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Arts-chipels.fr

Ma nuit à Beyrouth. Un voyage au bout de la nuit en terres libanaises.

Ma nuit à Beyrouth. Un voyage au bout de la nuit en terres libanaises.

Ce beau spectacle qui mêle danse et théâtre met en scène l’épopée dérisoire en même temps que vitale d’un Libanais contraint de renouveler son passeport. Une exploration de l’angoisse vécue dans le corps qui danse à la lisière de l’absurde.

Elle est la narratrice, il est le personnage et le sujet. Émigré en Europe, Nadim Bahsoun est retourné au Liban pour voir sa famille. Pour revenir du Liban, il doit faire renouveler son passeport. Dans son pays d’origine dont il a conservé la nationalité, il pense que ce sera plus simple que par le circuit des ambassades en pays étranger. Mais dans le Liban des années 2020, après l’explosion du port de Beyrouth, c’est un pays en état de guerre et en proie au désordre qu’il trouve, et le renouvellement de son passeport prend des allures de parcours du combattant.

Quoique Libanaise mais ne parlant pas l’arabe, Mona El Yafi, née en France et disposant de la double nationalité, ne vit pas la même situation. Elle ne se sent pas moins proche du danseur qui lui raconte son histoire et dont elle décide de faire un spectacle. Une manière de rapprocher leurs deux visions dans une forme artistique qui associe leurs pratiques : la danse et le théâtre.

Phot. © Boris Didym

Phot. © Boris Didym

Une kafkaïenne descente aux enfers

Ce que porte le récit, c’est la terrible réalité d’un pays, complètement « dérouté » de ce qu’il était, traumatisé par la guerre et les menaces qu’il subit en permanence, déchiré, et qui a perdu ses repères. Un pays détruit où s’érigent des murs de béton pour protéger les institutions. C’est le long de l’un de ces murs que se déroulera l’attente interminable de Nadim Bahsoun pour renouveler ses papiers. Trois longues nuits, au milieu des 150 à 200 personnes qui, comme lui, forment l’amas silencieux des demandeurs. Trois stations immobiles dans le noir troué par les phares de voiture pendant lesquelles lui, le danseur, lutte contre l’engourdissement en remuant à petits gestes son corps pour l’empêcher de se gripper.

À travers la narration de Mona El Yafi se dessine une descente kafkaïenne aux enfers. Avec une attente qui s'inscrit de plus en plus tôt dans la soirée jusqu’à couvrir des nuits entières pour être bien « classé » dans la file des demandeurs, des tracasseries administratives relatives aux papiers à fournir qui, finalement, ne serviront à rien et les passe-droits dont on ne parle pas mais dont on devine l’existence aux ordres de classement dans la file et aux valises de billets qui s’échangent. Un chemin de croix qu’on parcourt seul, dans un temps distendu par l’attente.

Phot. © Boris Didym

Phot. © Boris Didym

Danser l’humiliation et l’angoisse

Ce que Mona El Yafi traduit avec le langage, Nadi Bahsoun l’exprime avec son corps. Ce sont les petits gestes empêchés qui traduisent l’immobilité forcée, une réduction du mouvement qui traduit l’humiliation, une attitude qui traduit l’abattement ou l’excès du désespoir. Ce sont des moments seuls où le corps s’exprime, mais aussi un discours qu’il crée en parallèle avec la narration, chacun assurant sa partition, quand narratrice et danseur ne portent pas, ensemble, la parole et le geste tandis que bribes de musiques arabes et musiques occidentales urbaines composent le fonds sonore.

Nadi Bahsoun se danse en dansant l’attente, mais il se pense aussi en « un », en singulier au milieu des autres. Ses semblables, il les incarne à travers des marionnettes rattachées par des tringles à chacun de ses membres. Ensemble, danseur et marionnettes forment le ballet de tous ces anonymes réunis par un seul objectif : obtenir leurs papiers. Leurs gestuelles identiques et les liens qui les relient et les font se mouvoir de manière identique dans les déplacements du danseur distillent une émotion intense, qui déborde largement de la performance artistique.

