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Arts-chipels.fr

Derrière. Explorer l’absurde et le ratage. La cocasserie du décalage.

Derrière. Phot. © Loïc Seron

Derrière. Phot. © Loïc Seron

La compagnie pjpp présente deux spectacles, distincts en matière de forme et visibles séparément, sur le ton du presque rien et du non-sens. Une « diagonale du vide » en diptyque qui interroge notre besoin d’agitation permanente et l’inanité de cette effervescence.

À l’entrée en salle, deux personnages semblent se préparer dans un décor réduit à sa plus simple expression : une petite table, quelques chaises à cour et à jardin. Lui – François Chaigneau – exécute des figures de danse – assouplissements, rotations, bras, bustes, jambes, en contrôle du mouvement –, préfigurant une prestation chorégraphique. Elle – Claire Laureau – aussi, quoique de manière plus limitée.

Le noir se fait dans la salle. Ils sont là pour un entraînement. Il dansera, elle déclenchera le fond musical depuis un ordinateur. Mais, évidemment, rien ne se passe comme prévu. Elle fait partir la musique à contretemps, s’emmêle les pinceaux, des « intrus » sonores font irruption et viennent perturber la sélection de la bande-son. Il s’énerve, elle panique.

Leur dialogue est à l’avenant. Les phrases incomplètes, les paroles en suspens, les borborygmes, grommellements, soupirs, protestations inarticulées occupent l’espace sonore, renforçant l’inachèvement de cette répétition chorégraphique dans l’impossibilité d’aboutir. Le ton est donné. Nous sommes dans l’inaccomplissement et le ratage, en route vers une suite de séquences qui n’auront pas davantage de sens.

Derrière. Phot. © Julien Athonady

Derrière. Phot. © Julien Athonady

Bâtir sur du vide

L'enjeu – qui est aussi celui de l'autre spectacle que la compagnie présente, Les galets au tilleul sont plus petits qu'au Havre (ce qui rend la baignade bien plus agréable) – est de « travailler à partir de situations a priori sans intérêt, et tenter d'en extraire, avec humour et minutie, leur part de sensible, d'absurde et de poétique », explique le créateur et la créatrice qui sont aussi les interprètes du spectacle.

Le nom de la compagnie – pjpp – est à l'image de cette démarche. Ni acronyme ni signification secrète ne s'y dissimulent. Le choix résultant seulement de la sonorité de cette suite de consonnes et du jeu graphique de leur agencement.

Pour Nicolas Chaigneau et Claire Laureau, la création du Diptyque du vide « est née d'une envie de ralentir, d'étirer le temps, de jouer autour de l'inintérêt, du taux… » et son contenu renverra à cette idée d'un accidentel qui vient en permanence perturber le cours bien établi et réglé d'un événement imaginé.

Derrière exploitera ainsi une série de séquences sans relation les unes avec les autres, invitant – entre autres – un spectateur imaginaire à choisir son interprète préféré, imaginant une scène dansée sans cesse interrompue par un concert de flatulences, mettant en scène un clown dérisoire aux prestations ratées, conviant le meurtre et l'atmosphère du thriller à prendre possession de la scène, le tout évidemment émaillé de péripéties burlesques.

Derrière. Phot. © Loïc Seron

Derrière. Phot. © Loïc Seron

Désordre ordonné et dépossession

Les scènes ne joueront pas seulement cet écart grotesque de la réalité puisé dans le quotidien le plus trivial. Le jeu du duo de partenaires sera de la partie. Non seulement les situations dans lesquelles ils apparaissent révèlent une certaine inanité du réel, mais leur comportement et leur interprétation révèleront le grain de sable placé dans l’ordinaire.

Il ne suffit pas que leur gestuelle soit placée sous le signe de la perturbation. Celle-ci s’attaque aussi à leur langage. Lorsque, d’aventure, leur échange s’établit dans une langue clairement énoncée, c’est en voix off qu’ils s’expriment, créant une distance entre le personnage en scène et ce qu’il délivre, tandis que leurs corps, réduits à la mutité, ne disposent pour communiquer que de l'expressivité très soulignée du geste et de la mimique.

Ce décalage contribue à renforcer l’artificialité des situations mises en scène et l’inconsistance du monde qu’ils s’attachent à recréer.

À cela s’ajoute le dérèglement qui fait la loi du spectacle, avec ses faux départs, ses noirs intempestifs qui plongent la salle dans l’obscurité ou le passage en pleine lumière du public, sollicité pour participer, sans bouger de son siège, à la chorégraphie et à l’animation de la scène.

