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Arts-chipels.fr

Vents contraires. Face à la mise à mort imaginée du livre, et peut-être de l’imaginaire, organiser la résistance.

Phot. © Simon Gosselin

Phot. © Simon Gosselin

Et si les bibliothèques étaient le dernier rempart d’un nivellement organisé visant à éliminer la différence ? Une parabole à hauteur d’enfant pour lutter contre les discriminations et pour la liberté de penser.

Dans un décor de rayonnages encombrés de livres, trois adultes s’activent à remettre en place des livres sur les étagères. Rien ne distingue particulièrement ce lieu. La vie y passe comme elle se passe dans toutes bibliothèques, entre rangement, classement, ouvertures et fermetures, et accueil des usagers. Des directives de travail leur parviennent. Les employés les appliquent.

Parmi les usagers de la bibliothèque, deux d’entre eux sortent du lot : un garçon et une fille. Oscar est un ado taciturne, dyslexique, enfermé dans son univers, cramponné à son téléphone portable. Il se demande chaque fois ce qu’il vient faire là. On lui propose des livres, il les pose dans un coin et continue de jouer avec son portable. Les livres, il ne sait pas trop à quoi ça sert, quelle utilité ça a. Mona, c’est son exact opposé. Là où Oscar est taiseux, apathique et renfermé, elle est curieuse, volubile et hyper active. Pour elle, la bibliothèque c’est la garderie. Les livres, elle les dévore, et par-dessus tout les histoires de pirates, au féminin, bien entendu ! Comme on s’en doute, les premiers échanges ne sont pas des plus faciles, mais Mona s’obstine. Elle finira par forcer la porte d’accès à Oscar que les adultes trouvaient close.

Pour corser le tout, le bruit court que la bibliothèque est hantée. Les bibliothécaires, de retour le matin, trouvent, ici des livres déplacés, là un trognon de pomme, bref la preuve que quelqu’un, à la fermeture, se promène dans la bibliothèque pourtant fermée à double tour. Place est faite pour l’investigation policière…

Phot. © Simon Gosselin

Phot. © Simon Gosselin

Humains et marionnettes : lesquels d’entre eux sont les plus vivants ?

L’une des particularités de cette histoire tient au rôle des marionnettes présentes dans le spectacle. Si les adultes détenteurs de l’autorité sont de chair et d’os, les deux enfants sont incarnés, à la manière du bunraku japonais, par des marionnettes grandeur nature, manipulées par deux, voire trois marionnettistes qui en guideront les mouvements de tête, la démarche ou les expressions du corps entier.

Les deux manipulatrices et le manipulateur qui animent ces corps artificiels d’enfants ne disparaissent pas derrière la marionnette. Ils sont visibles par le public. Ils sont convention, artifice montré, et le fait que l’on reconnaisse les comédiennes et le comédien qui, un instant plus tôt, jouaient les bibliothécaires renforce la symbolique du jeu. Nous sommes dans l’univers fictionnel du théâtre où même le rapport au réel est devenu fiction.

À chacune des marionnettes sa voix, prise en charge chaque fois par un ou une marionnettiste selon le sexe du personnage évoqué. Les sons qui accompagnent la vie de la bibliothèque mêleront bruitages d’ambiance et sons amplifiés, voire déformés.

Par un étrange processus d’inversion, les figures inanimées des marionnettes, une fois manipulées, sont plus mobiles, plus « vivantes » que les humains stéréotypés qui se pressent dans la bibliothèque. Dans une société où la déshumanisation croît chaque jour davantage, ce sont les créations de l’homme qui portent en elles son humanité.

Phot. © Simon Gosselin

Phot. © Simon Gosselin

Lutter contre le silence et la coercition

Écrire sur le silence, tel est le propos initial de ce spectacle qui expérimente le silence comme la parole, le vide comme le plein, mais aussi, en poussant plus loin, le possible et l’impossible, le licite et l’interdit.

Cette exploration est réalisée collectivement et à travers une collaboration renouvelée de Simon Delattre avec Mike Kenny avec qui il avait, entre autres, créé l’Éloge des araignées, un spectacle qui confrontait la sculptrice et artiste aux multiples visages, Louise Bourgeois, devenue vieille, à une petite fille sur les questions de transmission de l’expérience artistique et de liberté, de pouvoir parental et des traumatismes qu'il provoque mais aussi de l’art et du théâtre. Une toile dense, sans cesse remise sur le métier par Simon Delattre.

Ici le propos part de la demande qu’on fait en permanence aux enfants de rester silencieux, sans leur laisser la possibilité de répondre. La bibliothèque, située hors de la sphère familiale, espace du silence par excellence, offre l’opportunité à « trois enfants outsiders, en dehors des normes [de] verbaliser leurs problèmes et entrer en résistance », déclare l’auteur. Si Oscar résiste par le silence et l’impossibilité de la parole, Mona, elle, comble le silence et l’absence parentale par la débauche verbale.

