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Arts-chipels.fr

8 soirs par semaine. La vie d’artiste en tournée. Ses joies et ses galères.

Représentation au Festival d’Anjou. Phot. © Christophe Martin

Représentation au Festival d’Anjou. Phot. © Christophe Martin

Tendresse et humour, parfois teintés de mélancolie, sont au menu de ces tranches de vie proposées par le divertissant trio composé par Vincent Dedienne, Camille Chamoux et Léopoldine HH.

C’est pas si simple, la vie d’artiste ! Deux « amuseurs publics », Vincent Dedienne et Camille Chamoux, accompagnés par la poly-instrumentiste et chanteuse Léopoldine HH nous font pénétrer dans la vie comme elle vient de deux artistes en tournée avec leur seuls en scène, dans la France profonde. Une manière de se raconter comme d’évoquer les plaisirs et turpitudes du spectacle vivant, confronté aujourd’hui à une basse drastique des moyens mis à la disposition de la culture.

Au point de départ, une proposition du Centre dramatique national de Lorient

Un samedi par mois, le CDN de Lorient propose des « Escales » invitant des artistes de différentes disciplines à s’exprimer. Dans ce cadre, Vincent Dedienne, artiste compagnon du Théâtre de Lorient, imagine un projet en compagnie de Camille Chamoux et Léopoldine HH.

Vincent et Camille se rencontrent sur le tournage de la série télévisée de Jonathan Cohen, la Flamme, et nouent une complicité au long cours. Alors qu’ils sont en tournée dans l’ouest de la France, chacun de leur côté, avec leurs spectacles respectifs – Un lendemain soir de gala et Le temps de vivre –, ils entament une correspondance quotidienne. Alors que la grève pour la réforme des retraites bat son plein, en cette fin mars 2023, ils enchaînent l’un et l’autre huit représentations en sept jours, parfois dans des bourgades reculées. De quoi raconter, de SMS en SMS. C’est de cet échange, cette semaine-là, que naît 8 soirs par semaine.

Représentation au Festival d’Anjou. Phot. © Christophe Martin

Représentation au Festival d’Anjou. Phot. © Christophe Martin

Embarquement immédiat

Dans un décor de chaises métalliques comme on en trouve dans les jardins publics, disposées en désordre, certaines renversées, comme un « après la bataille », Léopoldine HH entre en scène. Telle une danseuse de Pina Bausch, elle se présente dans un fourreau de satin à traîne vert – couleur traditionnellement bannie de la scène car censée porter malheur – et bottes sexy.

Narratrice malicieuse et charmante, elle nous révèle les échanges préliminaires entre les deux humoristes, tirés de son portable. Comment s’habiller par cette chaleur ? « Tout nu », galège Vincent. Et leur entrée en scène ? Au son des trompettes d’Avignon ? propose Camille. Il y a justement une trompette sur scène et un soi-disant amateur, recruté dans le public, fait résonner l’inoubliable appel dans une version comiquement fausse.

Le ton est donné. On n’est pas dans le « sérieux » mais il ne sera pas moins question de choses sérieuses, en particulier, de ces théâtres « subventionnés » parfois bien brocardés, qui s’échinent à faire vivre et prospérer la culture et l’art sur le territoire national.

Représentation au Festival d’Anjou. Phot. © Christophe Martin

Représentation au Festival d’Anjou. Phot. © Christophe Martin

La « décentralo » dans tous ses états

Sous le signe du voyage, évoqué par la chanson  de Barbara fredonnée par Léopoldine HH, Camille Chamoux et Vincent Dedienne vont ainsi échanger sur les grandes et petites misères de la vie d’artiste en tournée : les hôtels quatre étoiles « ressentis deux et demie », les contrats intempestifs dont on est content alors qu’ils « m’ont niqué mes vacances », les repas en petits bocaux végé, la mer qu’on ne trouve pas à Bayonne, l’effort de se réveiller aux aurores et faire coucou aux enfants via FaceTime, et toutes ces villes qui « se ressemblent quand on s’ennuie » : Faye d’Anjou,  Saint-Étienne de Monluc (« Moncul ! »), Saint-Avé, à côté de Vannes…