Le mur comme un personnage

Un troisième intervenant s’invite dans le spectacle : le long mur gris qui ferme le fonds de scène, cette masse de béton « protectrice », barrière infranchissable qui en même temps referme l’espace et isole ceux qui attendent. C’est contre lui que le danseur se tapera la tête et le mur deviendra poreux, souple, absorbant la tête et les mouvements du personnage comme pour le réduire à néant.

Ce mur, il va cependant s’animer, comme ces murailles érigées dans les rues de Beyrouth. « Murs de la révolution » ou « murs de la honte », ils verront s’inscrire des slogans, des appels – « Beyrouth est à nous », « Liberté »  –, ou les visages et les noms de celles et ceux qui ont disparu dans l’explosion du port ou les conflits armés. Il est l’Histoire à laquelle se confrontent chaque jour les Libanais, leur mémoire aussi.

De ce duo-trio qui ne joue pas le pathos mais recrée par l’art le pathétique, on ressort secoué, et ému aussi. Parce que si nous savons que la guerre et les difficultés du Moyen-Orient sont à notre porte et si nous en mesurons intellectuellement les dégâts, le spectacle nous les fait vivre non comme une abstraction mais comme un ressenti dans la chair, dans la matière vive des sensations.

Phot. © Boris Didym

Phot. © Boris Didym

Ma Nuit à Beyrouth S Texte, mise en scène et interprétation Mona El Yafi S Chorégraphie et interprétation Nadim Bahsoun S Collaborateur artistique et regard extérieur théâtre Ayouba Ali S Regard extérieur danse Krystel Khoury S Assistanat à la mise en scène Élise Prevost S Scénographie Marcel Flores S Création sonore Najib El Yafi S Création costumes Gwladys Duthil S Création lumière et régie Alice Nédélec et Océane Farnoux S Régie générale Laurent Le Gall S Coproduction La Fédération d'Associations du Théâtre Populaire • Le Phare – Centre Chorégraphique National du Havre Normandie • La Scène Europe – la Ville de Saint-Quentin • La Manekine – Scène intermédiaire des Hauts-de-France – Pont-Sainte-Maxence • Le Vivat, scène conventionnée d'Armentières • Centre culturel municipal François Mitterrand à Tergnier • Houdremont – Centre culturel de La CourneuveS Avec le soutien de La Mousson d'été – Pont-à-Mousson • Le Théâtre Paris Villette/Le Grand Parquet • Le Mail – Soissons • Le Centre André Malraux – Hazebrouck • Le Conseil Régional des Hauts-de-France • Le Conseil Départemental de l'Oise S Projet lauréat de la Fédération des ATP 2024 S Prix Lycéen Impatience 2025 S Texte sélectionné à La Mousson d'été 2024 dans le cadre du projet PLAYGROUND cofinancé par la Commission européenne, pour une traduction et une résidence artistique en RoumanieS Texte sélectionné par le comité Eurodram 2024S Texte en cours d'édition chez Les Bras Nus
TOURNÉE
23 août 2025 au Centre culturel Pablo Picasso de Blénod-lès-Pont-à-Mousson , dans le cadre de la Mousson d'été
12 septembre 2025  à la Médiathèque d'Avignon 
12 novembre 2025  à l'Espace Bernard Marie Koltès à Metz 
16 novembre 2025 - Festival de la culture orientale  à  Prague (République Tchèque)

Les 12 décembre (19h), 13 (16h et 20h) & 14 (16h) au Jeune Théâtre National/ Paris 4 e dans le cadre du Festival Impatience
23 janvier 2026 au  Vivat  à  Armentières
3 février 2026 au  Safran  à  Amiens
13 février 2026 au  Centre Culturel Houdremont  de  La Courneuve 
8 avril 2026 à  Scènes d'Abbeville
5 mai 2026 à  L'Oiseau Mouche de Roubaix
22 mai 2026 au  Centre Culturel François Mitterrand  à  Tergnier
13 au 19 juin 2026 au  Festival Dol'En Scène  à  Dolisie (République du Congo)

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