Phot. © Simon Gosselin

Phot. © Simon Gosselin

La part de l’onirisme

Dans le silence retrouvé de la nuit – les enfants sont restés enfermés après la fermeture dans la bibliothèque – vient le temps du lâcher prise. Celui où les livres acquièrent leur vie propre, où ils illuminent les textes qu’ils contiennent, où sortent d’eux ces scènes et ces sons enfermés tout le reste du jour. Alors on peut se rêver en pirate, pourfendre ses ennemis au grand jour, laisser au non contenu, à l’irraisonnable, droit de cité.

C’est aussi l’heure des fantômes et de cette mystérieuse ombre qui prend possession des lieux, qui s’avérera être une jeune fille, poétesse et réfugiée. Elle est la parole occultée qui se niche dans les endroits peu fréquentés, qui sait ce que parler veut dire, et la bibliothèque est son ultime refuge. Ensemble, tous trois organiseront la résistance, grand mât de marionnettes dressé au milieu de la bibliothèque, arbre de la connaissance menacé qui résiste à la tempête.

Devant ce péril qui se précise à coups d’injonctions administratives, pour « déconseiller » certains ouvrages, puis pour les retirer des rayonnages et finalement les détruire se profile un danger que ces enfants, à leur niveau, en réinventant le pouvoir des mots, conjurent. Face au négationnisme imposé par une censure qui ne dit pas son nom, ils porteront le Journal d’Anne Frank en bandoulière et la bibliothèque deviendra le vaisseau pirate qui mène la lutte pour la liberté.

Acte de foi envers les livres et la culture, Vents contraires est un appel, dans une forme originale, inventive et soignée, à ne pas laisser perdre un héritage précieux. Une invitation, aussi, à explorer un patrimoine qui invite au voyage pour peu qu’on s’y arrête et une affirmation du droit à la liberté dans la différence.

Phot. © Simon Gosselin

Phot. © Simon Gosselin

Vents contraires de Mike Kenny. Traduction Séverine Magois
S Mise en scène Simon Delattre S Dramaturgie et assistanat à la mise en scène Yann Richard S Scénographie Tiphaine Monroty S Construction du décor Marc Vavasseur S Création marionnettes Marion Belot assistée de Leslie Bertho S Stagiaire aux propositions plastiques Jean-Christophe Planchenault S Création Lumière Jean-Christophe Planchenault S Jeu Maloue Fourdrinier, Sarah Vermande et Simon Moers S Compositrice Léopoldine Hh S Création Son Julien Lafosse S Costumière Élena Bruckert S Régie générale Jean-Christophe Planchenault S Régie Morgane Bullet assistée de Zoé Broneer, stagiaire aux accessoires S Production et administration Bérengère S Chargé Diffusion Claire Girod S Administration de tournée Mathilde Ahmed-Sarrot S Communication / Production Sandrine Hernandez S Production Rodéo Théâtre S Coproduction (en cours) LA TRIBU Jeune Public • NEST - CDN transfrontalier de Thionville-Grand Est • Les Tréteaux de France, Centre Dramatique National à Aubervilliers • Les Bords de Scènes – Grand-Orly Seine Bièvre • MOMIX, festival international jeune public - CREA • La Minoterie, scène conventionnée de Dijon • Théâtre Massalia, scène conventionnée d’intérêt national Art, Enfance et Jeunesse de Marseille S Accueil en résidence Le Théâtre Massalia à Marseille • Les Tréteaux de France - Centre Dramatique National à Aubervilliers • La Nef à Pantin • La Minoterie, scène conventionnée de Dijon • MOMIX, festival international jeune public – CREA S Soutiens au projet Ministère de la culture – Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France • ADAMI S Soutiens à la compagnie DRAC Ile-de-France - Ministère de la culture au titre du conventionnement • Région Ile-de-France au titre de la Permanence artistique et culturelle S Création les 29 et 30 janvier 2026 à la Maison de la musique à Nanterre S Durée 1h S À partir de 8 ans

TOURNÉE
29 & 30 janvier 2026 création à la Maison de la musique à Nanterre
1er & 3 février 2026 représentations dans le cadre du festival MOMIX, festival international jeune public, Kingersheim (68)
1er & 2 mars 2026 NEST - CDN transfrontalier de Thionville-Grand Est
6 mars 2026 Théâtre de la Licorne, scène conventionnée dintérêt national Art, Enfance, Jeunesse à Cannes (06)
du 10 au 13 mars 2026 Théâtre Massalia, scène conventionnée d’intérêt national Art, Enfance, Jeunesse » à Marseille (13)
du 17 au 21 mars 2026 Théâtre Dunois, scène pour la jeunesse à PARIS (75)
10 & 11 avril 2026 Les Bords de Scène Grand-Orly Seine Bièvre (91) / Salle Lino Ventura

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