Et puis il y a la question du public. Les salles parfois à demi vides, assorties d’un commentaire à la Macron, ou un remplissage d’abonnés, souvent d’âge certain, qui occupent les premiers rangs alors que les plus jeunes jouent les cancres en fond de classe. La traversée des « publics froids » que le directeur du lieu décrit « très à l’écoute » quand on pense « salle qui s’emmerde », ce « seul contre mille » épuisant pour des motivations diverses dont « faire de moi quelqu’un qui me ressemble » (Vincent Dedienne) ou cette nécessité de « vivre vite » pour l’adrénaline dont on a « du mal à redescendre » (Camille Chamoux).

Le contexte pèse de bout en bout. Les conditions de représentation un jour de pluie dans un édifice au toit en zinc sans doute conçu par « un architecte sourd ». Un autre théâtre où les loges « Poltrone Sofa » sont luxueuses quand l’argent manque pour programmer Pommerat. Il y a aussi ces lieux où, hors temps de spectacle, on trouvera, comme aux Quinconces, au Mans, des grand-mères tricot, à côté de lycéens mal dans leur peau, initiés aux jeux de société par un animateur à la barbe de Père Noël.

Sans y toucher et sans lourdeur, avec la pointe d’amusement de rigueur, Camille Chamoux et Vincent Dedienne – alias Jeanne Laurent Chamoux et Jean Dasté Dedienne – nous introduisent, d’une plume alerte, dans le quotidien de cette décentralisation riche de découvertes. Et, même si les photos dans les loges affichent « Vive la vie ! » quand le quotidien ne ressemble pas à ça, ils disent toute leur gratitude « pour ce métier qui permet de rire au milieu des bombes ».

« Escale » au CDN de Lorient. Léopoldine HH, Vincent Dedienne, Camille Chamoux. Phot. © Jean-Louis Fernandez

« Escale » au CDN de Lorient. Léopoldine HH, Vincent Dedienne, Camille Chamoux. Phot. © Jean-Louis Fernandez

Entre actualité et chanson

Si on s’emmêle intentionnellement les crayons entre les figurations de couples Hoover et Hopper, si l’on pénètre dans les arcanes de la consommation insolite des sablés – de Sablé-sur-Sarthe, of course –, on n’en plongera pas moins dans les informations plus ou moins « actuelles ». Petites piques sur l’état de santé du Pape, sur le remplacement de DSK par Patrick Bruel au registre des harceleurs ou sur les réactions qu’entraînerait le projet de la danse comme « arme pour la paix » défendu par Tendre colère, si le spectacle était présenté sur les fronts de guerre, Léopoldine HH apporte un contrepoint musical tout aussi humoristique.

Il faut dire que la jeune femme connaît la musique. Fille du comédien et chanteur Jean-Marie Hummel et de la choriste et instrumentiste Liselotte Hamm – d’où son pseudonyme de « HH » – la jeune Léopoldine, qui ne dédaigne pas le loufoque, a de qui tenir. Elle met en musique des textes divers, signés Roland Topor, Olivier Cadiot, Gwenaële Aubry ou Gildas Milin, dramaturge et directeur de l’ENSAD de Montpellier, présents dans son album Blumen im Topf (« Fleurs en pot »). Elle affectionne les phrases échappées de pièces de théâtre, les comptines alsaciennes, les bidouillages déjantés de sons, de bruits divers, ou les vagabondages vocaux.

Son phrasé rappelle celui de Barbara, qu’elle a interprétée en 2017 dans un spectacle musical avec Vincent Dedienne et dont elle reprend ici les Voyages – « […] les voyages,/ C’est la vie que l’on fait,/ Le destin qu’on refait. » On apprécie l’intensité et la finesse de son timbre dense, coloré, tout en nuances. S’accompagnant ici au piano, elle s’empare, outre Barbara, d’autres chanteurs qui viennent enrichir le propos contextuel du spectacle.

