27 Mai 2026
À Metz, chaque printemps, parviennent les rumeurs du monde. Rassemblés par Benoit Bradel, des artistes venus des quatre continents nous emmènent vers d’autres horizons Au cœur de cette édition, un focus sur la Méditerranée Rive Sud, du Maghreb à l’Égypte, du Liban à la Syrie et à la Palestine. Spectacles, rencontres, ateliers, installations, films, concerts se succèdent dans une ambiance festive.
Trente ans et tout son mordant
Ce focus sur la Méditerranée Rive Sud marque les trente ans du festival et ses quinze ans à Metz. Créé à Nancy en 1996 par Charles Tordjman, alors directeur de la Manufacture, Centre dramatique national, Passages s’inscrivait dans le sillage du Festival mondial du théâtre, initié par Jack Lang et résolument tourné vers l’international. À l’écoute de la création en Europe de l’Est, le festival devient biennal en 2004. En 2011, il migre à Metz et élargit son horizon au-delà de l’Europe puis, en 2016, son directeur, Hocine Chabira, met le cap au Sud, sur le Moyen-Orient et l’Afrique. Quand Benoît Bradel en prend les rênes, il y a six ans, il lui donne une orientation « transdisciplinaire, transcontinentale et transeuropéenne ». Rebaptisé Passages Transfestival, il a retrouvé un rythme annuel pour gagner en lisibilité et maintenir des activités au-delà des deux semaines de mai.
Toute l’année, il y a des ateliers avec les écoles, les établissements pénitentiaires, auprès des personnes handicapées... On y suit aussi un certain nombre d’artistes en leur proposant des résidences et des tournées chez des partenaires, en Lorraine ou ailleurs, en les mettant en contact avec un réseau de théâtres et de festivals. Metz la transfrontalière est, contrairement aux préjugés, une cité ouverte, voisine de l’Allemagne, de la Suisse et du Luxembourg, proche de la Belgique.
L’équipe compte maintenant sept permanents durant l’année et passe à cinquante personnes pendant le festival, appuyées par une trentaine de bénévoles. Une dizaine de lieux de la cité lorraine accueille les différentes propositions de Passages et, au quartier général du festival, à deux pas de l’imposant Arsenal, reconverti en lieu culturel polyvalent, on peut assister à nombre d’événements gratuits : débats, rencontres littéraires, concerts, et des soirées s’improvisent, souvent dansantes.
3 Saisons et 1 Corps. À Gaza sous les bombes
Nous avions rencontré Mohammed Al Qudwa à Metz, l’année dernière, lors de ce même festival. « Nous avons une nouvelle langue, celle de la guerre », nous confiait alors le jeune homme, qui avait quitté Gaza City sous les bombes. Suivant le corridor humanitaire ouvert du nord au sud de l’enclave, puis exfiltré en Égypte avec ses frères et sa sœur, il a recueilli tout au long de son périple les témoignages de ceux qui vivent comme lui un exil involontaire. Il s’est beaucoup attaché à entendre des enfants, en regard de ses propres peurs lors des « cinq guerres » qu’il a traversées depuis qu’il a cinq ans. La dernière, la pire, n’est pas terminée. Le karaté et la poésie ont été pour lui la manière de garder une distance et de supporter l’intolérable, nous disait-il.
C’est à partir de ces deux arts qu’il a écrit et conçu 3 Saisons et 1 Corps, « monodrame » qu’il crée cette année à Metz, dans une mise en scène de la Brésilienne Martha Kiss Perrone.
« Quand je suis né, je n’ai pas crié. Quand je suis né, je n’ai pas pleuré. Je souriais d’être venu au monde. » Ainsi Mohammed Al Qudwa commence-t-il son récit, non sans une certaine ironie, alors que des bombardements assourdissants, vrombissements de drones et tirs de snippers se font entendre sur scène, de plus en plus proches, plongeant le public dans la guerre. « Je suis né dans une tour », poursuit-il, racontant son enfance, terré dans la maison, la peur à la porte, à chaque nouvelle hostilité. Puis, il évoque les terribles malheurs qui se sont abattus sur Gaza depuis deux ans. Sa famille dispersée, ses voisins ensevelis sous les décombres, ses amis disparus, et le départ hâtif au sud du territoire, avec son frère, sa sœur, et les chats de la maison, sans avoir pu passer ses examens de fin d’étude.
Avec pour seuls accessoires ses vêtements, un sac à dos et une chaise, Mohammed met en mots et en gestes l’arrachement à sa terre natale, les paroles recueillies auprès de ses compagnons de fortune. Il parle de cet enfant, dessinant les plans d’un nouveau Gaza, après la guerre, et le voilà lui aussi traçant au sol le croquis de son quartier, pour ne pas oublier. Il y revoit la tasse de thé qu’il a laissée en partant et qu’il buvait face à l’arbre de la place.
