9 Avril 2026
15 jours de magie à la Rose des vents de Villeneuve d’Ascq. Des balles et des corps qui s’envolent, des plantes qui dansent, des cartes qui vont et viennent....et autres tours insolites à consommer sans modération.
Audrey Ardiet et son équipe inaugurent, cette saison, une Rose des vents entièrement remaniée autour du cube blanc initial construit en 1974 en plein champ de betteraves. Depuis, un quartier entier a poussé autour du théâtre. Avec les récents travaux qui ont duré quatre ans, le bâtiment s’est étoffé d’une petite salle et de bureaux, et s’est doté d’équipements techniques modulables dernier cri pour les deux salles. La grande salle offre aujourd’hui un plateau d’une ouverture exceptionnelle, pouvant accueillir des spectacles grand format.
La directrice de la scène nationale, nommée en 2023, a fait de la magie un temps fort de sa programmation. Cette discipline, à l’instar du cirque, du cabaret et de la marionnette il y a quelques années, s’est renouvelée au contact d’autres arts de la scène et a gagné en popularité, même si encore peu de festivals lui sont consacrés. La Rose des vents exporte son 3e festival chez plusieurs partenaires et jusqu’à la Belgique limitrophe. Ainsi, la maison de la culture de Tournai, située à une trentaine de kilomètres de la métropole lilloise, accueille La Soirée magique. Un public nombreux, venu de part et d’autre de la frontière, se presse dans l’immense salle de ce bâtiment pluridisciplinaire qui abrite, entre autres, une médiathèque.
Tropisme poétique, des plantes qui dansent : la magie verte
Dans la petite salle de la Rose des vents, des plantes attendent sagement leur public. En pot, ou simples boutures plongées dans une rangée de bouteilles, elles s’épanouissent dans la lumière, projetant leurs ombres sur les murs. Quand on les regarde attentivement, on s’aperçoit qu’elles remuent doucement sur la musique zen de Max Richter, composée pour l’occasion.
Chacune a son caractère et sa manière de bouger. Neptuna, la doyenne de ces « plantes de cirque », se rétracte sur elle-même puis se déploie en largeur : c’est une schefflera espèce originaire d’Asie qui, en Chine, est considérée comme protectrice. Areka, sorte de palmier des forêts de Madagascar, projette ses feuilles lancéolées en ombres menaçantes sur le mur. Kali, aux tiges retombantes, frémit timidement, c’est une sorte de lierre à laquelle on prête des vertus ésotériques de longévité.
À leurs côtés, Téthys et Sedna créent, elles aussi, leur propre chorégraphie....
Les cinq végétaux témoignent chacun d’une sensibilité différente aux ondes sonores, et c’est un plaisir de déceler le caractère des uns et des autres.
Cette exposition est issue d’un travail de recherche et d’expérimentation sur le rythme et la temporalité des plantes, mené depuis des années par le jongleur et magicien Antoine Terrieux, au sein de Blizzard concept. La magie consiste ici à nous faire percevoir ces végétaux apprivoisés comme des êtres vivants, qui existent dans une temporalité différente de la nôtre.
Les cinq spécimens ont été minutieusement entraînés par les artistes de Blizzard Concept. Ils se sont aperçus que certaines espèces développent une sorte de mémoire et dansent de mieux en mieux au fil des répétitions. Il n’est donc pas question de laisser leurs cinq créatures seules, elles font l’objet de soins quotidiens, y compris de bains musicaux.
Antoine Terrieux et ses collaborateurs s’emploient à en élever d’autres et espèrent bientôt faire danser des arbres.
Soirée magique un florilège de nouvelle magie
La compagnie 14:20, fondée en 2000 par Clément Debailleul, Valentine Losseau et Raphaël Navarro, est l’une des pionnières de la Nouvelle Magie, une discipline qui combine théâtre, cirque, danse, arts plastiques et musique, tout en gardant ses spécificités d’effets spéciaux, escamotages et autres tours... Son travail s’appuie sur de constantes innovations et des numéros inédits et, à l’occasion du Festival, elle a réuni un certain nombre d’artistes pour une soirée en forme de cabaret, alternant numéros et interludes, rythmée par le piano alerte de Peggy Buard.