Juste le temps de vivre, relate l’appétit d’un jeune soldat pour les choses simples de la vie – « Il sautait à travers les herbes/ Il a cueilli deux feuilles jaunes/ Gorgées de sève et de soleil » – avant de mourir foudroyé par « une abeille de cuivre chaud ».  Ce texte de Boris Vian, symbole de résistance, évoque « le temps de rire aux assassins », en réponse au poème de Victor Hugo, Confrontation, que Vincent Dedienne et Léopoldine HH nous font aussi entendre.

Quant à Cap au Nord, d’Anne Sylvestre, comment ne pas y voir une déclaration d’amour au public, faite contre vents et marées, turbulences et difficultés : « Si la vie fait que je m'enlise/ Comme le font les vieux rafiots/ Il faut au moins que je vous dise/ Avant que trop je prenne l'eau/ Vous êtes mon île au Trésor/ Et je vous aime Cap au Nord ». Belle conclusion.

De ce trio chaleureux, qui ne méconnaît pas l’adversité mais plaide en même temps pour cet au-delà des aléas de la création, on sort, à défaut d’être rassuré sur l’avenir, ragaillardi par cette humanité qui nous ressemble et nous fait avancer dans le même sens.

Représentation au Festival d’Anjou. Phot. © Christophe Martin

Représentation au Festival d’Anjou. Phot. © Christophe Martin

8 soirs par semaine
• Idée originale Vincent Dedienne • Texte, mise en scène et interprétation Camille Chamoux, Vincent Dedienne et Léopoldine HH • Adaptation musicale Léopoldine HH, d’après les textes de Barbara, Boris Vian, Anne Sylvestre Production Théâtre de Lorient – Centre dramatique national En partenariat avec le Festival Paris l’été et Les Étés du Louvre • Création le 25 mai 2024, dans le cadre de l’Escale du Théâtre de Lorient – Centre dramatique national • Durée 1h15

Vu au Festival Paris l’été 2026 www.parislete.fr
Du 11 juillet au 4 août 2006, un festival qui explore différents lieux parisiens ou de la proche banlieue avec des spectacles de danse, de cirque, des performances, des concerts, du cabaret, des stand-up, du théâtre pour tenter de répondre à la question « Est-ce qu’il nous incombe de réparer le monde ? ». « Peut-être un peu », répondent Marie Lenoir et Thomas Quillardet, les codirecteurs du Festival d’été à travers l’éclectisme des propositions.

À la diversité des spectacles correspond celle des lieux : le Jardin des Tuileries, domaine du Louvre, le Carreau du Temple, Césure (Paris 5e), la Monnaie de Paris, Le Grand Palais, le Petit Palais, Point éphémère (Paris 10e), le Palais de la Porte dorée, le Quai d’Austerlitz, le Square du cardinal Wyszyinski (Paris 14e), le Théâtre de verdure (Pré Catelan, Paris 16e), le Palais Galliera, le Jardin d’acclimatation, la Rue Tchaïkovski (Paris 18e), le Lycée Henri Bergson (Paris 19e), le Parc des Buttes-Chaumont, le Parc de la Villette, le Square Léon Frapié (Paris 20e), le Square éphémère (Pantin), le Parc du Puits Saint-Étienne(Bagneux), le Parc Richelieu (Bagneux), la Villa Savoye (Poissy), le Château de Jossigny, le Château de Morsang-sur-Orge, l’Hôpital Charles-Foix (Ivry-sur-Seine), l’Hôpital de la Roche-Guyon.
Pour le spectacle de danse de Christian et François Ben Aïm Tendre colère, voir notre article
https://www.arts-chipels.fr/2026/04/tendre-colere.une-rage-feconde.html

Prochaine représentation de 8 soirs par semaine
15, 16, 17 juillet à 19h Jardin des Tuileries
Jeudi 23 juillet 2026 Théâtre du fort Antoine, Monaco

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