D’une agilité de tigre, il joue avec les codes du karaté pour traduire physiquement l’indicible. Avec les ceintures, obtenues en compétition – verte, rouge, noire –, il matérialise les frontières d’un territoire divisé. « Je cherche les rues de la ville/ dans une mémoire rouillée. » Ses mots, précis, factuels, sans pathos, ponctués de poèmes écrits en chemin, sont lourds d’avenirs brisés, le sien et ceux des morts ou des vivants restés là-bas. Il dit l’urgence de faire taire les armes et d’entendre les multiples témoignages qu’il porte à notre connaissance.
Mohammed Al Qudwa est lauréat du programme PAUSE 2025 -2026, programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil, porté par le Collège de France. Ses écrits seront bientôt publiés ; en avant-goût, citons l’extrait de Ruban noir, un poème qu’il nous avait confié l’an dernier : « Au bord des routes, j’ai noué un ruban noir/ pour crier mon deuil./ J’y ai suspendu une invocation du voyageur,/ où sommeillent mes souvenirs./ Sur ma poitrine, une amulette,/ abri de mille nids,/ mais un oiseau,/ y est mort bombardé. »
3 Saisons et 1 Corps S Texte, jeu et conception Mohammed Al Qudwa S Mise en scène Martha Kiss Perrone, Mohammed Al Qudwa S Dramaturgie Maëlle Poésy S Musique Anelena Toku S Collaboration musique Waseem Al Sisi Juliano Abramovay S Collaboration danse Aurore Giaccio S Création lumière Sebia Falk en collaboration avec Giorgia Tolaini Scénographie Jeanne Knoplioch S Traduction française Omaïma Machkour S En arabe, surtitré en français S Dans le cadre de la saison Méditerranée 2026 et du projet GRACE, cofinancé par l’UE via le programme Interreg Grande Région 2021/2027
Histoire(s) décoloniale(s) # Dalila. Entre les deux mon cœur balance
En quête de récits abordant l’histoire coloniale et son héritage, la chorégraphe Betty Tchomanga a conçu une série de solos, pensés pour des espaces non théâtraux, au plus près du public. Parmi eux, #Mulunesh, dansé et conté par Adélaïde Desseauve, que nous avons découvert lors du précédent festival.
Avec Dalila, elle met en scène par le prisme du corps et de la voix, l’histoire singulière de Dalila Khatir. Chanteuse et comédienne, l’artiste cherche sa propre identité entre la France, où elle est née et l’Algérie, terre de ses aïeux.
« Je suis Dalila Khatir, Je suis grosse, J’ai un cheveu sur la langue », scande-t-elle avec malice. « Je suis la fille d’une femme qui est morte à ma naissance [...] Je suis la sœur d’un adolescent né à Aix-en-Provence, condamné à un an et demi de prison pour avoir volé une mobylette. » « Je suis devant la mer [...] Je suis sur le bateau [...] Je suis en Algérie. Je traverse le pays. »
Dalila nous entraîne sur l’autre rive de la Méditerranée. Nous voilà dans les Aurès, embrassant l’horizon, pour une leçon de géographie subjective, sur un air de raï. « Oscillez, oscillez », l’artiste nous enjoint de suivre sa cadence, tout en jouant avec des voiles de différents coloris, qu’elle déploie comme des drapeaux. Le vert de l’Algérie se mêle au bleu, blanc, rouge de la France. Elle cherche sa voie entre les deux patries et la trouve dans la musique. Celle de la chanteuse Cheikha Rimitti, icône et ancêtre du raï algérien, chantre de la liberté au féminin, ou Freedom d’Aretha Franklin, qu’elle demande au public de reprendre en chœur, en hommage aux femmes iraniennes. Elle interprète aussi avec puissance un air de Kurt Weill, Youkali. Cette aria, extraite de l'opérette Marie Galante, résume au mieux sa quête d’identité : « Youkali/ C’est le pays de nos désirs [...] Mais c'est un rêve, une folie/ Il n′y a pas de Youkali ». Finie, l’illusion d’une terre promise, nous suggère ainsi Dalila.
Menée sur le ton d’une conversation, sa performance, à la fois confession et récit de vie, trouve, à travers l’art, le chemin d’une réconciliation entre deux cultures.