Ce ballotage renvoie à celui qu’on contemple sur scène. Ainsi l’essai chorégraphique sur une musique de Jean-Sébastien Bach où les notes graves donnent lieu à des déplacements des pieds, les notes aiguës à des mouvements des bras constitue une merveille du genre. À mesure que la partition de Bach se complexifie, la coordination entre bras et jambes se fait de plus en plus erratique, jusqu’à, bien sûr, devenir une cacophonie de gestes incontrôlés et sans plus de rapport avec la musique, créant la boucle infernale où la logique se perd.

Si le public se lance avec allégresse sur ces pistes du non-sens poétique et consent avec entrain à la participation qui lui est demandée, si certaines séquences témoignent d’une inventivité pleine de surprises et de ravissements, l’idée que le soufflé retombe au bout d’un certain temps fait cependant son chemin. À trop brasser le vide, l’impression que le spectacle et sa suite de séquences individualisées s’essoufflent se fait une place. Il n’en demeure pas moins que l’inventivité burlesque et la performance des interprètes restent à souligner. Derrière et Les galets au tilleul… ont pour eux une originalité certaine.

Les Galets au tilleul… Phot. © Wilfried Lamotte

Les Galets au tilleul… Phot. © Wilfried Lamotte

Derrière
Conception et interprétation Nicolas Chaigneau et Claire Laureau Regard extérieur (et bien plus) Aurore Di Bianco (ou Marie Rual )Créatrice lumière Valérie Sigward Régisseur fils Rafaël Georges (ou- Baptiste Cavelier )Administration, production Laëtitia Passard Musiques Johann Sebastian Bach, Gabriel Fauré, Kompromat, Mylène Farmer, Georges GershwinLe spectacle a été présenté au Festival d'Avignon off en juillet 2025 Production pjpp Coproductions Le Trident, scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin ; Le Phare, centre chorégraphique national du Havre Normandie ; CHORÈGE, CDCN de Falaise ; Le Tangram, scène nationale d'Évreux-Louviers ; le Rive-Gauche, scène conventionnée de Saint-Étienne-du-Rouvray ; L'ARC, scène nationale Le Creusot Résidences L'Étable, Beaumontel ; Le Triangle, Cité de la Danse, Rennes ; AKTÉ, Le Havre ; Le Phare, centre chorégraphique national du Havre Normandie ; Le Wine & Beer, La BaZooKa, Le Havre ; Théâtre de l'Arsenal, scène conventionnée de Val-de Reuil • Soutiens le Département de Seine-Maritime et l'ODIA Normandiepjpp est conventionné pour l'ensemble de ses activités par le ministère de la Culture (DRAC Normandie), la Région Normandie et la Ville du HavreCréation novembre 2022, récréation décembre 2024Durée 1h10 Du 10 septembre au 12 novembre 2026 à 21h Théâtre de l'Atelier - 1 place Charles Dullin - 75018 Pariswww.theatre-atelier.com

Première partie du Diptyque du vide
Du 19 septembre au 14 novembre 2026 à 21h au Théâtre de l'Atelier
Les galets au tilleul sont plus petits qu'au Havre (ce qui rend la baignade bien plus agréable)
Conception Claire Laureau et Nicolas Chaigneau Interprétation Julien Athonady, Nicolas Chaigneau, Claire Laureau ou Capucine Baroni, Marie Rual Régie générale Benjamin Lebrun ou Félix Le Cloarec Création lumière Valérie Sigward Administration et production Laëtitia Passard Musique Johann Sebastian Bach, Guiseppe Verdi, Jacques Dutronc, Alain Lefèvre, Francis Scott Key Production pjpp Coproductions Le Phare, Centre chorégraphique national du Havre Normandie, dans le cadre du dispositif Accueil Studio ; Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-en Cotentin ; CHORÈGE, CDCN de Falaise, dans le cadre du dispositif Accueil Studio ; Le Rive Gauche, Scène conventionnée d'intérêt national, Saint-Étienne-du-Rouvray Résidences Théâtre Jean Lurçat, Scène nationale d'Aubusson ; Théâtre de l'Arsenal, Scène conventionnée d'intérêt national, Val-de-Reuil ; Le Triangle, Cité de la Danse, Scène conventionnée d'intérêt national, Rennes ; Le Wine & Beer, Le Havre Remerciements la compagnie Arkanso, Coco Petitpierre, La BaZooKa Soutiens le Département de Seine-Maritime et l'ODIA Normandie pjpp est conventionné pour l'ensemble de ses activités par le ministère de la Culture (DRAC Normandie), la Région Normandie et la Ville du Havre Création juin 2021 Durée 1h
Du 19 septembre au 14 novembre 2026 à 21h
Théâtre de l'Atelier - 1 place Charles Dullin- 75018
www.theatre-atelier.com

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