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Arts-chipels.fr

Oiseau. Quand Baudelaire plaide, en version jeune public, pour l’acceptation des différences.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Les Tréteaux de France poursuivent leur politique de lecture à voix haute en direction du jeune public avec un texte de Marie-Christine Lê-Huu inspiré par l’Albatros de Baudelaire. Une manière de libérer une expression orale en abordant des thèmes qui le concernent.

Un petit groupe de jeunes, à partir de dix ans, est invité à pénétrer dans une salle aveugle, tapissée, sur ses quatre côtés, par des panneaux recouverts d’inscriptions accrochées sur les parois selon les modes les plus divers. Installées dans des phylactères ou développées le long d’une paroi, parfois attachées à un cahier ou incluses dans un pliage, parfois reliées les unes aux autres dans un dessin global ou par un fil qui les réunit, elles présentent un parcours en fragments dont la reconstitution globale, qui est celle du texte théâtral, ne peut s’effectuer que collectivement.

Le comédien-animateur du jeu donne la règle. Il sera le narrateur de l’histoire mais sollicitera les enfants présents pour y contribuer. Chaque fois qu’une partie du texte apparaîtra surlignée en jaune, ce sera au tour des enfants de le relayer pour dire le texte ainsi souligné.

En mouvement d’une paroi à l’autre dans lequel il entraîne son public, sortant parfois, tel un bonimenteur, une boîte à secrets ou un cube duquel il tirera, comme des poupées russes, d’autres cubes aux tailles de plus en plus petites, le meneur de jeu associera ainsi le mouvement et la parole, introduisant un rapport dynamique à la lecture et à l’écriture.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

La formule KiLLT. Qui lira le texte ?

«  À travers un dispositif hybride, déambulatoire, théâtral et plastique, nous voulons transmettre le plaisir des mots, le désir de lire, l’audace de dire mais aussi l’importance de s’engager. Car ce récit n’a lieu que si chacun amène sa voix, sa présence, son caractère pour lui donner vie », revendiquent Camille Laouénan et Olivier Letellier, les créateurs de la formule, qui ajoutent : « Le rapport physique au texte est une donnée essentielle de notre recherche artistique. »

Il s’agira donc de « dédramatiser » le rapport à la lecture en faisant des enfants des lecteurs à voix haute, passant par-dessus les difficultés à prendre la parole, la peur des critiques et des jugements, les invitant à laisser à l’écart les timidités paralysantes ou les achoppements du déchiffrement pour servir un même texte qui, par sa structure discontinue, son mélange de parts de dialogues et de tirades écrites pour chœur, associent tous les enfants à la mise en forme d’un même objet, qui est un texte et raconte une histoire. Chacun, à son niveau, en sera partie prenante et le meneur de jeu veillera à ce que, dans le groupe, chacun prenne la parole.

Développée avec succès depuis 2020, la formule compte aujourd’hui quatre titres, confiés à quatre autrices et auteurs contemporains, ce qui constitue l’autre impératif du projet : les Règles du jeu de Yann Verburgh, la Mare aux sorcières de Simon Grangeat, Mauvaise pichenette de Magali Mougel et Oiseau, de Marie-Christine Lê-Huu, sont quatre propositions où la même règle s’affine chaque fois plus spécifiquement en fonction du contenu du texte et de la mise en scène.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Oiseau, ou Baudelaire avocat de l’acceptation des différences

Oiseau est l’histoire d’un enfant pas comme les autres. Il ne parle pas, passe son temps à regarder par la fenêtre, ne se mêle pas aux autres enfants qui murmurent sur son passage. Il « danse » avec les choses, entend ce que les autres n’entendent pas et on prétend qu’il parle aux oiseaux. Tout le monde, ses parents y compris, trouvent qu’il n’est pas normal. Il est une exception statistique. Mais qu’est-ce qu’une exception statistique, s’interroge-t-il, quand 100 % des gens vieillissent et que son père, pour avoir l’air « normal », refuse le vieillissement en se teignant les cheveux ?

Mais voilà qu’Oiseau, un beau jour, disparaît. S’est-il envolé ? On ne sait. En tout cas la police le recherche et les enfants se lancent à sa poursuite à travers la ville, à grand renfort de documents déployés par eux à la demande du narrateur et d’interrogations diverses, ponctuées par des retours sur l’incompréhension des parents face à cet enfant dont le comportement est si dissemblable de celui des autres. La quête se fait déplacement dans l’espace du petit groupe, découvrant ici une carte, feuilletant là un carnet, dans cette recherche qui dévoile les processus d’exclusion liés à la différence.

Baudelaire offre avec l’Albatros une approche littéraire du propos : « Le Poète est semblable au prince des nuées […] Exilé sur le sol au milieu des huées,/ Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. » Il sortira du bois au détour du texte et le lien s'établira entre Oiseau et l'Albatros. Mais, dans ce monde de l’incompréhension, tout n’est pas noir, le positif est aussi là. Il passera par la reconnaissance parentale et par la découverte de l’amitié. En se trouvant un ami, Oiseau ouvre la voie à la compréhension mutuelle.

Placé à hauteur de pré-ados, le texte, dans son contenu, aborde des thèmes qui touchent les jeunes à cet âge : l’amitié, la famille, les relations parents-enfants. Quant à l’investigation, construite sur le mode du roman policier, sa visée s’oriente vers le « vivre ensemble ». Un message que tous les enfants auront assimilé en ayant eu le sentiment d’en être partie prenante. Ils ne s’y trompent d’ailleurs pas, ils restent attentifs et actifs tout au long du spectacle.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Oiseau [guide de survie]
S Texte Marie-Christine Lê-Huu S Mise en scène Guillaume Fafiotte et Jonathan Salmon S Collaboratrice artistique Camille Laouénan S Scénographie textuelle Mélody Champagne et Cerise Guyon S Création sonore Antoine Prost S Équipe de jeu en alternance Guillaume Fafiotte, Jonathan Salmon et Henri Ardisson, Garance Courtial et Clarisse Ensenat (étudiant·es apprenti·es de l’Eracm) S Avec la complicité d’Olivier Letellier S Concept original Camille Laouénan et Olivier Letellier Tréteaux de France S Production Tréteaux de France, Centre dramatique national S Coproduction · Théâtre de la Manufacture – CDN de Nancy Lorraine S Avec le soutien de · Houdremont, Centre culturel La Courneuve · La saison Jeune Public de la Ville de Gennevilliers · L’Agora, Association Culturelle de Billère · Théâtre des Sources et Cinéma le Scarron de Fontenay-aux-Roses · Théâtre du Cormier, Cormeilles-en-Parisis S Création janvier 2026 S Tout public à partir de 10 ans (CM2) S Formule scolaire durée 2h (KiLLT + atelier). Jauge classe entière S Formule tout public durée 45 min. Jauge 15 spectateurs

TOURNÉE
7, 8, 9, 10 avril 2026 Le Quai CDN Angers
6 > 11 juillet 2026 Théâtre du Train Bleu - Université d’Avignon 10 & 11 juillet en partenariat avec Artcena
21 > 26 juillet 2026 Île de loisirs du Port aux Cerises L’Île-de-France fête le théâtre
31 juillet > 5 août 2026 Île de loisirs de Cergy-Pontoise L’Île-de-France fête le théâtre

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