Histoire(s) décoloniale(s) #Dalila de Betty Tchomanga et Dalila Khatir [France / Algérie] S Conception Betty Tchomanga S Collaboration artistique et interprétation Dalila Khatir S Création sonore Stéphane Monteiro S Régie son Clément Crubilé, Yann Penaud S Costumes Marino Marchand en collaboration avec Betty Tchomanga S Scénographie et accessoires Betty Tchomanga en collaboration avec Vincent Blouch S Production Marion Cachan Florentine Busson S Dans le cadre de la saison Méditerranée 2026 S Durée 40 min
Zål, Le Livre des Rois s’anime
Sayeh Sirvani et Valentin Arnoux accueillent petits et grands sur le seuil de leur tente et les invitent à s’asseoir sur des coussins. Leurs torches électriques font naître, sur les parois et le toit, des épisodes du Shahnameh, le Livre des Rois, du poète Ferdowsi : une fresque peinte dans le style des miniatures persanes. Les deux marionnettistes s’inspirent de l’art ancestral du Naqqāli, un théâtre d’ombres, pour nous conter l’une des épopées fondatrices de la culture iranienne : Zål.
Né différent et rejeté à cause de ses cheveux blancs, Zål, abandonné dans la montagne et élevé par le Simurgh, hérite de cet oiseau mythique force et sagesse, pour devenir un héros aux exploits légendaires. Avec talent et délicatesse, au fur et à mesure de leur récit, les deux artistes font apparaître sur les murs un petit théâtre d’images colorées. Sous la cabane de toile, au son d’une musique traditionnelle, leurs poupées à tiges s’animent à la lumière de la lanterne magique. Une invite à se plonger dans ce poème du Xle siècle, dont se révèle ici toute la saveur.
Zål Tirée du Shahnameh ou Livre des Rois de Ferdowsi S Adaptation & réécriture Fred Pougeard et Sayeh Sirvani S Interprétation Valentin Arnoux et Sayeh Sirvani S Mise en scène, construction marionnettes et scénographie Sayeh Sirvani S Production Cie 1001 S Coproduction Espace 110, scène conventionnée d’intérêt national à Illzach
Souad Massi et l’Orchestre national de Metz Grand-Est. Un mariage réussi
En juin 2024, Souad Massi donnait le coup d’envoi de sa tournée symphonique avec déjà, à la baguette, Fayçal Karoui, connu pour sa sensibilité aux croisements culturels et aux répertoires contemporains.
Sous sa direction, la formation jazzy de la chanteuse algérienne à la voix d’or fusionne en harmonie avec l’orchestre, sans qu’aucun n’empiète sur la personnalité de l’autre, tout en préservant l’intimité des chansons. Tous sont au service d’un répertoire éclectique, tiré notamment de son récent album Sequana, qui vient d’obtenir une Victoire de la musique. L’autrice-compositrice, dans un mélange inimitable de folk, chaâbi et rock, interprète, de son timbre nuancé, chaud et clair, des textes engagés, en arabe et parfois en français. On reconnaîtra, en ouverture, Une seule étoile, texte de Michel Françoise, et le tube Mahla di El Achiya de l’Algérien El Ghazi. Raoui, porté par une guitare folk hypnotique, entre en dialogue avec les cordes de l’orchestre. Titre majeur de l’album Sequana, Dessine-moi un pays, écrit après les scènes de fuite à Kaboul en 2021, évoque l’exil, la liberté et les peuples déplacés. Pays natal, en version symphonique, devient une ballade méditerranéenne sur le thème du déracinement. Ghir Enta, plus intime et mélodique, accompagné par des bois et des cordes légères, conserve son caractère fragile et sentimental. Salam, écrit en dialecte égyptien par le grand poète Nader Abdellah, sonne ici comme une saudade. L’esprit de résistance habite la chanteuse qui évoque d’autres contrées, d’autres combats ; comme celui du poète chilien Victor Jara, assassiné par les troupes de Pinochet en 1973 : Victor (le son de la main) lui rend hommage pour qu’on n’oublie pas que « l’écho de sa voix résonne comme un coup de feu ».
Les chansons de Souad Massi, narratives et émotionnelles, sa tessiture malléable semblent particulièrement adaptées à ce traitement orchestral où les cordes prolongent les mélodies orientales. Un moment de grâce habite la salle quand elle entonne Ya ana Ya ana de la grande Fairouz, au son de la Symphonie n° 40 de Mozart. L’Orchestre national de Metz Grand-Est prouve qu’une institution symphonique sait dialoguer avec des répertoires populaires contemporains et défendre une vision ouverte de la culture, à l’image de Passages Transfestival.
Souad Massi et l’Orchestre national de Metz Grand-Est S Direction Fayçal Karoui S Voix et guitare Souad Massi S Violon Mokrane Adlani S Piano et arrangements Cyrille Lehn S Guitares Ralph Lavital S Basse Guy Nsangué S Percussions Adriano Tenorio S Et les musiciens de l’Orchestre national de Metz Grand-Est S Production Cité musicale-Metz
Ex-otic, décoloniser les regards
Hadir Nached investit l’espace public et, majestueuse, toise l’assistance rassemblée auteur d’elle. Formée aux beaux-arts, la jeune artiste égyptienne crée des formes à la croisée des arts visuels et de la danse. Pensé comme une performance in situ, son solo joue avec les codes de la beauté dite exotique. Sa gestuelle de princesse orientale, de sphinge ombrageuse, fait place à une série de métamorphoses, opérées à l’abri d’une vaste étoffe dont elle émerge telle une chenille de son cocon. Au terme de ce processus, elle aura conquis sa propre identité, libérée des regards stéréotypés, portés sur les corps « non occidentaux ». Par son écriture corporelle, précise, entre tension, lenteur et silences, elle entraîne le spectateur dans son jeu énigmatique.
