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Arts-chipels.fr

L’Enfant qui tremble : une fiction au détour de deux biographies.

Phot. © DR

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C’est d’une complicité de quinze ans que naît cette pièce qui croise les obsessions intimes de Thomas Bellorini et François Pérache : la gémellité pour le premier, le thème de l’absence et le rapport entre les vivants et les morts pour le second. Une mise en abîme musicale et sonore qui s’appuie sur les champs d’activité privilégiés de chacun : le théâtre et la musique pour le premier, la radio pour le second.

La fiction prend pour point de départ l’histoire d’un petit garçon, François, qui, un soir de neige, dissimule un magnétophone sous la table familiale. Quarante ans plus tard, alors que la bande s’est perdue, il écrit une fiction radiophonique dans l’espoir de reconstituer cette trace à jamais disparue et de faire revivre son contenu. Une équipe technique et des comédiens sont rassemblés mais le comédien principal, frère jumeau du réalisateur, manque à l’appel. Tous attendent ce Godot qui se défile sans cesse…

La pièce met en jeu, dans le huis clos du studio, un autre huis clos : celui de la mémoire familiale, amicale et artistique, parfois douloureuse, traversée de rires et de tensions, et des souvenirs perdus dont on réécrit l’histoire en tentant de les reconstituer.

Phot. © DR

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Une partition chorale

C’est sur un espace nu, seulement parsemé de micros, où apparaîtront une table, un vieux magnétophone, des instruments de musique que se déroulera la pièce. des projections de texte en fond de scène compèteront le dispositif.

Ce qui est en jeu entrelace une forme de réalité – un tournage sur le thème de la recherche de la mémoire, avec ses intervenants techniques – une cheffe op’, une assistante, un réalisateur, un auteur – et les acteurs qui interprètent les personnages que la mémoire fait surgir – le père, la mère, la grande sœur – et qui interagissent, avec leur vécu dans leur rapport aux personnages. De l’histoire du réalisateur émerge son duo conflictuel avec son jumeau et l’omniprésence de la musique, qui traverse toute la pièce en chansons.

Dans ce parcours de la mémoire, tantôt mélancolique et empreint de nostalgie, tantôt plein de rancœurs qui tout à coup débordent, parfois humoristique et excessif, s’ébauche une réflexion sur le processus avec lequel la mémoire est à l’œuvre. Écrire n’est pas dire, traduire est trahir et chaque moyen de ce revival est une marche à tâtons.

On compare le pouvoir de l’image et du son dans le processus mémoratique et dans la fabrication de l’imaginaire, on se penche sur l’intensité de la présence que la voix autorise et que l’image tue.

Le tout se mêle aux évocations qui remontent des profondeurs de la conscience : un père qui hurle et un enfant, qui n’aurait pas dû sortir de la matrice maternelle, qui tremble. Jumeau mort et jumeau vivant se superposent dans un jeu où les rôles de chacun ne peuvent être disjoints. Et le poème de Verlaine extrait des Poèmes saturniens, « Mon rêve familier », revient comme un leitmotiv. « Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a/ L’inflexion des voix chères qui se sont tues. »

Les chansons qui émaillent ce spectacle sans spectacle apportent la note finale qui synthétise tout le reste. The Sound of Silence dialogue avec Parlez-moi d’amour. La dialectique de la mémoire et de l’oubli y est toute entière contenue.

Phot. © DR

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L’Enfant qui tremble
S Texte François Pérache S Mise en scène et direction musicale Thomas Bellorini S Collaboration artistique Hélène Madeleine Chevallier S Avec Samy Azzabi (le Réalisateur), Hélène Madeleine Chevallier (l’Assistante),  Brenda Clark (la Cheffe op’), Christabel Desbordes (la Grande sœur), Jean-Christophe Frèche (le Père), Stanislas Grimbert (le Musicien), François Pérache (l’Auteur), Zsuzsanna Varkonyi (la Mère) S Création lumières Samy Azzabi et Thomas Bellorini S Création son Robin Sellier S Création vidéo Benjamin Clavel S Régie générale Nicolas Roy S Production Compagnie Gabbiano S Coproduction Le Centquatre-Paris S Durée 1h30

Création 2026
04 > 07.02.2026
Au 104 – 5, rue Curial, 75019 Paris, dans le cadre du Festival Les Singulier·es

Ce spectacle fait partie de la programmation de le 10e édition du Festival Les Singulier·es qui se déroule du 29 janvier au 15 février 2026.

Pour les autres spectacles:
Michel Schweizer (Dogs, nouvelles du parc humain), du 12 au 14/2. Cinq personnalités fortes invitées à exposer leurs différents langages chorégraphiques et leurs points de vue sur le monde. Prix des lycéens et Prix SACD Impatience 2024
Lou Chauvain (Sous les paupières), du 12 au 21/2. Une petite fille qui grandit au bord de vivre, au bord e mourir, au bord de jouir. Jusqu’au réveil. Une mue en forme de puzzle pour un personnage attachant.
Anna Tauber, Fragan Gehlker (Suzanne, une histoire du cirque), du 12 au 21/2. Que reste-t-il des arts du cirque, à la fois exigeants et éphémères, qui s’accomplissent dans l’instant et ne laissent que des souvenirs ? De sa rencontre, dans les années 1950, de la voltigeuse Suzanne et de son mari, Anna Tauber tire une étonnante enquête sur le cirque de la « grande époque » et des servitudes auxquelles sont soumis les artistes.
Claire Dessimoz (Grand miroir), du 19 au 21/2. En mouvement sur un sol renvoyant son reflet, Claire Dessimoz explore en dansant la palette des émotions et des attitudes qu’elle questionne pour chercher celles qui constitueraient les meilleures façons d’être dans la vie.
Sébastien Barrier (Dear Jason, Dear Andrew), du 19 au 21/2. Habitué des performances poétiques et digressives, Sébastien Barrier a remis en question sa pratique en découvrant la musique du duo post-punk Sleaford Mods. Il fait de ce séisme un récit drolatique ponctué de chansons et de captures d’écran.

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