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Arts-chipels.fr

Au nom des arbres. Un thriller écolo de vives voix.

Phot. © Jordi Lagoutte

Phot. © Jordi Lagoutte

Roland Auzet nous entraîne au cœur d’une action terroriste : la pièce de Laurent Gaudé, diffusée sous casque et jouée en direct par un trio de comédien.ne.s pose la question de Ia violence révolutionnaire. Une réalisation adaptable en tout lieu, lancée au Centre commercial de la Part-Dieu, à Lyon.

Une déambulation à la carte

Équipé d’un casque et d’une application sur un téléphone mobile, le public, rassemblé sous l’escalier central du centre commercial, entend autant qu’il voit les acteurs qui se déplacent à tous les étages et dans les allées. D’abord lointaines, les voix semblent venir d’on ne sait où, avant qu’on ne discerne les comédiens en haut des marches, à condition de se déplacer. Dès qu’on les a repérés, on peut choisir de suivre leurs déambulations ou se contenter d’écouter. Libre à chacun de prendre une part active à la représentation, en créant son propre parcours, d’aller au cœur de l’action ou de rester à la périphérie. Le son arrive au plus près, sans que le spectateur soit pour autant coupé de son environnement : allées et venues de consommateurs attardés, invectives d’un passant jugé inopportun par un vigile, films publicitaires…Ces présences sinscrivent dans la progression du récit et des interprètes.

Phot. © Jordi Lagoutte

Phot. © Jordi Lagoutte

Une dystopie à suspense

À quoi seront prêtes les générations futures pour venger les forêts saccagées et faire cesser pollution des eaux, le réchauffement climatique, les atteintes à la biodiversité ? Un mouvement radical international prône des méthodes terroristes, afin de frapper les esprits et de faire valoir la nécessité d’une décroissance.

Dans cette perspective, ils organisent un « jour de colère », coordonné d’un continent à l’autre. Des actions ont lieu simultanément : à chaque groupe d’en décider la nature (sabotage, intervention armée, manifestation…). En France, deux militants ont pris en otage un chef d’entreprise dans le but de le tuer pour faire un exemple. Ils sont en contact avec des camarades au Brésil, en Allemagne, au Nigéria, aux États-Unis : ces derniers apparaissent pour raconter leurs exploits sur un grand écran installé en bonne place.

Pour nos deux complices, il n’est pas si simple d’assassiner de sang-froid. Le jeune homme renâcle tandis que la fille est prête à aller jusqu’au bout.

Peut-on tuer au nom des arbres ? Tel est le débat qui sous-tend la pièce de Laurent Gaudé. Il s’est inspiré, pour répondre à la commande d’écriture de Roland Auzet, de penseurs comme Philippe Descola, Bruno Latour ou Isabelle Stengers. L’auteur partage leurs positions à propos de la domestication des animaux sauvages, de la mort lente des fleuves, de la surexploitation des forêts, de la dépossession des peuples autochtones… 

La fin justifie-t-elle les moyens ?

Face à l’homme d’affaire (Hervé Pierre), Victoire du Bois incarne la radicalité-même, tandis que son compagnon (Thibault Vinçon) hésite et se laisse convaincre par les arguments de l’otage (Hervé Pierre), qui joue habilement sa peau. Il plaide la mansuétude, prétend épouser leur cause et promet de la défendre s’ils le relâchent. Les deux jeunes gens s’opposent, de plus en plus virulents, tandis que leur victime, terrorisée, essaye d’aviver leur désaccord.

Laurent Gaudé, dans un dialogue à flux tendu et d’une rhétorique imparable, aborde ici l’éternelle question de la violence comme nécessaire instrument des causes justes – ici le préservation de notre planète – quand aucune autre voie ne s’avère efficace.

Sans qu’il prenne vraiment parti, on sent dans quel sens penche la balance de l’écrivain, puisque les deux « écoterroristes » connaîtront une fin tragique après un long suspense. Néanmoins, la pièce évoque âprement des problèmes cruciaux et épouse les arguments politiques des jeunes gens sans pour autant adhérer à leurs méthodes, ici rendues contreproductives et autodestructrices.

La question nest pas « Est-ce que lon doit agir ? », mais « Tous les moyens sont-ils bons ? » Une alternative qui n’est pas sans rappeler celle des Justes, la pièce d’Albert Camus.

Phot. © Jordi Lagoutte

Phot. © Jordi Lagoutte

Un lieu décalé

Toute boutique fermée, le bâtiment massif qui s’élève sur cinq étages, vidé de son agitation diurne, a quelque chose de fantomatique. Il offre un décor glacial, à l’image de la société mercantile qui l’a fait pousser, face à la gare nouvellement réaménagée. Il s’inscrit ironiquement en contradiction avec les valeurs que la pièce défend.

Dans cet environnement insolite, Au nom des arbres est le coup d’envoi d’un dispositif – baptisé THIS (pour Théâtre in Situ) – que Roland Auzet a inventé pour amener le théâtre en dehors de ses lieux dédiés. Cette technologie, développée durant plusieurs années, repose sur une diffusion wifi de haute précision dans un espace ouvert.

Le metteur en scène dont les créations se situent au croisement des arts sonores et du théâtre n’en est pas à sa première expérience dans le temple lyonnais de la consommation. En 2015, il avait lancé Anne Alvaro et Audrey Bonnet dans les allées de ce même centre commercial : le public, casque sur les oreilles, les entendait échanger de loin les répliques de la pièce de Bernard-Marie Koltès, Dans la solitude des champs de coton.

Aujourd’hui, grâce à ce nouvel équipement, plus léger et moins coûteux, Au nom des arbres peut se dérouler dans tout espace public ou privé, intérieur ou extérieur, urbain ou rural qui tient lieu de décor naturel. De simples lampes torches viennent éventuellement souligner certaines séquences dramatiques.

Un manifeste culturel

Bientôt, les spectateurs – à qui on a prêté l’équipement pour la soirée – pourront suivre la pièce depuis leur propre smartphone, en téléchargeant l’application THIS.

Roland Auzet voit cette innovation comme « un manifeste pour une démocratie culturelle réelle, par un ancrage territorial fort, en lien avec les habitants, les paysages, les histoires locales et par la valorisation patrimoniale : en transformant des lieux naturels ou oubliés en scènes vivantes. »

Il espère que d’autres artistes s’empareront de THIS pour se produire dans des lieux qui n’ont pas de salle de spectacle.

Au nom des arbres se veut, en quelque sorte, le premier acte d’un théâtre hors les murs, à la rencontre des publics dits éloignés. Missions que se sont données nombre d’établissements culturels.

Phot. © Jordi Lagoutte

Phot. © Jordi Lagoutte

Au nom des arbres de Laurent Gaudé
S Mise en scène de Roland Auzet S Avec Victoire Du Bois, Hervé Pierre, Thibault Vinçon et, en vidéo, Antonia Bill, Blaise Pettebone, Rose Martin S Production ACT Opus S Coproduction MA Scène nationale – Pays de Montbéliard, Théâtre de lArchipel – Perpignan, Les Gémeaux – Scène nationale de Sceaux S Avec le soutien de Westfield La Part-Dieu pour la création à Lyon S Création du 21 au 25 avril 2026, Westfield La Part-Dieu S Durée 1h15

10 et 11 octobre 2026, Les Gémeaux, Sceaux et le 12 octobre tournée dans un IUT de Sceaux

TOURNÉE PRINTEMPS 2027
Avril L’Onde, théâtre de Vélizy
Théâtre de l’Archipel, Perpignan
MA scène nationale pays de Montbéliard
Théâtre de Montrouge
Théâtre de Privas

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