Ex-otic S Conception et interprétation Hadir Nached S En partenariat avec Theater Is a Must - Hewar Theater, Alexandrie Dans le cadre de la saison Méditerranée 2026 Coproduit par Hewar Company for Independent Theater and Performing Arts.
Gathering Memories with my Eyelashes. Allo maman bobo
Nanda Mohammad, actrice confirmée sur la scène égyptienne, part à la recherche de son passé, en Syrie. Pour écrire sa première pièce, elle affronte sa mère, qui détient tous les secrets de son enfance, sans jamais les lui avoir tous livrés. C’est sur scène qu’elle la convoque en chair et en os pour tenter de combler ses trous de mémoire et découvrir qui est la vraie Nanda. Comment ses parents se sont-ils rencontrés ? Pourquoi est-elle née en Irak ? Pourquoi sa mère l’a-t-elle envoyée vivre en Suède chez un père qu’elle connaissait à peine ? Tout s’est embrouillé dans sa tête et elle demande à sa mère d’expliquer sa conduite erratique. Entre règlements de comptes et échanges affectueux, mère et fille dialoguent à cœur ouvert, sans s’épargner. Chacune révèle à l’autre son passé douloureux.
La scène devient un lieu de mémoire, où sont projetés des scènes de famille, épinglés des photographies. L’intimité des deux femmes se dévoile avec délicatesse, loin d’un déballage sentimental impudique. En empruntant une forme théâtrale limite, proche du « jeu de la vérité », Nanda Mohammad réussit avec habileté un exercice périlleux.
Gathering Memories with my Eyelashes S Texte et mise en scène Nanda Mohammad S Interprètes Bouchra Hajo, Nanda Mohammad S Scénographie et vidéo Bissane Al Charif S Dramaturgie Omar Abu Saada S Composition musicale et musique live Mohammed Sami S Création Lumières Thomas Cottereau S Regard extérieur Ahmed El Attar S Régie générale Mram Abdul Maqsoud S Traduction Jumana Al-Yasiri S Durée 1h15 S En arabe, surtitré français S En partenariat avec Festival D-Daf, Le Caire dans le cadre de la saison Méditerranée 2026 et avec TalentLAB, dans le cadre du projet GRACE
The Way Back Le sens de la terre
Les pieds dans le sable rouge, les mains dans la glaise, ils répandent, piétinent, raclent et travaillent cette matière à la fois volatile et malléable. Venus d’Alexandrie, trois danseurs, accompagnés d’un musicien, traduisent en mouvement les conflits territoriaux qui embrasent leur région. Cette terre est, à travers leurs gestuelles, aussi bien vouée à des activités pacifiques – on bâtit, plante, arrose – qu’à la guerre. On se la dispute, on l’envahit, on détruit tout sur son passage. Un poème non traduit dit, en arabe, les angoisses liés au territoire qu’on habite : peur de l’exil, de la spoliation. Il dit aussi le désir de paix. « Je cours pour tracer une route […] Je porte sur mon dos le poids du passé […] Je veux un pays, une patrie, une maison, loin des prédateurs […] Un endroit tranquille où l’on peut revenir... ». Sur ce texte haletant et les compositions de Bassem Dia, les interprètes explorent le lien entre les corps humains et la Terre, sur les thèmes de l’origine, de l’appartenance et de la migration. Un voyage sensible et sensoriel, dans le calme des campagnes ou la poussière des conflits.
The Way Back S Conception & interprétation Mariam Dahab, Nadine Nasr, Bassem Diaa, Zeyad Medhat Texte de Mariam Dahab S Scénographie et chorégraphie Nadine Nasr S Musique Bassem Diaa S En partenariat avec Theater Is a Must - Hewar Theater, Alexandrie dans le cadre de la saison Méditerranée 2026
Passages Transfestival, du 14 au 28 mai - Metz (57)
Info /billetterie, l’Esplanade T. 07 49 79 04 58
TOURNÉES
3 Saisons et 1 corps Création Les 23 et 24 mai 2026, Passages Transfestival - Metz (57)
Du 27 au 29 mai 2026 Festival Théâtre en mai - Dijon (21)
Juin 2026 Latitudes contemporaines - Lille (59)
Les 30 et 31 juillet 2026 Festival Paris l'été - Paris (75)