupe, empruntent à certaines danses populaires syriennes qu’on exécute lors de mariages, ou à des rituels amérindiens, mais prennent ici un autre sens. Ils expriment une solidarité contre la répression, qui unit tous les peuples : on pense, au-delà des Druzes de Syrie, aux Libanais, Palestiniens, Kurdes et bien d’autres populations de la région.

Progressivement, la tension s’installe, les visages se ferment, les poings se tendent, les pieds martèlent le sol, les corps vacillent, s’effondrent, gisent inanimés. Le récit se charge de témoignages tragiques recueillis par le chorégraphe auprès de survivants du massacre de Sweida, ou d’ailleurs. On est en Syrie, en Palestine, en Ukraine, au Rwanda... partout où l’on tue, viole, égorge. Percussions, nappes sourdes ou sons métalliques accompagnent cette montée de violence. Puis silence.

Restent ceux qui sont là et qui dansent en signe de résistance, avec la force intranquille des témoins et des rescapés.

De sa formation en art dramatique à Damas, il a gardé le goût de la théâtralité. Après un master au CCN de Montpellier, il a peaufiné son style et remporté le 1er prix Danse élargie en 2016. Depuis il a réalisé plusieurs pièces, fidèle à sa ligne artistique, portée vers l’exploration du corps en tant qu’espace de mémoire et d’humanité. « J’aimerais que le spectateur puisse sentir une fragilité mais aussi une forme de persistance, de résistance calme, une possibilité de rester humain face au chaos », confie-t-il à propos de Paisiblement. Mission accomplie.

Labour. Phot. © DR

Labour. Phot. © DR

Labour, l’endurance à tout prix

Comme le mot français « travail », labour fait référence tant au travail qu’aux douleurs de l’accouchement. C’est donc au féminin que s’écrit la pièce, avec cinq danseuses fringantes qui tiendront, une heure durant, un rythme d’enfer sans jamais craquer.

Où sommes nous ? À l’entraînement d’un club sportif ? Dans un cours de danse vitaminé ? Dans la course contre la montre d’une femme active, entre boulot, ménage, biberons ? Ou tout à la fois, avec cette chorégraphie relativement simple : un two-step répétitif, allant crescendo, interprété face public, à l’unisson.

Les chorégraphes québécois de parts + labour, Emily Gualtieri et David Albert-Toth, l’une venue de la danse classique, l’autre du clubbing, ont réuni cinq interprètes d’âges, de modes de vie et d’horizons artistiques variés. Ainsi, chaque corps, pris dans le mouvement perpétuel imposé par un métronome lancinant, racontera une histoire différente au sein des déplacements collectifs.

L’ambiance décontractée du début – musique pop, saluts cordiaux au public, accolades entre interprètes – cède bientôt le pas à une course contre la montre. Emportées, toujours ensemble, par la cadence de leurs pieds, elles vont et viennent tambour battant. Puis la fatigue venant, la chaleur les gênant, elles se dévêtent, se permettent des variantes : un bras se tend, une échine se courbe ; elles s’autorisent de petits écarts, pour boire, manger, allaiter un faux nourrisson, cracher. Gestes du quotidien exécutés non sans humour. Petites révoltes vite réprimées. Si l’une flanche, une autre prend le relais. La force du collectif est là tant dans la complicité entre les interprètes que dans la coercition du groupe. Toutes dans le même bateau, usque ad cadaver.

Les femmes travaillent, à la sueur de leur front et enfantent dans la douleur, nous disent ces vaillantes danseuses, à l’instar de la Bible, dans cette pièce construite sur le concept juif de Tikkun Olam – selon lequel la réparation du monde nous incombe. Ici, c’est clairement aux femmes de porter le fardeau, alors que leur labeur est souvent invisibilisé. Labour se déploie comme une boucle sans fin, où la pression de tout porter sur ses épaules finit par pousser les individus au bord de l’épuisement

Fondée sur l’endurance, la pièce reste ambiguë : en même temps éloge de la solidarité féminine, plaisir de la danse, et critique d’une société où chacun est pris dans la course à la performance. En tout cas bravo à Brianna Lombardo, Maïka Giasson, Jossua Satinée, Lou-Anne Rousseau, Frédérique Rodier.

Paisiblement S Chorégraphie Mithkal Alzghair S Interprètes Mithkal Alzghair, Samil Taskin, Mooni Van Tichel S Création sonore et musique live Modar Salama S Création lumière Abigail Fowler S Coproductions Atelier de Paris / CDCN ; Ballet National de Marseille ; Bora Bora, Danemark ; Seanse Art Center, Norvège S Création 26 mai 2026 Atelier de Paris Cartoucherie S Durée 50 minutes
TOURNÉE
3 au 17 juillet 2026 Belle Scène Saint-Denis dans le cadre du Festival Off Avignon
30 novembre et 1er décembre 2026 Espace Pasolini de Valenciennes dans le cadre duNext Festival

Labour S Concept, création, mise en scène et direction artistique Emily Gualtieri,David Albert-Toth S Interprètes-collaboratrices Brianna Lombardo, Maïka Giasson, Jossua Satinée, Lou-Anne Rousseau, Frédérique Rodier S Apprentie Clodie Lambert S Éclairages Paul Chambers S Costumes et scénographie Jonathan Saucier S Musique Frannie Holder S Direction des répétitions Jamie Wright S Dramaturgie Helen Simard S Coproduction Agora de la danse, Fonds de création du Réseau CanDance ; La Rotonde ; Agora de la danse ; Centre national des Arts ; Festival Dance: made in Canada ; Festival PuSh ; New Work  ; Rum för Dan S Création 21 au 25 avril 2026, Agora de la danse, Montréal S Présenté à June Events Atelier de Paris Cartoucherie ,le 26 mai 2026
TOURNÉE
Automne 2026 DanceWorks, Toronto (Canada) ; Rum för Dans, Kungsbacka (Suède) ; La Rotonde, (Québec)
Hiver / Printemps 2027 Le Quatrain, Haute-Goulaine ; Festival Trajectoires, Théâtre Francine Vasse, Nantes ; Théâtre Gérard Philippe, Doué-en-Anjou ; THV, Saint-Barthélemy-d’Anjou ; Le Carré, Château-Gontier ; Festival Waterproof, Le Triangle, Rennes ; Festival L’année commence avec elles, Pôle Sud, Strasbourg ; Bora Bora, Aarhus (Danemark) 

June Events, du 26 mai au 13 juin 2026
Atelier de Paris, Cartoucherie, 2 route du Champ de Manœuvre 75012 Paris
T. 01 41 74 17 07
Autres lieux du festival
Centre Wallonie-Bruxelles, 127-129, rue Saint-Martin, 75004 Paris
Le Carreau du Temple, 2, rue Perrée 75003 Paris
La Sainte-Chapelle de Paris
Jardin d’agronomie tropicale – René Dumont, 45 Avenue de la Belle Gabrielle, 75012 Paris

Les rendez-vous gratuits : Samer Zaher et Bassam Abou Diab – Ancestral Echoes ; Danya Hammoud – Scènes de vie ; Christophe Al Haber – Fragmentation ; Mehdi Dahkan – KMs of Resistance ; Charlotte Rousseau – Blast

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