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Arts-chipels.fr

Portrait de Rita. Faire entendre les voix des marginalisés et des stigmatisés de partout.

Phot. © Pauline Le Goff

Phot. © Pauline Le Goff

Lorène Marx revendique un théâtre documentaire qui rende justice à toutes celles et à tous ceux qui sont laissés pour compte par la société. Une visée politique qui passe par des portraits individuels.

Elle se présente, petite silhouette en robe à grands ramages colorés, seule sur un grand plateau nu, devant son micro. Une petite femme de rien du tout qui n’a pour caractéristique que d’être noire, et d’origine camerounaise. L’histoire qu’elle raconte s’adresse directement au public, qu’elle prend à témoin en utilisant le « tu ». Mais en fait cette histoire est double car celle de son fils Mathis, neuf ans, se mélange à la sienne. Chacune va à rebours de l’autre. Si la sienne part de ses premières années au Cameroun, celle de son fils a pour point de départ un appel de l’école concernant l’enfant, parce que « quelque chose de grave » s’est produit. Les deux histoires vont ainsi, au fil de la pièce, se tricoter ensemble pour pointer du doigt le racisme endémique de nos sociétés, la violence policière qui se l’approprie et les mécanismes d’exclusion sociale.

Phot. © Pauline Le Goff

Phot. © Pauline Le Goff

Un spectacle né d’une rencontre

À Schaerbeck en Belgique, une performeuse belge présente un texte qui parle de violences policières et de l’agression qu’a subie un enfant dans une école spécialisée. Seul noir de l’école, il est l’objet de railleries répétées, se fait traiter de « chocolat ». Un jour, il craque et jette un bloc-notes à la figure de l’enfant qui l’insulte. La directrice appelle la police.

L’histoire est vraie. Lorène Marx et Bwanga Pilipili, la performeuse, rencontrent la mère et imaginent de créer une histoire qui partirait du début : une femme africaine, active et respectée dans son pays – elle était femme d’affaires – qui, transplantée en Europe, se voit déclassée socialement – elle devient femme de ménage –, déconsidérée et maltraitée par l’homme qu’elle est venue rejoindre. Une descente aux enfers pour les deux personnages sans espoir de salut car les moyens manquent pour rentrer au pays.

Une histoire façonnée à trois voix qui mêle trois expériences : celle de la mère, celle de la comédienne et performeuse, qui vit, elle aussi, ce que signifie être noire dans une société blanche, et celle de l’autrice trans blanche, qui observe ses semblables mais sait aussi ce qu’est la marginalisation.

Phot. © Pauline Le Goff

Phot. © Pauline Le Goff

Passer au large du pathos

C’est une mère qui ne comprend pas, du moins au départ, les infléchissements que prend sa vie. Candide à la peau foncée qui jette sur ce qui lui arrive un regard presque naïf, ce qui donne au récit une certaine cocasserie, elle raconte un quotidien de femme comme il pourrait en exister des milliers, dépassée par des événements sur lesquels elle pense ne pas avoir de prise : un blanc qui la poursuit de ses assiduités en Afrique jusqu’à lui faire tout quitter ; le premier regard hostile qui se pose sur elle en la personnalité de sa belle-mère, son invisibilité sociale, les réflexions qu’elle essuie, puis la violence qui s’installe lorsqu’elle tente de se rebeller. Son histoire, c’est, transposée, celle de son fils dont le châtiment s’avèrera hors de proportion avec l’acte qu’il a commis, mais aussi hors de justification.

Face à l’absurdité qui sous-tend ce système, le récit naîtra de la « réutilisation de toute cette douleur et de cette méchanceté qui permet aussi de nous guérir nous-mêmes par le ton, par le second degré, par l’ironie », analyse Lorène Marx qui ambitionne de faire de la pièce « un projet juste et intéressant, avec une honnêteté intellectuelle. »

Le résultat, c’est un spectacle à la fois touchant et drôle, mais aussi tragique, qui met en accusation des comportements dont on ne mesure pas toujours l’impact tant ils sont enracinés en nous. En les étalant au grand jour comme le fait ce « stand up triste », ils prennent tout à coup un relief inattendu. Et ce relief nous fait réfléchir…

Phot. © Pauline Le Goff

Phot. © Pauline Le Goff

Portrait de Rita - Stand-up triste
S Texte et mise en scène Laurène Marx S À partir d’entretiens de Rita Nkat Bayang réalisés par Laurène Marx et Bwanga Pilipili S Avec Bwanga Pilipili S Lumières Kelig Le Bars S Création musicale Maïa Blondeau S Avec la participation de Nils Rougé S Collaboration artistique Jessica Guilloud S Créé à Théâtre Ouvert en septembre 2025, dans le cadre du Festival d'Automne S Production Cie Hande Kader / Bureau des Filles S Coproduction Théâtre Ouvert - Centre National des Dramaturgies Contemporaines, Les Quinconces - L’Espal SN du Mans, Le Festival d'Automne à Paris, Théâtre National Wallonie Bruxelles, Les Halles de Schaerbeek, Collectif FAIR-E-CCN Rennes, Théâtre National de Strasbourg, Théâtre Sorano - Toulouse S Création à Théâtre Ouvert dans le cadre du Festival d'Automne à Paris en septembre 2025 S Durée 1h30

TOURNÉE
> 8 et 9 janv. 2026 – Les Quinconces, Le Mans
> Du 20 au 30 janv. 2026 – Théâtre National de Strasbourg
> 18 fév. 2026 – Université de Lille
> Du 3 au 21 mars 2026 – Théâtre National Wallonie Bruxelles

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