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Arts-chipels.fr

Studiolo de l’exil : la cabane aux souvenirs

Phot. © MD

Phot. © MD

Invité au Théâtre Nouvelle Génération (TNG), à Lyon, Stephan Zimmerli installe un petit cabinet de bois dans lequel il reconstitue, en images, les lieux perdus des enfants exilés. La cabane s’ouvre sur les paysages de leur mémoire retrouvée.

Un centre dramatique national pour la jeunesse

Depuis sa nomination à la tête du TNG, Odile Grosset-Grange prend le tournant de la jeunesse. Le théâtre, jusque-là dirigé par Joris Mathieu, est privé depuis 2023 des subventions de la Région Rhône-Alpes, l’artiste ayant critiqué la politique culturelle de son président, Laurent Wauquiez.

La metteuse en scène de Cartoon (texte de Mike Kenny) – beau succès public – et de Boule de neige (texte de Baptiste Aman) reprend les rênes pour en faire un lieu de création autour des nouveaux récits et des auteurs vivants, s’adressant tant aux enfants et aux adolescents qu’aux familles : « de la crèche à l’université ». Elle entend ouvrir le TNG sur la vie du quartier populaire de Vaise, où il est implanté, en lien avec le tissu culturel local.

Elle prépare, pour la saison prochaine, un opéra sur Olympe de Gouges, Olympe la Rebelle, écrit par Isabelle Aboulker pour la partie musicale, avec la maîtrise de l’Opéra de Lyon. Elle a également commandé à Pauline Sales une création à destination des ados, à partir de treize ans.

Dans l’esprit de partage qui anime Odile Grosset-Grange, Studiolo de l’exil invite le public de toute génération dans les paysages imaginaires d’une dizaine d’enfants venus d’ailleurs. La cabane sera ouverte à tous les jeunes, lors d’animations, ou simplement comme un espace confortable pour lire, dessiner ou écouter des histoires… 

Phot. © Michel Legrand

Phot. © Michel Legrand

Un palais mental miniature

Stephan Zimmerli a imaginé son premier Studiolo à Florence, en s’inspirant des cabinets particuliers (ou studioli) construits à la Renaissance dans les palais italiens, lieux intimes où se retirer pour lire, étudier, méditer. Ils étaient souvent richement décorés, à l’instar de la Memoria Arteficiosa, un « théâtre de la mémoire », un espace conçu par l’humaniste Camilia Giulia au XVle siècle, pour représenter en images tous les savoirs et la beauté du monde, afin de susciter des œuvres nouvelles dans les sciences et les arts.

Pour Stephan Zimmerli, architecte, scénographe et musicien (il fut longtemps guitariste du groupe Moriarty), il s’agit de recueillir des récits d’émigrés et de dessiner les contours des lieux perdus. Issu lui-même d’une famille d’exilés, il a découvert à quel point sa mère avait longtemps tenu enfouie son enfance pendant la guerre du Vietnam. En suscitant les souvenirs refoulés de personnes déplacées, il parvient à « donner forme aux mémoires invisibles » : « Comme un écrivain public, je deviens la main d’un autre esprit. »

Ensemble, au cours de séances de deux heures, graphiste et exilé reconstituent ces endroits lointains à grands traits de fusain, sur les murs de bois. Les topographies se juxtaposent, à la manière d’un cadavre exquis, pour former une fresque réunissant les mémoires errantes.

À chaque lieu sa cabane, construite en fonction de l’architecture qui l’abrite : inventé à Florence, Studiolo de l’exil va essaimer de ville en ville, chaque fois réinventé.

Phot. © Michel Legrand

Phot. © Michel Legrand

Les paysages ressuscités de l’enfance

À Lyon, c’est la première fois que Stephan Zimmerli s’adresse à des enfants. Ils ont entre huit et dix-sept ans et viennent des cinq continents. Sa cabane, fermée par une double porte garnie de livres, ressemble de prime abord à l’entrée d’une bibliothèque. Mais une fois ouverte, on y découvre des murs couverts d’images colorées qui se fondent les unes dans les autres. L’horizon de l’oubli devient dialogue de souvenirs.

On y pénètre pieds nus, comme dans un temple, aussitôt saisi par l’odeur du bois blond et brut du peuplier, arbre dont on fait du papier.

L’artiste a été surpris par la réactivité de ses interlocuteurs : « Les souvenirs resurgissent pendant le dessin ; de floues, les images se précisent ; ils marchent dans leurs souvenirs. »

Meriem, treize ans, et Almayassa, neuf ans, deux sœurs palestiniennes, ont reconstitué leur chambre de Doha au Quatar. Lits superposés à droite, petit bureau à gauche ; au lointain, une fenêtre s’ouvre sur la végétation. Sur le tapis, gisent les poupées Barbie de l’aînée, décapitées par la cadette.

On s’attarde sur une vue où un funiculaire gravit une colline : c’est ainsi que Yegor, onze ans, Daniil, treize ans et Mariia, dix-sept ans, se rappellent l’Ukraine. Les souvenirs qu’Oleksii, quatorze ans, a gardé de Kiev sont plus urbains.

Elham, seize ans, et Sanaga, quatorze ans, évoquent leur Afghanistan montagneux où poussent quelques arbres. Aboubacar, dix-huit ans, se représente une Côte-d’Ivoire multicolore. Malika, seize ans, expose le Kazakhstan de son enfance.

Isabella, onze ans, elle, revoit en détail le jardin de sa grand-mère, au Vénézuéla : quelques poules picorent à côté d’un monticule de terre.

Habituellement exécutée au fusain, la fresque de Stephan Zimmeli s’est ici enrichie de couleurs pour animer cette géographie collective qui court d’une paroi à l’autre, sous un ciel bleu.

L’œuvre de l’architecte plasticien restera en place jusqu’en juin 2027, le temps que d’autres enfants se l’approprient. D’ici là, il sera parti à la rencontre de nouveaux autres exilés. Il aimerait un jour pouvoir réunir toutes ses cabanes en un seul endroit, comme autant de témoignages du temps retrouvé et de consolations immatérielles pour ceux, enfants ou adultes, qui ont tout laissé derrière eux.

Phot. © Michel Legrand

Phot. © Michel Legrand

Studiolo de l’exil au TNG
S Création du projet et scénographie Stephan Zimmerli S Construction Charlotte Camus, Guillaume Ponroy S Montage Hafid Chouaf, Tom Homsombath, Stephen Vernay.

Ouverture au public le 23 avril 2026 jusqu’à juin 2027, mar.-ven. 14h-18h
TNG-Vaise, 23 rue de Bourgogne, Lyon 9e 04.72.53.15.15 - billetterie@tng-lyon.fr
Entrée libre et gratuite

Prochains Studiolo de l’exil

22 mai 2026 Comédie de Caen – CDN, Théâtre d'Hérouville
https://www.comediedecaen.com/studiolo-de-lexil/

Du 16 au 25 octobre 2026 Parcours de lart – Festival dArt contemporain, Avignon
https://www.facebook.com/parcours.delart/ et
www.parcoursdelart.com

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