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Arts-chipels.fr

Architectures vivantes. Le musée d’Orsay, une cathédrale du XIXe siècle traversée par la lumière.

© Groupe LAPS, Nadir Bouassria

© Groupe LAPS, Nadir Bouassria

Le musée d’Orsay célèbre ses 40 ans en évoquant l’histoire de l’univers et l’aventure du vivant. C’est dans la grande nef centrale, installés sur des tapis, que les spectateurs sont invités à se gorger d’images qui évoquent l’apparition et le fourmillement de la vie et habillent la verrière et la grande horloge située sur le tympan. L’occasion de découvrir le musée sous un angle insolite en écoutant Judith Chemla et l'orchestre de douze musiciennes et musiciens dirigé par Solrey.

C’est sur les ruines de l’ancien siège du Conseil d’État, incendié pendant la Commune de Paris, et dans la perspective d’accueillir les visiteurs de l’Exposition universelle de Paris en 1900 qu’on décide de mener les trains de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans – ayant auparavant pour terminus la gare d’Austerlitz –  en plein cœur de Paris, à proximité du lieu de l’exposition. Le chantier, entre 1898 et 1900, est confié à Victor Laloux, grand prix de Rome, qui imagine une audacieuse verrière à structure métallique qu’il masque avec un parement de pierre richement orné. La décoration des caissons de sa voûte intérieure interdit toute locomotion à vapeur. Les trains sont donc dételés en gare d’Austerlitz pour y être équipés de locomotives électriques.

Réduite au trafic de banlieue en 1939, réquisitionnée comme espace de transit pour accueillir les prisonniers de guerre français de retour d’Allemagne en 1945, désaffectée et devenue entrepôt à la demande de l’abbé Pierre, la gare d'Orsay est à l’abandon dans les années 1960 et menacée de démolition.

Valery Giscard d’Estaing, pendant sa présidence, décide de faire du lieu, situé presque en face du Louvre, un musée du XIXe siècle. Comme le Louvre conserve des œuvres du début du siècle, à Orsay sera dévolue la période 1848-1914. Les architectes Pierre Coboc et Jean-Paul Philippon assument la transformation de la gare, l’aménagement de la grande galerie centrale est confiée à l’architecte d’intérieur « brutaliste » Gae Aulenti. Le musée, inauguré par François Mitterrand qui a maintenu le projet, ouvre ses portes en 1986.

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Découvrir le musée d’Orsay autrement

Lorsqu’on entre à Orsay, on lève rarement les yeux sur la verrière et sur les caissons qui l’épaulent et la soutiennent. Tout au plus admire-t-on l’horloge qui trône au milieu de la voûte et ne peut-on faire autrement que de voir les murailles érigées par Gae Aulenti de part et d’autre de la nef.

Ce soir-là, les statues qui peuplent la surface de la nef sont dans l’ombre et ce qui accroche le regard, c’est la formidable architecture de cette gare devenue musée. Une gare-cathédrale dont les vitraux – la verrière, disposée en arc  – laissent passer la lumière blanche le jour et dont le tympan, organisé autour de cette grande horloge qui continue, encore aujourd’hui, de dire l’heure, ressemblera, l’espace d’une soirée, à une rosace de monument gothique.

Les spectateurs sont invités à s’allonger ou s’asseoir sur les tapis de gymnastique disposés tout au long de la nef pour regarder un spectacle qui commence dans les hauteurs, en contemplant le ciel.

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La science au cœur du projet

Le XVIIIe siècle avait été le siècle de la chimie et de la machine à vapeur. Le XIXe siècle sera celui de la vapeur, de la vitesse, des recherches sur l’hérédité et l’origine des espèces, de la table périodique des éléments, de la radiodiffusion, de la radioactivité, des débuts de l’électricité et de la découverte de l’électron, qui nous plonge dans les particules élémentaires. Le musée d’Orsay, témoin et dépositaire artistique de cette période, trouvait dans la science une forme d’expression qui lui correspondait.

Les Quelques secondes d’éternité qu’il présente pour son quarantième anniversaire naît de la participation de chercheurs du CEA et du CNRS au projet du musée. Il n’a pas fallu moins d’un millier d’heures pour rassembler des images de systèmes vivants – cellules et réseaux de filaments –, les filmer au microscope à l’aide de dispositifs microfluidiques et en faire la matière des projections qui dialoguent avec l’architecture du musée. Un monde mouvant, tout en métamorphoses, avec lequel le texte et la musique viendront dialoguer.

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Voir naître et palpiter la vie

C’est dans une atmosphère de poussières d’étoiles que commencent ces projections de vidéo mapping à une échelle gigantesque. Une dissémination de particules après la grande explosion, le Big Bang, une plongée dans le temps, à l’origine de l’univers, « un voyage intergalactique aux origines ». Les étoiles illuminent le ciel de la grande nef. Sous la voûte elles apparaissent et disparaissent, rappellent ces images magiques des lointaines galaxies qui sont matière à rêver.

