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Arts-chipels.fr

Un enfant. Un rebelle au pays de Marguerite Duras.

Phot. © DR

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Dans cette libre adaptation du seul conte pour la jeunesse écrit par l'autrice, Vincent Ecrepon oppose l'école de la vie à l'enseignement formaté et désincarné dispensé par l'enseignement.

Comment réagiriez-vous si, un jour de rentrée des classes, votre enfant refusait d'aller à l'école parce que, argumente-t-il, « on m'apprend ce que je ne sais pas », reproche pour le moins surprenant quand le but de l'école est justement de faire découvrir ce que l'on ne connaît pas ? C'est dans ce refus qui peut sembler paradoxal que s'engouffre l'Enfant, qui oppose à ses parents une attitude catégorique.

Perplexité des parents, d'origine modeste, qui ne se pensent pas en position d'aller contre la volonté de leur fils, qu'ils jugent plus intelligents qu'eux, plus aptes à savoir ce qui est bon pour lui. Ils rendent visite à l'Instituteur pour lui faire part de la décision de leur fils et du respect qu'ils ont de sa décision.

Au point de départ : Marguerite Duras et le « Che »

Un enfant s'enracine dans le seul texte à destination des enfants écrit par Marguerite Duras :  Ah ! Ernesto . À l'origine, il s'agit d'un court texte, commencé en 1968 et paru en 1971, devant servir de support à un court métrage de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. Duras s'oppose à la réalisation du film et, en 1982, décide de reprendre à son compte le scénario pour finalement le tourner en 1985 sous le titre : les Enfants .

La paternité du scénario lui en ayant été contestée, l'exploitation du film, tourné à Vitry-sur-Seine que l'autrice considère comme l'un des hauts-lieux des laissés pour compte de la société, en est interdite. Elle le transforme alors en roman de 150 pages, publié en 1990 par les éditions POL Ah ! Ernesto devient ainsi la Pluie d'été .

Le jeune héros a pour prénom Ernesto, en référence à Ernesto Guevara, dit « Che », figure du révolutionnaire et du rebelle qui se dresse contre l'ordre établi et défend la cause des déshérités, un « héros » dont les adolescents de la fin des années 1960 afficheront l'affiche dans leur chambre et qui sera le porte-drapeau d'une jeunesse contestataire. 

Une adaptation libre autour du personnage d'Ernesto

Vincent Ecrepon a choisit de croiser le personnage créé par Marguerite Duras avec une recherche qu'il effectue au cours d'une résidence d'auteur dans un collège du Pays de Bray, au nord-ouest du département de l'Oise. Il nourrit ainsi son scénario de « paroles du réel » en recueillant le témoignage d'adolescents sur leur ressenti face aux institutions scolaires comme aux rapports existants au sein de la famille.

Conte pour grandir, Un enfant raconte le parcours initiatique d'un jeune en marge de l'institution scolaire qui vit dans une famille elle-même marginalisée. Délibérément orienté en vue de développer le sens critique des adolescents et destiné à « accompagner les futurs citoyens de demain à penser par eux-mêmes », la pièce s'inscrit dans la démarche de la compagnie À vrai dire : porter une parole « encourageante […] qui s'autorise une utopie de vie dont pourrait jaillir les mots : sens, curiosité, transmission, légèreté, transgression, ouverture et partage ». 

Un questionnement où le sérieux le différend au burlesque

Deux lieux, éclairés tour à tour sur la scène, situent le déroulement de la fable : la maison où restent les parents et leur fils ; le bureau de l'Instituteur où les parents exposeront à celui-ci les raisons pour lesquelles celui-ci ne retournera pas à l'école.

On voit se dessiner une histoire familiale difficile, celle d'une famille pauvre avec plusieurs enfants et des parents alcooliques, sans éducation, visiblement débordés, qui peinent à joindre les deux bouts. Ernesto, enfant facétieux trop vite grandi, y déplie dans tous les sens, à travers une gestuelle qui rappelle le hip hop, sa grande carcasse joueuse et acrobatique.

Dans un rendez-vous où s'exprime toute la différence de milieu social entre le Père de l'enfant et l'Instituteur, détenteur du « savoir », les parents défendront comme en s'en excusant le point de vue de leur fils, qu'ils perçoivent comme « différent » de leurs autres enfants et dont ils acceptent la différence.

Ce que l'histoire explora, explicitant le « on m'apprend ce que je ne sais pas », c'est le point de vue d'Ernesto, ce sentiment que ce qu'on lui enseigne à l'école est faux, imprécis, inadapté par rapport à l'expérience de la vie qu'il veut connaître et qui peut tout expliquer, qu'il s'agisse même de philosophie, de métaphysique ou de religion. Ce propose s'inscrire dans un débat plus large sur la nécessité de s'instruire et de progresser.

La transformation d'Ernesto passera par les voyages et ce qu'ils lui enseignent. S'écartant de Marguerite Duras, Vincent Ecrepon empruntera sa fin sur le devenir d'Ernesto, dont la forme se démarque complètement du reste du spectacle, à la personnalité du Che qui inspire le texte, jeune étudiant en médecine qui rencontre la pauvreté en se rendant dans divers pays d'Amérique latine.

À la sortie du roman, les critiques littéraires avaient pointé du doigt la simplicité du texte, qualifiée par certains de « sans imagination ». La pièce ne démentira pas l’affirmation avancée à ce moment-là. Elle laissera l'amateur de l'écriture de Marguerite Duras sur sa faim. Mais ici, le propos est ailleurs. Du « conte » pour enfants, on retiendra son interrogation sur ce que devrait être le « savoir » et son salutaire appel à la désobéissance.

Phot. © DR

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Un Enfant
S Librement inspiré du seul conte de Marguerite Duras, Ah ! Ernesto, par Vincent Ecrepon S Collaborateur artistique Teddy Bogaert S Regard dramaturgique Laurent Hatat S Avec Robin Condamin (Ernesto), Manesca de Ternay (La Mère), Florent Pelayo (Le Père), Laurent Stachnick (L’Instituteur) S Scénographie Caroline Ginet S Création costumes Isabelle Deffin S Régie générale Benoît André S Création sonore Maxime Denis S Création lumière Benoît André S Conception film d’animation Sylvain Hua S Administration Aïcha Khenissi S Production Compagnie à vrai dire, La Comédie de Picardie / sc. conventionnée pour le théâtre d’auteur La MCL de Gauchy / sc. conventionnée pour la jeunesse de Gauchy S Partenaires dans le cadre de la résidence d’implantation la DRAC Hauts-de-France, le Conseil Régional des Hauts-de-France, le Conseil départemental de l’Oise, la Communauté de Communes du Pays de Bray S Avec le soutien du Fond d’Insertion pour Jeunes Comédiens de l’ESAD S Accueils en résidence de recherche Bourse de résidence d’auteur décerné par le Centre National du Livre, la MCL de Gauchy / sc. conventionnée pour la jeunesse de Gauchy S Durée 55 min S Tout public à partir de 12 ans

Création et première exploitation saison 2026
MCL de Gauchy / sc. conventionnée pour la jeunesse de Gauchy 5 & 6 février 2026
Comédie de Picardie / sc. conventionnée pour le théâtre d’auteur du 11 au 13 février 2026
Communauté de Communes du Pays de Bray, 1er sem.2026, 3 dates à préciser
Festival d’Avignon Off 2026 - projet en cours d’élaboration

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