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Arts-chipels.fr

Vaslav. Un travesti qui a de la classe...

Phot. © Cécile Dessailly

Phot. © Cécile Dessailly

Le spectacle de cabaret d’Olivier Normand allie humour, talent et poésie. Raffiné, cultivé et plein de charme, Vaslav donne du travestissement une vision sublimée, théâtrale et musicale, exempte de toute vulgarité.

Il est à l’entrée de la salle, remerciant les spectateurs de leur venue, accueillant chacun en veillant à son bien-être. Longue robe de velours noir, fendue, comme il se doit au cabaret, petit chapeau de marin à pompon crânement posé sur la tête, silhouette élancée que de très hauts talons affinent encore, Vaslav nous raconte le music-hall avec une grande élégance. C’est qu’il n’est pas une drag-queen, nous déclarera-t-il plus loin, attachée à devenir fille en singeant ce qu’une femme verrait de pire dans la féminité : une apparence qui la transforme en femme-objet. Ce qu’il aime, c’est se travestir, sans céder sur ce qu’il est. Une belle affirmation de soi, qu’on accueille comme l'heureux augure d'une vie riche et pleine.

Phot. © Cécile Dessailly

Phot. © Cécile Dessailly

Parler de moi, parler de vous

Comme dans tout spectacle de cabaret, la connivence est de mise. On joue confidence contre confidence, on parle d’abolir le quatrième mur – bien que, quand même, on n’y coupera pas. On aborde des sujets plus délicats, les paradis artificiels, mais  soft bien sûr, et le sexe – homo, hétéro, bi, ou tout ce qu’on est ou aurait envie d’être. C’est simple, y a pas d’chichi à s’dire la vérité, et toutes sont bonnes à dire. On parle bijoux et passage des ans. Olivier Normand raconte Madame Arthur, le cabaret dans lequel il introduit ses interludes poétiques et ses références littéraires qui prennent la tangente et se démarquent. Il rêve en dansant une rencontre avec Pina Bausch qui n’a pas eu lieu. Il s’interroge sur la manière dont le travestissement modifie – ou révèle – sa personnalité et évoque Jean Genet pour se définir.

On se laisse glisser dans ce monologue qui intègre la réalité de la soirée – jouer pour lui dans un théâtre – et ce qu’elle entraîne de digressions autour du « Rond-Point ». On l’écoute, on le regarde préambuler et déambuler, pour reprendre son expression, et on se coule dans son océan de marin où baigne la sirène.

Phot. © Cécile Dessailly

Phot. © Cécile Dessailly

Au-delà du travesti, l’artiste

Derrière, ou sans doute en même temps parce que les deux ne peuvent être séparés, se cache et se révèle une voix. Quand elle parle, c’est pour filer la métaphore comme son bas file, pour nous parler des robes noires qu’arborent les chanteuses en partant de Damia pour arriver à Piaf ou Barbara, ou pour nous raconter que ce qui reste des artistes n’est parfois qu’un dessert glacé. L’amour toujours guide ses pas, de Rilke et Lou Andreas Salomé au souvenir de Mon légionnaire aux yeux très clairs, créé en 1936, qui repose sous le sable chaud ; la nostalgie aussi, qui résonne à travers la Paloma, une habanera composée vers 1863.

Mais ce qui en fait le prix, c’est la voix avec laquelle Olivier Normand nous plonge dans cet univers où le spleen et la mélancolie règnent en maîtres. Au son de la shruti box, un instrument indien à clavier dont le bourdon sert de guide-chant et dont le soufflet offre une basse continue aux morceaux qu’il interprète, il déroule des mélodies aux infinies variations et inflexions. Se mouvant du grave à l’aigu, de la voix de gorge à celle de tête, jouant des mille et une possibilités offertes par le glissement de timbre, le changement de registre, les fluctuations de rythme, les modulations complexes, il nous entraîne au cœur de la musique vocale, de Haendel et Monteverdi aux récitatifs ou presque de Brigitte Fontaine et à Bob Marley, pour nous en transmettre une beauté et une force qui ne tiennent pas seulement au compositeur qui les a créées, mais aussi à celui qui leur prête vie à travers sa voix.

Avec Vaslav, poésie et musique ont pris rendez-vous et celui qui les porte les rend plus belles qu’elles-mêmes…

Phot. © Félix Glutton

Phot. © Félix Glutton

Vaslav
S Conception et interprétation Olivier Normand S Son Pablo Da Silva S Lumières et collaboration artistique Vincent Brunol S Regard dramaturgique Anne Lenglet S Robe Hanna Sjödin S Production déléguée de la tournée Retors Particulier S Production et accompagnement au développement La Compagnie S Accueil en résidence de plateau Performing Arts Forum et le LoKal S Accompagnement à la diffusion Margot Quénéhervé et Alma Vincey, bureau Retors Particulier S Durée 1h

Du 16 septembre au 4 octobre 2025, mar.-ven., 20h — sam., 19h Relâche dim. & lun.
Théâtre du Rond-Point - 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris

www.theatredurondpoint.fr T. 01 44 95 98 21

TOURNÉE
12 — 14 novembre 2025 Maison de la Danse / Lyon (69)
16 — 22 novembre 2025 La Garance / Cavaillon (84) En itinérance dans le cadre des projets NOMADE(S)
16 décembre 2025 L'Étincelle / Rouen (76)
3 avril 2026 Théâtre Monsigny / Boulogne-sur-Mer (62)

 

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