Bientôt elles seront remplacées par l’agitation chaotique de cellules vivantes, lors de l’apparition de la vie, il y a moins de quatre milliards d’années. « Chaque cellule, nous dit la narratrice, est un univers qui porte en lui la mémoire du Big Bang. » Elles se transformeront, se pareront au fil du temps de filaments lorsqu’elles se diversifieront. Elles dessineront sous la voûte d’étranges figures, cils agités de mouvements vibrionnants, éléments sans cesse en mutation, en création et en destruction, en décomposition et en recomposition.

Cette palpitation incessante du vivant épousera les particularités de l’architecture, s’inscrivant comme un œil ouvert sur le vivant sur le tympan semi-circulaire du musée, épousant la découpe en zones vitrées et en piliers revêtus de caissons de pierre, éclairant tantôt les uns, tantôt les autres, parfois traversant tout l’espace. La voûte s’anime, la vie palpite dans un kaléidoscope d’images tandis que le texte lance un hymne à la vie : « Aucun déluge n’a jamais eu raison de toutes les cellules » et peut-être pouvons-nous conserver l’espoir que la vie, malgré tout, tire son épingle du jeu. « Dans le ruisseau noir du hasard et de la nécessité, beaucoup sont morts et quelques-uns ont survécu. […] Tout persiste en se transformant » et chaque cellule porte en elle « des milliards d’années de transgression et de sagesse ».

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En paroles et musique

Narratrice gardienne du musée de la vie, Judith Chemla parcourt la nef à pas lents autour des spectateurs. Elle raconte les métamorphoses : celles de la vie qui renvoient en miroir à la transformation de la gare en musée. Elle dessine en même temps sur les parois un dialogue de l’ombre et de la lumière, figure virginale toute de blanc vêtue qui dialogue avec son ombre noire comme les deux faces d’une même médaille.

La musique ajoute à la symphonie des images et du texte sa touche bienvenue. Solrey en assure la conception et la direction. D’abord interprète pour l’Orchestre philharmonique de Radio France, l’Ensemble instrumental de Lausanne ou le California Chamber Orchestra, elle crée ensuite le Traffic Quintet pour lequel elle écrit des spectacles. Le quintette intervient ici avec nombre de musiciens invités. Violons, altos, violoncelles, contrebasse, percussions, harpe et clavier forment ainsi un ensemble dont la musique est confiée à Alexandre Desplat, Philippe Hersant et Kaija Saariaho. Leurs compositions rejoignent, musicalement, les thèmes évoqués par cette apologie du vivant et l'émerveillement qu'il suscite et en rythment le tempo, créant ainsi un voyage musical aussi diversifié qu’intéressant et inspiré, dans lequel le spectateur se trouve immergé.

Éphémères, ces Quelques secondes d’éternité ouvrent les célébrations des 40 ans du musée d’Orsay. D’autres manifestations suivront…

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Architectures vivantes. Quelques secondes d’éternité.
S Direction scientifique Manuel Théry S Direction artistique et mise en scène Frédérique Aït-Touati S Conception et direction musicale, artiste associée Solrey S Conception et montage vidéo, artistes associés Nadir Bouassria et Pierre Froment (Groupe LAPS) S Texte et collaboration artistique Marie-Sarah Adenis S Vidéo mapping ETC Onlyview S Musiques Alexandre Desplats (1. Étoiles, Tubulures, Éclats ; 3. Filaments, Chaos, Élégie & 5. Étoiles), Philippe Hersant (2. Fantaisie à la manière de Callot pour octuor de violoncelles, arrangements Thibault Bertin Maghit), Kaija Saariaho (4. Fall pour harpes seule) S Récitante Judith Chemla S Interprètes musicaux Traffic Quintet et ses invités : Bertrand Cervera, Marc-Olivier De Nattes, Ghislaine Benabdallah, Gaëlle Spieser, violons ; Estelle Villotte, Elsa Benabdallah, altos ; Renaud Gieu, Renaud Malaury, violoncelles ; Thibault Delor, contrebasse ; Adélaïde Ferrière, percussions ; Valeria Kafelnikov, harpe ; Frédéric Gaillardet, clavier S Remerciements au GrandPalais Rmn pour le prêt des assises S Avec le soutien de la Métropole du Grand Paris

Les 24 et 25 janvier 2026, 19h30, 21h
Nef du musée d’Orsay

Prochaines manifestations liées aux 40 ans du Musée
Conférence Architectures vivantes le mercredi 4 février, 18h-19h30
Angelin Preljocaj, Chorégraphie… le musée d’Orsay les 18 & 19 avril, 18h30, 19h15, 21h, 21h45
Orchestre de chambre de Paris, Thomas Hengelbrock (direction), Anastasia Kobekina (violoncelle), le 2 juin2026, 20h

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