15 Avril 2026
Avec dix danseurs pour exprimer la joie de vivre et d’aimer, dans un monde qui court à sa perte, les frères Ben Aïm réussissent le pari d’allier espoir et désespoir. Un ballet plein d’allant pour nous remonter le moral.
Deux frères en mode bisounours
Christian et François Ben Aïm, danseurs et chorégraphes sont associés depuis 1997.
À l’issue d’une formation pluridisciplinaire mêlant danse, théâtre physique et cirque, chacun suit son parcours d’interprète, avant de se retrouver pour réaliser ensemble À l’abri du regard des hommes, avant d’aller mourir ailleurs, une pièce danse-théâtre. Suivront une trentaine de créations.
Tendre Colère, présenté au Festival Suresnes Danse 2025, marque un nouvel élan pour la compagnie qui ose le grand format avec dix fougueux interprètes, prêts à en découdre, mais avec tendresse et humour (la marque de fabrique des deux frères). « Ce sera un manifeste utopique, une chimère dansante, un remède à la mélancolie, un pied-de-nez à la rage et à la perdition », annonce le dossier artistique du spectacle. Une pièce qui oppose violence du monde et douceur des relations humaines. « L’enthousiasme, débordant d’engagement et d’absurde, d’un Don Quichotte en cavale... », selon les chorégraphes.
Solo, duo et méli-mélo
En prologue, un facétieux duo ouvre la voie à la troupe qui, sagement alignée, entonne un air country, contant des amours malheureuses. Mais, loin du folklore américain, les dix s’élancent en solos simultanés qui exposent la grammaire commune de Tendre colère : amples mouvements de bras, souvent en torsion, chutes en spirale ou à la renverse, déséquilibres et rétablissements par l’alternance des appuis au sol et des esquisses de hip-hop ou de contact improvisation...
Les interprètes ne restent pas longtemps seuls ou à terre, des mains secourables viennent à la rescousse pour des duos, trios ou mouvements d’ensemble qui se disloquent pour se reformer avec d’autres partenaires... Un va-et-vient collectif, fait de regroupements, de dispersions, de chaînes vite rompues, de portés sporadiques, d’invocations autour du seul élément de décor, un mystérieux bâton peint en rouge, un peu tordu, totem étique et inquiétant.
Pour le reste, les lumières changeantes et expressives, et les musiques électroniques de Patrick de Oliveira, au beat entraînant ou en nappes brumeuses, créent des ambiances variées, de la joie à la mélancolie. Et les costumes atemporels à la touche ethnique de Mossi Traoré soulignent les gestuelles contrariées des danseurs.
Donner l’alarme !
Ces corps virtuoses en mouvement perpétuel vont se rassembler un instant pour crier leur colère. Un impressionnant magma s’adresse au public, menaçant, dans un martèlement de pieds. En écho, l’un des interprètes prend la parole, dans une langue étrangère, traduite en voix off, pour raconter les sévices qu’il a subis et nous enjoindre de résister et surtout de continuer à vivre. Cette rage contre l’impuissance face à la tragédie a comme un effet cathartique pour les interprètes et aussitôt la danse reprend de plus belle, malgré une explosion de fumée et quelques effondrements aussitôt secourus. En explorant les états limites du « hors de soi », de la fureur à l’abandon et du comique au drame, les chorégraphes entendent explorer la possibilité de faire groupe autrement.
L’échappée belle
C’est dans la communauté que les uns et les autres puisent leur énergie et nous la transmettent dans un surgissement de postures incongrues, d’échappées carnavalesques ou de moments apaisés. Tout est permis dans cette panoplie d’états d’être.
Christian et François Ben Aïm s’inscrivent a contrario du pessimisme et ouvrent la voie à un sursaut salutaire, voulant croire, au-delà de la colère, à la capacité d’aller vers l’autre pour un nouveau vivre ensemble. « À l’assaut !/ Des montagnes/ Des rages/ Des moulins/ Du vent [...] Du galop de trop [...] À l’assaut/ En se délestant/ Par les rires/ Par ivresse/ Par abandon [...] À l’assaut/ Tendre à l’exploit de la murmuration »...
Tendre colère
S Chorégraphie Christian et François Ben Aïm S Interprétation Eva Assayas, Jamil Attar, Johan Bichot, Alex Blondeau ou Lucie Domenach, Rosanne Briens, Chiara Corbetta ou Carla Diego, Andrea Givanovitch, Jeremy Kouyoumdjian, Andréa Moufounda ou Sara Tan, Emilio Urbina S Assistante chorégraphique Alex Blondeau S Accompagnement dramaturgique Véronique Sternberg S Composition musicale Patrick de Oliveira S Chant enregistré Myriam Djémour S Création lumière Laurent Patissier S Création costumes Mossi Traoré S Régie générale et plateau Stéphane Holvêque S Régie plateau Christophe Velay S Production CFB 451 S Coproduction et accueil en résidence Théâtre de Suresnes Jean Vilar ; Théâtre Jean Vilar/ Vitry-sur-Seine ; La Maison/ Nevers – Scène conventionnée art en territoire S Coproduction Escher Theater (Luxembourg) ; Château Rouge – Scène conventionnée d’intérêt national art & création d’Annemasse ; Équinoxe – Scène nationale de Châteauroux ; Théâtre Jacques Carat/ Cachan ; Théâtre Antoine Watteau/ Nogent-sur-Marne
Les 14 et 15 avril 2026 Le CENTQUATRE-PARIS, Paris (75) dans le cadre de Séquence Danse, du 1er au 24 avril 2026, 5 rue Curial 75019 Paris T. 01 53 35 50 00
26 avril 2026, 14h et 20h Théâtre Le Reflet, Vevey, SUISSE
16 et 17 juillet 2026, 22h Festival Paris l’été – Jardin des Tuileries