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Arts-chipels.fr

Les Dompteurs de dragons. Un conte fabriqué en direct.

Photos © Juliette de Ferluc

Photos © Juliette de Ferluc

Cinq conteurs, marionnettistes, manipulateurs et un musicien construisent une histoire à l’aide d’objets, d’images et de sons. Illusionnistes, ils démontent et remontent une fable où il est question de tyrannie et de liberté. La langue des signes s’invite, au même titre que la parole, les images et la musique, dans la mise en scène de Jean Baptiste Puech. Pour enfants à partir de 8 ans.

Il était une fois

Distinguer le vrai du faux, dans les histoires qu’on raconte, n’a rien d’aisé, nous font remarquer en préambule les cinq artistes, tous vêtus de noir, à l’identique. Ce qui ne les empêche par de se lancer dans une fable rocambolesque de dragons, empruntant à la forme du conte traditionnel qu’on se raconte au coin du feu, car ici, ils s’adressent principalement à des enfants. Ils installent progressivement un dispositif scénique complexe et mobile, qui va leur permettre de créer des images, en regard de leur narration.

Il est question d’un roi, Itvar. Il se présente sous forme d’un sinistre personnage vociférant dans un micro, ses lunettes noires rappelant l’affiche du film L’Aveu de Costa Gavras. Assombri par des années de guerre, le souverain maintient sous sa coupe son peuple et son fils, au prétexte que le pays est menacé par des dragons maléfiques. Voilà pourquoi il interdit toute lumière pouvant les attirer et fait forger par ses sujets un grillage géant à placer aux frontières. À cette propagande d'État relayée par haut-parleurs, comme dans une dystopie orwellienne, s'opposent les histoires qu'invente, pour les ouvriers de la forge royale, la jeune Sabra. Lorsque Georges, le fils du roi, disparaît, celle-ci part à sa recherche. Ensemble ils déjoueront les mensonges par lesquels Itvar entretient la peur chez ses sujets.

Photos © Juliette de Ferluc

Photos © Juliette de Ferluc

Un conte qui s’invente au fur et à mesure

La narration ici n’a rien de linéaire, elle se fait par la transformation à vue des comédiens et du décor. Tantôt narrateurs, tantôt dans la peau des personnages, ils se relaient pour conter l'histoire en manipulant et filmant des objets et des marionnettes dans des décors miniatures disposés sur des tables roulantes. Ces décors, constitués d’objets usuels – râpe, sucre en morceaux, voile de tulle brillant – deviennent, projetés sur le grand écran tendu à cour, paysage de ville, forêts, montagnes. Pour plus de distance entre histoire qu’on invente et réalité du plateau, les interprètes ne s’interdisent pas d’interrompre la narration pour commenter l’action ou inventer la suite… pourquoi pas, disent-ils, avec le concours des oiseaux qui, selon eux, en savent long en matière de conte.

Photos © Juliette de Ferluc

Photos © Juliette de Ferluc

Jeux d’ombre et de lumière

La scène, comme le royaume d’Itvar, est plongée dans l’obscurité et les personnages se découpent en ombres chinoises sur le grand écran par le truchement d’un vidéo projecteur. Tel une lanterne magique, l’appareil crée des illusions visuelles en fonction de la surface de projection : une vitre mouillée, divers tissus et matériaux, kaléidoscope, ou encore déformation des silhouettes des acteurs, gigantesques ou minuscules selon l’éclairage.

À la fois métaphoriques et poétiques, ces jeux d’ombre et de lumière s'accompagnent d'un travail de son : bruitages, déformation des voix, chants… La musique, interprétée en live par Laurier Fourniau sur divers instruments, rythme l’action un peu comme au temps du cinéma muet et apporte un peu de gaieté à cette sombre ambiance.

Photos © Juliette de Ferluc

Photos © Juliette de Ferluc

La langue des signes intégrée au jeu

Dialogues et récit sont simultanément interprétés par les comédiens en langue des signes française. Conçu comme une chorégraphie gestuelle, ce doublage s’intègre parfaitement dans le jeu des acteurs et leur donne un supplément d’expressivité. L’utilisation de la LSF est une des marques de fabrique de la Compagnie X ouY. Née en 2015, elle souhaite ainsi « ouvrir la scène à des publics trop souvent éloignés de l’offre culturelle ». Cette démarche a donné lieu à la création d’Un Roi sans Réponse, ou qu’est-ce que les femmes désirent le plus au monde, succès international.

Les Dompteurs de Dragons, sous-titré À quoi servent les histoires qui ne sont pas vraies ? conçu dans le même esprit, nous a paru parfois un peu confus au niveau de la narration, surtout dans la dernière partie. Pour autant, la pièce entend, sous couvert d’un récit fantastique, déjouer les terreurs d’un public enfantin souvent confronté à des histoires de loups, d’ogres, de sorcières et autres croquemitaines… Il peut, chez les plus grands, éveiller l’esprit critique vis-à-vis des discours sécuritaires, servis par les médias et certains partis politiques, appelant, comme Itvar, à fermer les frontières pour se protéger de supposés dangers venus de l’étranger. Il faut dire qu’au final, le dragon d’Itvar n’était qu’un « tigre de papier ».

Dompteurs de dragons
• Texte Jean-Baptiste Puech et Kinga Wyrzykowska • Mise en scène Jean-Baptiste Puech • Dramaturgie et scénographie Bogdan Hatisi et Jean-Baptiste Puech • Avec Olivier Calcada, Laurier Fourniau, Bogdan Hatisi, Luc Pages, Jean-Baptiste Puech et, en alternance, Anne-Elodie Sorlin et Fatima N’doye • Création sonore Laurier Fourniau • Parolier Bertrand Suarez • Création en octobre 2026 au Théâtre Paris-Villette • Durée 1h • Dès 8 ans

Du 15 octobre au 1er novembre 2026
Théâtre Paris-Villette – 211, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris
www.theatre-paris-villlette.fr

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