10 Février 2026
Une représentation somme toute assez courte, en deux parties complétement différentes. Le spectacle démarre avec un dispositif scénique un peu particulier, un certain nombre des spectateurs et spectatrices sont assis sur des chaises en cercle sur la scène autour d’un amas de corps emmêlés. Petit à petit, les corps bougent et se détendent et on aperçoit des jambes munis de sabots fourchus, puis trois danseuses qui peu à peu émergent et se redressent. Elles dansent un peu empêchées par les sabots il me semble car la musique techno demandait un peu plus. Christine Armanger nous invite donc à un « sabbat pour le temps présent » et ces trois interprètes dansent dans un cercle et se contorsionnent et se tordent pour nous livrer sa version moderne d’une danse satanique. Mais le vrai spectacle c’est la deuxième partie avec l’arrivée du chien robot, réincarnation du diable 2.0, qui va nous faire un show jusqu’à la fin du spectacle.
Les danseuses disparaissent et on le regrette, ne reste que ce chien- robot qui joue également dans ce cercle et se joue de nous ou plutôt il joue avec les données que les spectateurs et spectatrices qui le voulaient bien ont eu la gentillesse de partager. Le propos est « pédagogique » et reste très soft mais je me disais que j’avais bien fait de ne pas jouer le jeu. C’est particulièrement volontairement dérangeant. Et son approche de l’IA, axe du mal, est pertinante. Christine Armanger soulève donc, ici la question des nouveaux visages du Diable, cet emblème de la possession, de la métamorphose et de la manipulation. Elle réinvente le mythe à travers la technologie et la place que nous lui donnons dans notre quotidien.
C’est vrai que nous partageons toutes nos données sans même le savoir et que les GAFAM au final connaissent tout de nous et même parfois plus que nous ou avant nous. Le danger est bien là. Que font-ils et que feront-ils de nos données dans un monde de surveillance généralisée ? Le propos est bien réussi et ce chien robot particulièrement dérangeant. Un petit regret cependant, est de ne pas avoir vu un ballet avec le chien robot et les danseuses.
Christine Armanger est une chorégraphe, danseuse et plasticienne dont le travail se situe à la croisée de la danse, du théâtre et de la performance. Elle a travaillé comme interprète avec Laurent Bazin, Yves-Noël Genod, Noémie Fargier, Katalin Patkaï, Alex Cecchetti, Majida Khattari. Elle s’est formée auprès de Romeo Castellucci, Jan Fabre, Ambra Senatore, Gisèle Vienne. Elle pratique également la mandoline et est titulaire d’un Master 2 en Arts du Spectacle - Histoire culturelle. De 2008 à 2015, elle est journaliste en arts vivants sur Radio Campus Paris. En 2016, elle fonde à Paris la [Compagnie Louve] avec laquelle elle crée ses propres pièces chorégraphiques et plastiques.
De Diaboli, est sa première création avec plusieurs interprètes car jusqu’à présent elle ne faisait que des solos. Ainsi, elle nous offre une interrogation pertinente de la figure du diable 2.0, dans notre monde contemporain et nous permet de nous interroger sur nos pratiques et nos rapports avec les réseaux sociaux.
Distribution :
Conception, chorégraphie, texte : Christine Armanger
Interprétation : Suzanne Henry, Clémentine Vanlerberghe, Christine Armanger
Lumières et régie générale : Thomas Cany
Son et régie technique : Foucault de Malet
Ingénierie numérique : Martin Tricaud
Regard, scénographie, costumes : Marjolaine Mansot
Diffusion : Emilie Briglia
Musique : L’Île Re-sonante de Eliane Radigue
Dates de tournée
20 et 21 mai 2026 : La Scène de recherche - ENS Paris-Saclay, en coréalisation avec l’Atelier de Paris / CDCN et la Scène de recherche dans le cadre de Danses en territoires, avec Essonne Danse
29 juin 2026 : Centre des Arts d’Enghien-les-Bains dans le cadre des Bains numériques
13 et 14 avril 2027 : Agora de la danse (Montréal, Québec)