On se laissera surprendre par une plume qui écrit toute seule, obéissant à la voix de son maître ; par des objets indisciplinés qui n’en font qu’à leur tête ; par un jongleur (Rémi Lasvènes) dont les balles s’échappent on ne sait où... Entre ces numéros, les petits déménageurs de Matthieu Siefridt, des marionnettes hautes comme trois pommes mais costaudes, débarrassent le plancher pour l’artiste suivant.
Place à la poésie avec le théâtre d’ombres chinoises de Philippe Beau. L’ombromane projette tout un bestiaire : oiseaux, chiens, chats, loups, cerfs et autres félins, insectes ou rapaces se déploient, véloces, engendrés par ses mains expertes, éclairées par une simple ampoule. Dans la lumière de cette lanterne magique, on voit aussi naître des figurines humaines, enfants, femmes, vieillards... Et un visage qui se métamorphose sous l’effet de masques successifs. Ce maître ès ombres est un véritable enchanteur.
Les mains d’Arthur Chavaudret sont, elles aussi, diaboliques quand il s’agit de manipuler des cartes. Il nous offre une séance de close-up (tours de cartes au plus près du public) en compagnie de quatre volontaires, choisis parmi les spectateurs. Les tours de passe- passe sont retransmis ici par caméra sur grand écran, pour les derniers rangs. Chez Arthur Chavaudret, une carte n’est jamais perdue ; on ne sait jamais où il la retrouve, et comment.
Danse et magie font bon ménage quand Florence Peyrard se meut en quasi apesanteur. On la dirait manipulée par des fils invisibles, tel un pantin. Mais elle garde toujours la maitrise de ses gestes, selon une harmonieuse chorégraphie. Ça plane pour nous comme pour elle.
Dans cette plonge au sein de la nouvelle magie, on renonce très vite à deviner comment ça marche. Le plaisir consiste à se laisser enchanter par ces pouvoirs extraordinaires, bercés par des instants de pure poésie et des moments d’émerveillement enfantins. Ici, on peut dire que le bluff a du bon.
Tropisme poétique
◆ Une installation de la compagnie Blizzard Concept ◆ Création originale Antoine Terrieux ◆ Développement Thomas Martin ◆ Regard artistique Sarah Froidurot ◆ Musique originale Max Richter ◆ Contribution graphique Camille Vacher ◆ Contribution technique Samuel Youde ◆ Administration Margaux Duchène - Baron ◆ Production / Diffusion Sarah Froidurot & Jordan Enard Baron production ◆ Création le 18 10 2025 - Festival CIRCa, Auch (32)
TOURNÉE
Du 4 au 22 mai 2026 - Festival J.E.Di - DSN Scène nationale de Dieppe (76)
Du 26 au 31 mai 2026 - Festival Le Mans fait son cirque. Le Plongeoir, Pôle National Cirque, Le Mans (72)
L’horizon 2027 se dessine avec l’installation d’une serre magique au Museum d’Histoire Naturelle à Toulouse.
Soirée magique
◆ Imaginée par la Compagnie 14:20 ◆ Avec Peggy Buard (piano) ; Arthur Chavaudret Cie Alogique ; Rémi Lasvènes (jonglage) Cie Sans gravité ; Florence Peyrard (contorsionniste et danseuse) ; Philippe Beau (théâtre d’ombres) ; Johanna Elhert (marionnettes) Blick théâtre ; Madeleine Cazenave Blizzard Concept ◆ Régie générale Théo Jourdainne ◆ Régie shadow Thierry Debroas ◆ Régie plateau William Defresne ◆ Régie lumière David Olsezwski ◆ Direction administrative et de production Luz Mando
TOURNÉE
17 & 18 avril 2026 - MAD festival, Arenberg, Anvers (BE)