2 Décembre 2025
Cinq ans après la disparition d’Anne Sylvestre, Emma la clown et Nathalie Miravette, qui accompagna la chanteuse pendant plus de dix ans, partagent avec le public un moment d’émotion en présentant des extraits de son répertoire. Plaisir garanti !
Elle est facétieuse, avec son nez en forme de patate, celle qui se présente sur scène la guitare à la main – pour faire genre ! – en gros croquenots, socquettes et jupe trop large, et s’impose avec un mélange de timidité et d’audace sur la scène. Elle, c’est Emma la clown, une belle carrière déjà, et une belle entente avec Anne Sylvestre avec laquelle elle collabore dès le milieu des années 1990 pour les Lundis de la Potinière, qui associent artistes de music-hall et jeunes artistes du cirque ou de la magie, puis en 2001, puis encore plus tard au Québec lors d’une tournée. Une fréquentation au long cours qui rejoint celle que Nathalie Miravette entretient de son côté, avec Anne Sylvestre à partir de 2010 où elle devient son arrangeuse-accompagnatrice et sa complice pendant plus de dix ans.
Il était donc « naturel » ou presque qu’elles se rencontrent : elles faisaient partie de la « famille » d’Anne, celle du cœur et des fous rires, celle de l’amitié, celle de la qualité aussi. Alors la pianiste Nathalie Miravette compose et enregistre les musiques du dernier solo d’Emma. Et Emma décide rendre hommage à Anne Sylvestre et s’adresse naturellement à Nathalie.
Un scénario bric et broc pour évoquer la tendresse et la fidélité
Elles vont monter, à elles deux, un spectacle-récital qui fait « comme si » elles racontaient une histoire : celle de l’envie d’Emma de chanter les chansons d’Anne, qu’elle connaît, dit-elle, toutes par cœur et qu’elle peut retrouver dès les premières mesures. Et la rencontre qu’elle provoque avec Nathalie pour aller au bout de son projet : chanter Anne Sylvestre…
Mais quand on est clown, forcément, c’est pas aussi simple. On force le trait, on amplifie la gestuelle, on fait des mines, on se répand. Elle en fait trop, Emma. Alors Nathalie joue les choquées, la recadre et, d’une chanson à l’autre, de la maladresse insigne et de la réserve d’Emma à une complicité qui s’établit, elles parviennent à un accord qui gomme l’excès pour faire entendre, nez oublié, la beauté des paroles. Oublié, voire ! parfois, par exemple quand elles évoquent Elle f’sait la gueule, le naturel reprend le dessus, laissant toute sa place à l’humour qui se dégage du texte.
Un répertoire varié qui navigue au fil de l’eau
Elles sont treize à table, les chansons choisies pour émailler le spectacle dont elles composent la plus grande part, et c’est au milieu des eaux que se développent les autres thèmes. Si la pluie te mouille, Déluge, Veux-tu monter dans mon bateau ? Partage des eaux forment un écrin dans lequel s’insèrent les Lettres d’amour ou Tiens-toi droite.
Agencées dans un désordre chronologique assumé, les chansons courent de part en part. Du Lac de Saint-Sébastien (2015) aux Amis d’autrefois (1979) en passant par l’hymne à l’amitié que compose Carcasse (1981) ou l’impertinent Bergère (2004) qui décale la chanson populaire vers un contenu féministe, on traverse la galaxie Anne Sylvestre des amis, des amours, des emmerdes, que les Blondes (1981) occupent et que les Fabulettes, à peine une citation comme en passant, pour mémoire, dans l’environnement aquatique qui prévaut, guettent.
Entre clownerie et poésie, texte et musique
Au-delà d’une « intrigue », plus que réduite à son expression la plus simple – mais c’est sans importance –, entendre et réentendre Anne Sylvestre est un immense plaisir que la cocasserie chaleureuse d’Emma ne gâte pas, au contraire. L’humour point dans la haine des Blondes que les hommes adorent et que hait la chanteuse ; l’amitié et la solidarité affleurent dans le Déluge et les lettres toxiques sont brocardées pour ne laisser place qu’à l’amour.
La musique n’est pas en reste. Pleine de délicatesse et d’inventivité, elle se glisse dans les interstices du texte, les souligne, les ponctue, les complète avec une richesse de répertoire qu’on a plaisir à écouter.
De raides, l’une campée devant son clavier, l’autre réprimant comiquement ses gestes par trop exagérés, les deux femmes se livrent progressivement à une rencontre plus amène. Le piano devient piédestal de la Sorcière Gulliverte qui, après avoir tenté de se mettre au niveau des humains, assume de n’être pas comme eux et de rester géante. Et unies dans une même affection pour la chanteuse disparue, toutes deux se rejoignent pour entonner certains airs a capella ou sur le mode de l’écho ou du répons.
On se laisse prendre au duo disparate de cette pianiste sanglée dans sa petite veste et en talons hauts et de cette clowne mal fagotée. Parce que ce qu’elles racontent a des allures d’histoire d’amour, et que les histoires d’amour, on aime ça…
Emma aime Anne
S Avec Emma la clown Merieme Menant, Nathalie Miravette Nathalie Miravette S Arrangements Nathalie Miravette S Les chansons du spectacle Le Lac Saint Sébastien, Si la pluie te mouille, Déluge, Bergère, Carcasse, Elle f’sait la gueule, Les Lettres d’amour, Tiens-toi droite, Une sorcière Gulliverte, Les Blondes, Les Amis d’autrefois, Fabulette Veux-tu monter dans mon bateau ?, Partage des eaux S Œil extérieur Ami Hattab S Son Romain Beigneux-Crescent S Lumières David Duquenoy S Affiche WAHIB S Coproduction Cie la Vache libre, Centre culturel de la ville Roberbert de Pordic, Communauté de communes du Mont Saint-Michel S Aides Conseil départemental des Côtes d’Armor
TOURNÉE
30 novembre 2025 – Hall de la Chanson - Parc de la Villette - Paris (75019)
Du 15 au 30 décembre 2025 – Café de la Danse - Paris (75011) 2026
30 janvier 2026 – Centre culturel - Isle (87)
7 février 2026 – Festival “Détours de Chant” - Toulouse (31)
13 février 2026 – Le Cratère - Scène nationale d’Alès - Alès (30)
À partir du 15 février 2026 – tournée au Québec - Canada
6 mars 2026 – Espace Victor Hugo - Ploufragan (22)