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Arts-chipels.fr

Noircisse. Soleil et nuages, chauds et froids sur l’amitié et les premières amours.

Phot. © Olivier Quérop

Phot. © Olivier Quérop

Au jeu des diversités, Claudine Galéa, qui écrit d’ordinaire pour les adultes, imagine pour des enfants une fable sur la singularité, la différence et l’acceptation de l’autre.

Une série de cubes de différentes tailles occupent la scène. Ils sont les rochers sur lesquels se déroulera la pièce. Mobiles, les blocs espacés seront passages périlleux d’un rocher à l’autre. Superposés, ils deviendront cachette d’où l’on observe, d’où l’on épie. Assemblés, ils se feront lieux de rencontre ou sièges de fortune.

Ils sont un lieu de retrouvailles de vacances, au bord de la mer. En fond de scène, un décor peint, projeté, qui se modifiera au fil du temps, dévoile tantôt un bord de mer détaché de tout réalisme, qui renvoie aussi bien au déroulement de l’action qu’à l’état d’esprit des personnages ou à leur préoccupations, tantôt les reproductions des peintures traitées « à la manière de » (Monet, Turner….) que collectionne l’une des protagonistes.

Phot. © Olivier Quérop

Phot. © Olivier Quérop

Il était une fois deux filles pré-ados

Elles sont à l’opposé l’une de l’autre, les deux amies inséparables : cheveux blonds pour l’une, bruns et très longs pour l’autre, look un peu garçon pour l’une, en short et tee-shirt, féminin pour l’autre avec sa petite robe à fleurs. La première est agressive et à fleur de peau, l’autre toute en douceur et joie de vivre. La première vit avec sa mère, la seconde avec son père.

Hiver – c’est ainsi que son amie a surnommé la fillette un peu porc-épic – aborde la vie toutes griffes dehors en se cachant derrière ses lunettes noires. Enfant de novembre – « fuck ! le mois », comme elle dit –, le regard critique, le verbe acerbe, elle trimballe un spleen qui lui fait voir la vie en noir. Passionnée de peinture, elle emporte avec elle des reproductions de tableaux, reflets de ses états d’âme, qu’on visualise sur l’écran. June, c’est l’exact opposé. Pas rebelle, appréciant la vie sous toutes ses coutures, solaire, ouverte, dansante. Hiver du repli sur soi et été de l’ouverture, elles sont opposées, mais parfaitement complémentaires.

Phot. © Hugo Daumalin

Phot. © Hugo Daumalin

Il était une fois deux garçons pré-ados

Deux garçons vont venir perturber le paysage de la belle amitié entre Hiver et June. Le premier, qu’Hiver a surnommé Le Petit, est fasciné par cette fille qui ne cesse de le renvoyer dans ses buts et de le chasser hors de sa vue. Il n’en est pas moins obstiné, l’observant en cachette, essuyant les rebuffades sans se décourager.

L’autre, on le découvrira progressivement, est un migrant. Un enfant seul, arrivé là sans sa famille, qui vit dans un camp et ne parle pas le français. Il a un nom imprononçable et les enfants le surnommeront Mayo. Son histoire, on la découvrira au fil du déroulement de la pièce en même temps que se fait son apprentissage du français au contact de ceux qui deviendront ses camarades.

Phot. © Olivier Quérop

Phot. © Olivier Quérop

Entre paysage social, amitié et amour

Au travers des récits et rencontres entre les différents personnages, plusieurs histoires se dessinent.

Il y a d’abord celles qui se rapportent au passage de l’enfance à l’adolescence. On y trouve l’amitié exclusive d’Hiver pour June et la jalousie très enfantine qu’elle éprouve à voir celle qu’elle considère comme son alter ego se rapprocher de Mayo, ce qu’elle perçoit comme une trahison ; elle fait pendant à la manière dont Le Petit s’approprie, dans sa tête, le personnage d’Hiver. Dans l’écheveau de l’enfance qui s’achemine vers sa fin, les amours naissantes de June et de Mayo ont la gravité perturbatrice des premiers émois, qui bouleversent tout. Il faudra le rapprochement et la découverte mutuelle d’Hiver et du Petit pour qu’enfin amitié et amour ne luttent plus ensemble mais deviennent complémentaires.

Sur l’autre rive, il y a le monde des adultes, qui ricoche sur l’univers des enfants : la mère qui élève Hiver seule, dans une ville où la nature est absente, qui souffre au travail, poursuivie à tout moment dans sa vie ; celle du Petit, qui singe, vis-à-vis de l’« Étranger », le comportement qu’il a vu adopter par les adultes en lui demandant « Tes papiers ! » lorsqu’il le rencontre pour la première fois ; et la pollution qui transforme la mer en champ de plastiques.

Du côté de June, cependant, le tableau n’est pas aussi noir. Parce qu’il est fait de solidarité et d’empathie. Si June n’a que son père, il est plein de compassion pour ces migrants mal reçus qu’il voudrait aider autant qu’il le peut.

Il n’empêche que la situation de Mayo et, plus généralement, des migrants, est désespérée. Pour eux qui ont rêvé l’Europe, bloqués dans ces camps de fortune sans perspective, ne reste qu’à aller voir ailleurs. Très loin… Et les enfants de laisser libre cours à leur imaginaire…

Pièce du passage de l’enfance à l’adolescence, Noircisse est aussi le tableau d’une société en crise où les valeurs d’entraide et de solidarité ont fondu comme neige au soleil et où le désastre écologique apparaît comme l’avenir réservé aux enfants. De quoi se sentir « Noircisse ». Mais ce que les enfants comprennent, c’est qu’il nous – et leur – appartient encore que le monde change. Elliptique et condensé, le texte de Claudine Goléa, par rapport à la multitude de thèmes qu’il aborde, ouvre la voie à un débat qu’il appartient aussi aux jeunes générations d’avoir.

Phot. © Olivier Quérop

Phot. © Olivier Quérop

Noircisse. Texte de Claudine Galea (éd. Espaces 34), Grand Prix de Littérature dramatique Jeunesse 2019
SMise en scène Sophie Lahayville Avec Maya Lopez (Hiver) , Jules Dupont (Le Petit) , Noémie Guille (June) , Ahmed Fattat (Mayo) Lumière Charlotte Poyé Scénographie Erick Priano et Sophie Lahayville Vidéo Erick PrianoCréation sonore Quentin Bonami Images dessinées Raphaël Doucetbon Créé au Festival Festo Pitcho en avril 2025 au Théâtre des Halles en Avignon S Production Les Femmes Sauvages S Coproduction Théâtre des Halles-scène, Le Totem - scène conventionnée Art, enfance, jeunesse, Fontenay-en-scène, Théâtre Dunois, Ville de Paris, Département du Val de Marne S Soutiens TAG, CFA de l'Ecole Régionale d'Acteurs de Cannes Marseille, Fonds d'Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques, DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur, Région SUD-PACA Durée 1h05 À partir de 10 ans

Du 4 au 8 décembre 2025 à 19h (et séances scolaires)
Théâtre Dunois – 7, rue Louise Weiss, 75013 Paris

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