1 Avril 2026
Yoann Moulin, A Keyboard Song. Le chant du clavier.
Organiste, claveciniste et clavicordiste, Yoann Moulin consacre son nouvel album, qu’il présentera à La Scala à Paris le 13 avril 2023, à la musique pour clavier de la Renaissance et du baroque, au tournant des XVIe et XVIIe siècles. Une musique délicate et inspirée, puisée dans les répertoires européens de l’époque, qui met en lumière la « voix » de l’instrument.
A Keyboard Song propose « Une plongée dans l’intimité du clavier dont l’étymologie renvoie au mot ‘‘clef’’. Un ‘‘Key-board’’ dont le monde est rempli de cheville, d’éclisse, de chevalet, de registres, de clef d’accord, de marches et de feintes, de blanc & noir et de noir & blanc, de prolation, de modulation.[…] une revendication de la combinatoire. Un instrument enchevêtré à la mathématique musicale, un instrument de puissance conceptuelle au potentiel contrapunctique unique et immense. Qui se rêve à chanter. »
Mais ce parcours musical a par-dessus tout pour ambition de mettre en évidence la « voix » du clavier. Non pas au sens de dimension vocale, mais dans sa capacité à respirer, à phraser, à articuler le discours musical avec souplesse et éloquence.
Puisant dans les musiques européennes (italienne, anglaise, allemande, française, hollandaise, espagnole), Yoann Moulin explore les multiples facettes expressives de l’instrument, en mettant en lumière la richesse du timbre, la plasticité du toucher et la profondeur du contrepoint.
De la polyphonie héritée de la Renaissance aux architectures baroques, le programme dessine un parcours où chaque pièce éclaire la suivante. Le clavier y devient un lieu de passage entre les époques, un espace où la mémoire musicale dialogue avec une sensibilité résolument contemporaine.
Raconter la vie, l'amour, l'espoir en Dieu
« Comme un madrigal sans parole ». C’est ainsi que Girolamo Frescobaldi, un autre musicien de la même époque, tentait de décrire la manière de jouer ses Toccate. Une expression qui traduit cette quasi fascination, depuis peut-être son origine, du clavier pour la voix. Il ne s’agit pas ici d’une volonté programmatique ou d’un projet narratif, mais bien d’un chant à imiter, son timbre, ses inflexions, son émotion. Avec un instrument.
Musique religieuse ou profane, chants d’amour, personnages va-t-en-guerre, hommages à la nature, mélancolie, fantaisie, joie, élévation, appel au rêve composent pour ce CD un ensemble dont la diversité explore la richesse expressive du clavier.
Les compositions anonymes pleines de sensibilité et de finesse telles le très délicat Daphne jusqu’à Peut-elle aux sonorités d’orgue en passant par le très ouvragé My Lady Carey voisinent avec les œuvres de Josquin des Prés – Scaramella, qui figure dans le CD, fut, au moment des guerres d’Italie, un véritable « tube » –, celles de Jacob Obrecht, de William Byrd, d’Eustache Du Caurroy, de Jan Pieterszoon Sweelinck, surnommé en son temps « l’Orphée d’Amsterdam » ou d’Antonio de Cabezón, dont l’œuvre virtuose intègre les apports des polyphonistes franco-flamands de son époque. Le sentiment religieux, dans le choral, cette « prière deux fois dite » nous dit Luther, qui allie la sensualité du chant à sa dimension métaphysique, s’exprime dans les louanges au Christ de Wilhelm Zachow ou d’Heinrich Scheidemann, et Naples est à l’honneur avec Ippoliti Tartaglino et Ercole Pasquini. La virtuosité, jamais démonstrative, s’inscrit dans une recherche de clarté, d’équilibre et d’intensité intérieure.
Un interprète dynamique et inspiré
Passé par la Maîtrise de Caen, l’académie de Villecroze et le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, Yoann Moulin découvre, après le clavecin, qu’il étudie avec Bibiane Lapointe et Thierry Maeder, puis Ilton Ilton Wjuniski, et à Paris avec Olivier Beaumont, Kenneth Weiss et Blandine Rannou, le clavicorde grâce à Étienne Baillot, l’orgue en autodidacte, l’improvisation aux côtés de Freddy Eichelberger et profite de l’enseignement de Pierre Hantaï, Skip Sempé, Blandine Verlet et Élisabeth Joyé.
