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Arts-chipels.fr

Morphage. Quand le langage devient exploration sonore et musicale.

Phot. © Mathilde Delahaye

Phot. © Mathilde Delahaye

Il faut laisser tout désir de compréhension à la porte et se laisser porter par une partition où musique, lumière et voix se répondent pour se glisser dans la performance de Valérian Guillaume et Victor Pavel.

Expérimentale : telle pourrait être la première définition de la création de Morphage, un mot inventé qui contient en lui une manière de mise en forme, de construction qui viserait à ouvrir sur un autre niveau de la perception. Une expérience que mène Valérian Guillaume avec la complicité musicale de Victor Pavel. Pour échapper aux règles du spectacle théâtral et s’inscrire dans un registre où la sensation occupe la première place. Pour faire place à une part d’improvisation, installer un temps autre, laisser place à la poésie et à son mystère.

Phot. © Mathilde Delahaye

Phot. © Mathilde Delahaye

Une fantasmagorie moderne

À la manière du fantascope, cette lanterne magique qui permettait, au XVIIIe siècle, par un système de projections, de faire apparaître dans l’espace tout un monde d’esprits et de figures fantasmatiques, il est ici question de surgissement d’un imaginaire qui laisse la part intellectuelle au vestiaire pour admettre dans la réalité autre chose que la raison raisonnante et le langage de la communication courante. Créer d’autres mondes qui échappent à la logique pour se rapprocher de la perception immédiate. L’espace scénique est là pour l’affirmer, en faisant du miroir le centre de la métamorphose.

Car la silhouette de l’auteur-acteur y joue d’innombrables reflets dans la mise en abîme qu’offrent les démultiplications qui enserrent sur trois côtés la figure du personnage. Le positionnement même des miroirs, qui se modifie au fil de la performance, joue son rôle dans cette assemblée de fantômes qui sont autant de doubles, triples, quadruples et davantage encore dont les reflets proposent de multiples images, comme un éclatement de la vision. À la manière d’un cubisme d’où serait absente la géométrie raide qu’on connaît au mouvement pictural.

Phot. © Mathilde Delahaye

Phot. © Mathilde Delahaye

Le langage ? Le son contre le sens

En phrases incomplètes, en mots esquissés, en hésitations qui se peuplent dans les intervalles ou laissent voir dans les interstices des vides que chacun remplit, le langage se fragmente, le sens s’estompe avant que ne lui succède un déluge de paroles enchaînées les unes aux autres sans qu’aucun lien identifiable n’apparaisse. Un mélange de considérations qui tiennent aussi bien de ces choses prises « dans les échancrures » que de scènes de rue qui s’apparenteraient aux commérages de voisins qui se rencontrent ou de conversation avec ma concierge. Des « samples du dedans, comme les qualifie le musicien Victor Pavel, venus du monde du dehors ».

Allitérations, homophonies, associations d’idées fonctionnent comme une mélodie et un rythme dont la musique décale le réel. Cheveux et chevaux font la paire, tout comme voix et voies. Parfois c’est une comptine, comme celles qui apprennent aux enfants à égrener les nombres qu’on entend, mais il y est question non de bois ou de cueillette mais de pierres à aiguiser.

Phot. © Mathilde Delahaye

Phot. © Mathilde Delahaye

Aiguillonner la sensation

Errant entre les images qui perturbent la notion de sujet et l’avalanche de mots et de saynètes contées appartenant à des registres différents, ne reste au spectateur que la possibilité de se laisser envahir sans chercher à comprendre, d’absorber la multiplicité pour en faire partition d’une imprégnation des sens. Ce à quoi contribue la musique, qui explore à la fois son rapport à la parole, fonctionnant tantôt en parallèle, tantôt de manière symétrique et tantôt en contrepoint, et, dans sa vie autonome, jouant à son tour sur la métamorphose et le déplacement dans l’espace. Flux, pulsation, transformation, rupture marquent la création sonore qui prend dans le monde ses « artefacts ». « Je m’en fais un orchestre, je sépare les sons, les assemble selon leurs timbres, leurs allures, avant d’en refaire de nouveaux en inventant des liens de cause à effet » indique le compositeur, qui convoque à sa manière les fantômes du réel.

La lumière n’est pas en reste, qui découpe cet espace mouvant détaché du réel et en incessante transformation, offrant à la navigation imaginaire un espace aussi abstrait qu’en perpétuelles métamorphoses.

Déconnecté de son environnement quotidien, identifiable, il reste au spectateur à se laisser flotter dans ces courants qui le conduisent aux Correspondances de Baudelaire. À travers les « vivants piliers » qui « laissent parfois sortir de confuses paroles », il revient au spectateur de se glisser « à travers des forêts de symboles / Qui l’observent avec des regards familiers ».

Phot. © Mathilde Delahaye

Phot. © Mathilde Delahaye

Morphage
S Conception, récit original, écriture improvisée en direct et performance Valérian Guillaume S Musique en direct et création son Victor Pavel S Scénographie James Brandily S Régie générale et lumière Jérémie Gaston-Raoul S Développement, production et administration Bureau Retors Particulier S Production déléguée Compagnie Désirades S Coproduction Théâtre de la Cité internationale avec le soutien d’ACTORAL-Montevidéo et de «Création en cours» des Ateliers Médicis S Remerciements Baudouin Woehl et Daphné Biiga Nwanak, Zouave Productions, Simon Jacquard, Amalia Laurent, Clara Benoit-Jacoby, Anne Saulay et Marc Le Glatin S La compagnie Désirades est en Résidence de création et d’action artistique au Théâtre de la Cité internationale de 2022 à 2026, avec le soutien de la Région Île-de-France S Durée 1h S À partir de 15 ans

Du 2 au 9 décembre 2025, lun.-mar. – 20h, jeu.-ven. – 19h, sam. – 18h
Théâtre de la Cité internationale - 17, bd Jourdan 75014 Paris Billetterie
Rés. 01 85 53 53 85 ou wwwtheatredelacite.com

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