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Arts-chipels.fr

Cendrillon, un opéra de chambre gentiment rebelle.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Le conte de Perrault, revisité par la compositrice Pauline Viardot et créé en 1904, prend un coup de jeune. Réorchestré par Jérémie Arcache, remanié et mis en scène par David Lescot, cet opéra féérique réserve de jolies surprises.

Une adaptation au goût du jour

Point n’est besoin de raconter l’histoire qui a bercé notre enfance. Comme dans le conte éponyme, la vertu triomphe, mais en empruntant des voies quelque peu différentes. La Cendrillon de Pauline Viardot ne se laisse pas marcher sur les pieds et en pince pour un jeune homme entrevu sous les traits d’un mendiant, puis d’un chambellan. Ce n’est autre que le Prince, allant de maison en maison ainsi déguisé pour trouver sa princesse. La marâtre est ici remplacée par un père tristounet et mélancolique, usurpant le titre de Baron de Pictordu. Il abandonne sa fille à la méchanceté de ses deux belles-sœurs. La bonne fée devient la tante de Cendrillon sans pour autant perdre ses pouvoirs de transformer une citrouille en carrosse et un rat en laquais.

Au livret originel, David Lescot ajoute sa patte d’auteur contemporain aux dialogues, sans modifier les paroles finement ciselées des arias. Sa mise en scène apporte une touche de parodie bienvenue.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une transposition musicale contrastée

À l’origine, la pièce était écrite pour un piano et sept chanteurs, dans l'esprit d’un opéra de salon, en vogue dans les milieux mondains de l’époque. Pour lui donner plus d’ampleur, Jérémie Arcache, qui signe les arrangements, et Sandra Bellini, à la direction musicale et aux claviers, ont transcrit la partie piano pour un petit ensemble instrumental. Il comprend différentes clarinettes, percussions, violoncelle et claviers (piano et clavier électronique).

Les lignes mélodiques des parties chantées, parfaitement classiques et qui exploitent toutes les nuances du parlé-chanté, sont bousculées dans les moments dialogués. L’orchestre souligne ironiquement ces petites vignettes, souvent scandées, qui lancent les morceaux lyriques. Dans la séquence du bal, la partition s’envole en des compositions jazzy, suggérant le caractère déglingué de la cour princière et le vertige qui s’empare de Cendrillon dans ce monde absurde à la Lewis Caroll. Les musiciens se mêlent aux chanteurs pour grossir les rangs et donner plus d’ampleur à la fête.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Un mélange des genres

Le dispositif scénique astucieux d’Alwyn de Dardel, fidèle collaboratrice de David Lescot, permet aux musiciens de prendre une part active à l’action. D’abord dissimulés derrière deux grands tableaux classiques qui flanquent le plateau, représentant un orchestre de chambre, les musiciens apparaissent comme par magie derrière les toiles de maître. Puis, quand le rideau se lève sur la salle de bal, les instrumentistes se déchaînent à la manière d’un concert pop.

Comme par magie, aussi, la bonne fée dégringole à grands fracas de la cheminée. Lila Dufy, extravagante rouquine en tenue flashy, dégaine incongrue et voix convaincante, pourrait être quelque originale de notre temps. Dans le rôle titre, Apolline Raï Westphal, loin de la pauvrette du conte métamorphosée en princesse, impose une présence discrète mais ne manque pas d’aplomb pour rabrouer ses sœurs, en réponse à leurs méchancetés. Son audace verbale contraste avec ses arias rêveuses qu’elle monte sans effort dans les aigus. Elle se révèle très drôle dans un numéro burlesque en ouverture du bal. Mutine et un brin féministe, elle refuse au prince l’initiative de la demande en mariage.

Les deux sœurs chantent à merveille, dans des tenues kitch qui siéent à leurs numéros de duettistes décomplexées. Le Baron de Pictordu, lui, se lamente à longueur d’arias. Le Chambellan, travesti en prince – Enguerrand de Hys (en alternance avec Benoît Rameau) –, nous surprend dans un solo de crooner avant de s’embarquer dans une démonstration de hip-hop.

La mise en scène n’hésite pas à parodier l’opérette à l’eau de rose et la chorégraphie du bal emprunte autant au menuet qu’aux danses disco. La féerie cède le pas à des subterfuges théâtraux : effets de surprises plutôt que tours de passe-passe. Là où Pauline Vierdot malmenait gentiment le conte de fées, l’équipe artistique le pousse vers la comédie, sans jamais heurter le bon goût.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Pauline Viardot, un talent sorti de l’oubli

Compositrice et cantatrice, Pauline Viardot, née Pauline Garcia dans une famille de musiciens, se destinait à une carrière de pianiste concertiste. Mais, au décès de sa sœur, la célèbre « Malibran », sa mère la pousse vers le chant lyrique. Elle débute en Desdémone dans l’Otello de Rossini, enchaîne les succès, tout en continuant à se produire en concert, au piano.

Sur le tard, sa voix faiblissant, elle se consacre à la composition et l’enseignement.

Son Cendrillon témoigne d’une esprit libre et fantaisiste qui ancre son héroïne dans un monde complexe avec un père au passé trouble et un prince charmant à l’identité incertaine...

Remarquable par son écriture musicale et vocale, cet opéra, sans perdre de sa saveur vieillotte, gagne à l’irrévérence bien dosée que lui apportent la mise en scène et les arrangements musicaux joyeusement entremêlés, servis par des chanteurs et musiciens au diapason. Cette musicienne sortie de l’ombre à l’initiative de La co[opéra]tive mérite certainement d’être redécouverte.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Cendrillon
S Musique Pauline Viardot S Adaptation musicale Jérémie Arcache S Adaptation du livret et mise en scène David Lescot S Direction musicale et piano Bianca Chillemi S Scénographie Alwyne De Dardel S Assistante scénographe Sasha Walter S Création costumes Mariane Delayre S Création maquillage Agnès Dupoirier S Création lumières Matthieu Durbec S Création vidéo Serge Meyer S Régie générale Marie Bonnier S Avec Apolline Raï Westphal (Cendrillon), Tsanta Ratia (Le Prince charmant ), Clarisse Dalles (Maguelonne), Romie Estèves (Armelinde), Olivier Naveau (Le Baron de Pictordu), Lila Dufy (La Fée), Enguerrand de Hys en alternance Benoît Rameau (Le Comte Barigoule) S Les musiciens Violoncelle Clotilde Lacroix en alternance avec Marwane Champ, Clarinette Clément Caratini en alternance avec Vincent Lochet, Percussions Théo Lamperier en alternance avec Valentin Dubois S Insertion musicale Cathy Berberian S Fabrication décors et costumes Opéra de Rennes S Production la co[opéra]tive : Les 2 Scènes, Scène nationale de Besançon ; Théâtre Impérial de Compiègne ; Théâtre de Cornouaille ; Scène nationale de Quimper ; Opéra de Rennes ; Atelier Lyrique de Tourcoing ; Théâtre-Sénart, Scène nationale S Coproduction Angers-Nantes Opéra ; Le Bateau Feu, Scène nationale de Dunkerque ; Festival de Saint Céré S La co[opéra]tive bénéficie du soutien du ministère de la Culture et de la Caisse des Dépôts, mécène principal S Création le 5 novembre 2025, Théâtre-Sénart, Scène nationale S Durée 1h10 S À partir de 8 ans

Du 12 au 22 mars 2026 Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet
Du 25-au 26 mars 2026 Les Quinconces et L'Espal, Scène nationale du Mans
2 avril 2026 Le Bateau Feu, Scène nationale de Dunkerque

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