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Arts-chipels.fr

Dans ma maison vous viendrez #5, des gens se racontent, à domicile

Phot. © DR

Phot. © DR

Des habitants de Nanterre, nous reçoivent chez eux pour partager leurs récits de vie. Ils sont les auteurs et interprètes de leurs propres partitions, écrites et jouées sous la houlette de Philippe Jamet et de l’équipe du Théâtre des Amandiers. C’est l’occasion rencontres chaleureuses pour le petit cercle de spectateurs, invités sur deux week-end.

À portes et à cœurs ouverts

« Voilà trente ans que mon travail me porte au plus près des émotions des gens », dit Philippe Jamet. Danseur et chorégraphe, à la tête de sa compagnie, le Groupe Clara Scotch, il partage ses créations avec des artistes professionnels et s’est aussi tourné vers des interprètes amateurs de tous âges et milieux, y compris carcéral. Il a ainsi réalisé, dans le monde entier, des Portraits dansés où les gens expriment par le mouvement, et parfois la parole, leur être profond.

Dans ma maison vous viendrez est donc un projet en adéquation avec son travail. Le festival permet des rencontres entre habitants de la ville à travers l’expression artistique, en partageant des parcours de vie. Après six séances de travail, de l’écriture à la mise en jeu, huit personnes chaque année ont ouvert leur porte à une trentaine de spectateurs pour leur livrer des épisodes de leur existence. Quarante-cinq récits ont ainsi vu le jour, au fil des saisons, et ont tissé des liens entre Altoséquanais. Acteurs ou spectateurs de ce festival forment un petit noyau autour du théâtre des Amandiers.

Car, au bout du compte, c’est du commun qu’il s’agit dans ces portraits d’habitants de Nanterre. L’étranger de la porte à côté qui raconte devant nous ses expériences a quelque chose à nous apprendre de lui mais aussi de nous.

D’autant plus que, cette année, le thème proposé aux participants (sélectionnés parmi des dizaines) était l’exploration des sentiments fondamentaux de la vie. À partir d’émotions fortes, telles que l’amour, la peur, la joie, la tristesse, la colère et la paix, ils ont pu écrire un récit d’une demi-heure, mis en espace par Philippe Jamet et les comédiens qui l’accompagnent. Un travail narratif qui s’incarne par la parole et le mouvement. Il s’agit, pour le chorégraphe de « danser la vie » et, pour le spectateur, de voir et entendre l’autre, dans sa singularité plurielle.

Aliénor. Phot. © DR

Aliénor. Phot. © DR

La jeune fille et la mer de et par Aliénor

« Elle est morte », ainsi commence l’histoire poignante de la jeune femme. C’est de sa mère qu’il s’agit, en dépression profonde. « Elle n’était plus là, seulement un cadavre. » Aliénor qui se dit « neuro-atypique », dyslexique, dyscalculique et en proie à des émotions violentes, avec crises de colère et de larmes. Elle nous raconte le désespoir profond qui s’est emparé d’elle en voyant un petit merle se faire écraser. Elle ressent tout, fois mille, comme dans un grand tourbillon. Mais en bonne Bretonne, elle s’est battue pour maîtriser ses angoisses de mort.

C’est en Sylvette, sa grand mère, Major dans la Marine nationale, qu’elle a puisé la force de surmonter ces états extrêmes. Le théâtre aussi lui a permis de s’en sortir, en projetant ses sentiments sur des personnages fictifs. Et après des déboires sentimentaux, elle a enfin trouvé un amoureux.

Belle, douce, calme ou agitée, comme l’océan, Aliénor, par sa présence lumineuse et son écriture incisive, nous envoie un message d’optimisme. Après avoir essuyé des tempêtes, c’est sur des eaux apaisées qu’elle vogue à présent. Sans pathos, son récit, tout en retenue et en pudeur, nous embarque dans un voyage intime vers des horizons plus sereins.

Geneviève. Phot. © DR

Geneviève. Phot. © DR

De l’autre côté de la rive de et par Geneviève 

« On ne traverse pas la rue de la même façon quand on sait que ce sera notre dernier chemin et que votre vie va se transformer en destin. » Geneviève, agrégée de lettre à la retraite, se plaît à filer la métaphore de la traversée tout au long de son récit.

Depuis qu’elle est retraitée, elle adhère à nombre d’associations, à Nanterre, et c’est la seconde fois qu’elle participe à ce Festival. Elle accueille donc le public avec beaucoup de familiarité dans son salon au balcon donnant sur le parc.

Nous allons parcourir avec elle, en peu de temps, des décennies d’existence : « Mon passé m’habite, les moments heureux de l’enfance, pic au-dessus des nuages », dit-elle quand elle évoque son séjour en colonie de vacances dans le Vercors. Elle parle d’une « mélancolie rayonnante » qui nimbe « les souvenirs enchevêtrés » de sa vie.

Le titre de sa pièce renvoie à une décision majeure qui l’a amenée à franchir l’océan pour rejoindre son amoureux, en Colombie. D’une rive à l’autre, il y a ceux que l’on aime, et ceux que l’on quitte. Chaque départ est ainsi exil, choisi pour les uns, infligé pour d’autres : elle pense aux gens qui n’ont d’autre choix que de fuir guerre ou misère et que personne n’attend sur l’autre rive.

Geneviève, elle, a eu le choix et l’exil lui offrit les prémices d’une existence heureuse : un mariage, des enfants, une nouvelle famille, sans pour autant renoncer à son pays natal, où elle est revenue pour s’installer, à Nanterre. Sur l’air de Missa Criola (messe créole composée par l’Argentin Ariel Ramirez), elle danse sa joie, et remercie la vie : « Gracias a la vida !».

Le festival Dans ma maison vous viendrez #5 se décline en 4 parcours et 8 récits.
S Un projet de Philippe Jamet S AAssisté des comédien.ne.s Raphaëlle de la Bouillerie, Axel Godard, Gabriel Gozlan-Hagendorf, Paul Thouret S Avec les habitant.e.s de Nanterre Ullie, Isabelle, Simon, Bruno, Ayachi, Aliénor, Jehanne, Genevieve S Production: Le Cercle des Amandiers, le Théâtre Nanterre-Amandiers et le Groupe Clara Scotch.
Le Festival, organisé par le Théâtre Nanterre-Amandiers s’est tenu les 10, 11, 12 et 17, 18, 19 avril 2026

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