Il se produit dans de nombreux récitals et en musique de chambre dans différentes saisons et festivals comme la Philharmonie de Paris, La Roque d’Anthéron, les Folles Journées de Nantes, Oude Muziek – Utrecht, Ambronay, la Fondation Royaumont, Lanvellec, Montpellier-Radio France, le Venetian Center for Baroque Music, le Cervantino – Mexique, la Chaise-Dieu, l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille, Saint Riquier, la Philharmonie du Luxembourg, le festival Actus Humanus en Pologne ou encore le festival International Tropical Baroque à Miami.
Il accompagne aussi plusieurs ensembles tels que les Arts Florissants, le Concert Spirituel, Les Musiciens du Louvre, l’ensemble Clément Janequin, la Fenice, le consort de violes L’Achéron, le Concert Étranger, la compagnie La Tempête, Capriccio Stravagante, la Maîtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles, les Musiciens du Paradis, la compagnie de danse baroque Les Fêtes Galantes, Das Klub – Cabaret Contemporain ou le collectif de Jazz La Forge.
En 2017, il fonde l’ensemble « La Ninna » qui explore par la musique de chambre un répertoire baroque plus intime et intérieur. Enfin, avec Freddy Eichelberger et Pierre Gallon, il a récemment fondé « Une Bande de Clavecins », un consort de claviers anciens réunis autour de la musique de la Renaissance, écrite et improvisée.
En tant que soliste, il a à son actif de nombreux enregistrements : le premier consacré à Girolamo Frescobaldi, d’autres consacrés à la musique allemande pour clavier et dont le premier opus est dédié à Samuel Scheidt et Heinrich Scheidemann. Il participe aussi à plusieurs enregistrements, dont « Au Sainct Nau » avec l’ensemble Clément Janequin. Les Ludi Musici de Samuel Scheidt et The Tempest, disque autour de la pièce de William Shakespeare avec l’ensemble la Tempête, ont tous deux été récompensés par un Diapason d’or.
Formé à la fois à l’interprétation historiquement informée et à une approche vivante du texte musical, Yoann Moulin conjugue exigence stylistique et liberté expressive. Son jeu se distingue par la précision du geste, la netteté des lignes et une attention constante à la respiration du discours.
A Keyboard Song révèle un artiste pour qui le clavier n’est pas un objet patrimonial mais un organisme vibrant, capable d’émouvoir, de questionner et de surprendre.
Concerts
13 avril 2026 concert de sortie en Piccola, Scala Paris
3 mai 2026 Musique à St Porchaire – Poitiers
31 mai 2026 festival Embaroquement Immédiat – Valenciennes
7 juillet 2026 Académie de Musique ancienne de Lisieux
26 juillet 2026 Orgue de triforium de la Cathédrale de Metz
Fin sept. 2026 Concert de sortie à Lens
3 octobre 2026 Festival Au Gré des Arts de Pranzac
Programme du CD
Daphne – Anonyme
Canzon sopra Susanna – Ippolito Tartaglino
Toccata prima, Secondo tono – Giovanni Maria Trabaci
Wir Christenleut, LV 14 – Wilhelm Zachow
My Lady Careys Dompe – Anonyme
The Leaves Bee Greene, FVB 251 – William Inglot
Vingtneufiesme fantasie sur « Une jeune fillette » – Eustache du Caurroy
Malle Sÿmen – Jan Pieterszoon Sweelinck
Bon jour mõ cueur di Orlando, FVB 79 – Peter Philips
Lachrymae Pavan – William Randall
The Galliard for the Victory – William Byrd
Scaramella, NJE 28.30 – Josquin Desprez
Rompeltier – Jacob Obrecht
Diferencias sobre el canto de la Dama le demanda – Antonio de Cabezón
Christ lag in Todesbanden, WV 3 – Heinrich Scheidemann
Put up thy Dagger, Jemy – Giles Farnaby
Fantasia, MB 15 – John Bull
Ancor che col partire – Ercole Pasquini
Can shee, FVB 188 – Anonyme
Super flumina Babylonis – Adrien Leroy