19 Février 2026
Au Carreau du Temple à Paris, se déroule, en ces temps de Carnaval, la 5e édition du maintenant traditionnel festival Everybody. 7 spectacles singuliers aux esthétiques plurielles à découvrir du mercredi 18 au dimanche 22 février.
Un menu varié
Pendant cinq jours, la vaste halle est le lieu de danses débridées : spectacles atypiques, performances, cours de danse, soirées clubbing, compétitions de voguing, master class, installations, expositions de photos, battle waacking... autant de propositions concoctées par la directrice des lieux, Sandrina Martin.
Elle nous invite à plonger dans « des œuvres qui interrogent les stéréotypes liés au genre, à la couleur de peau, au handicap... et explorent les multiples manières d’habiter son identité et ses différences. » Du plus performant, comme les pièces du Ballet de Lorraine, au plus étrange comme le poétique Sottobosco de Chiara Bersani qui réinvente une visibilité pour les corps empêchés. En piste aussi, les artistes des communautés queer (Soa de Muse, Living Smile Vidya). Ceux qui affirment la résistance des corps afro-descendants (Alice Ripoll, Annabel Guérédrat, Rokhaya Diallo, Sisley Loubet, Brigitte Sombié). Au menu aussi des ateliers : broderie collective, tatouages éphémères, «manucure politique »... et un grand baile charme venu tout droit de Rio de Janeiro, une danse de rue originaire du Brésil au début des années 1980, issue des fêtes populaires de la communauté afro-descendante.
Sottobosco, en sous-bois, des corps se cherchent
Étonnante Chiara Bersani. Elle se glisse lentement sur un sol semé de marshmallow, comme autant de cailloux blancs, Petite Poucette perdue dans la pénombre d’un sous-bois imaginaire. La musique de Lemmo, jouée en direct, déploie des sons hostiles : vents en bourrasques, craquements de branchages, grondements de tonnerre...
Dans cette atmosphère inquiète, derrière un écran noir qui barre le fond de scène, des pieds s’avancent lentement. Une danseuse aux allures de géante, comparée à la chorégraphe, se risque avec prudence. La rencontre aura lieu entre ces corps si dissemblables, quand ils auront trouvé un rythme et des gestuelles communs. La musique se fait harmonieuse et sur l’écran, on lit la traduction du texte italien de la chorégraphe : « C’était des cœurs froissés/tourmentés/agités/ sanglotant / C’était des cœurs incontrôlables/ [...] Cliquetis des os/fracas des pierres/ éboulements/ [...] Dans le ligament de tes genoux/ j’ai vu se lever le premiers soleil »
Après la tempête, vient l’apaisement des interprètes, accompagné par le doux chant de la musicienne : Auguri di luce al tramento (désir de lumière au coucher du soleil).
Dans Sottobosco, en écho à son enfance, la chorégraphe s'interroge sur notre capacité à faire face à l'adversité, malgré un corps empêché. Cette performance s’inspire d’une image : des enfants handicapés, perdus dans la forêt. Peut-être abandonnés, ou simplement là, à devoir se frayer un chemin à travers bois. Que deviendront-ils, sans poussette ni béquille ? Viendront heureusement des corps amis, pour danser et vibrer ensemble. Sous la lumière souvent rasante, la dimension sonore prend toute son ampleur et participe par des micro sons, à suggérer de minuscules mondes, en constante transformation, animés d’étranges et poignantes présences.
L’artiste italienne Chiara Bersani déploie un univers esthétique qui sublime le handicap – le sien et celui d’une communauté à son image. Mesurant 98 centimètres, elle souffre d'une forme modérée d'ostéogénèse imparfaite, ce qui ne l’empêche pas de danser, à sa manière, et de rassembler autour d’elle d’autres corps défaillants, en dialogue étroit avec le public. Son solo, Gentle Unicorn, salué pour sa puissance poétique et sa rigueur esthétique, lui a valu en 2018 le Prix UBU de la meilleure interprète de moins de trente-cinq ans. Depuis, ses œuvres sont présentées sur de nombreuses scènes et festivals internationaux,
Synchronicité, une fresque du Ballet de Lorraine pour les J.O.
La chorégraphie de Maud Le Pladec, créée aux JO de Paris, le 26 juillet 2024 pour la cérémonie d’ouverture ,avait pris place le long des quais de la Seine. La chorégraphe, directrice de la danse, met ici en valeur, dans un ensemble impeccable, l’énergie de ce jeune ballet. Daphné Bürki, directrice stylisme et costumes habille en guerrières les corps, dansant sur les rythmes frénétiques de Victor Le Masne, directeur musical pour les quatre cérémonies des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.
La pièce, jouée en prologue, reprend vie avec vingt-quatre interprètes, réunis sous la grande la halle du Carreau du Temple.
A Folia, le Carnaval selon Marco da Silva Ferreira
Les vingt-quatre jeunes danseurs du ballet de Lorraine entrent lentement en piste comme pour un bal de village, dans les tenues chamarrées aux couleurs éclatantes d’Aleksandar Protic qui distinguent chacun d’eux. Le groupe se forme autour de brefs solos, puis se referme et part en cadence dans un ensemble festif. Certains portent leur partenaire sur leur dos ou s’accouplent dans des duos et trios éphémères. La danse intègre les gestuelles du voguing, du hip hop, de la salsa, du krump, sans l’esprit compétitif et personnel du battle. Parfois, les mouvements, répétés ad libitum, finissent par confiner à la transe. À des moments lents succèdent des déchaînements carnavalesques.
Soutenue par le flot continu d’une musique de cour du XVe siècle, solennelle, arrangée au goût du jour par le compositeur portugais Luis Pestana, tenant du courant minimaliste électronique, la chorégraphie marie les danses de rue contemporaines avec le caractère débridé de la Folia portugaise, un rassemblement populaire où, à la Renaissance, des bergères et des bergers dansaient d’une manière confuse en portant sur leurs épaules des hommes habillés en femmes.
Fortement ancré dans les racines lusitaniennes de Marco da Silva Ferreira, la pièce marie danses populaires rurales d’hier et urbaines d’aujourd’hui pour célébrer les corps en folie, avec l’énergie collective de ce ballet. En portugais, Folia associe fole – le sac d’air pour attiser le feu –, fôlego – le moment où on gagne de l’air – et folga - le jour de repos ou de loisirs. La folião/foliona désigne une personne en repos, en dehors du travail, qui s’autorise à se remplir la tête et les poumons d’air et se comporte avec une apparente folie.
Cette pièce rassemble ces notions dans une sorte de rituel collectif joyeux et sensuel où chaque interprète joue sa partie sans jamais se désolidariser du groupe.
Le jeune chorégraphe portugais développe son travail autour des pratiques urbaines et sa carrière prend un tournant avec HU®MANO (2013), joué dans des festivals internationaux à Barcelone (Mercat de les Flors), et en France à Paris (Atelier de Paris/CDCN June Events), Meylan (L’Hexagone), Grenoble – (re)connaissance – et Lyon (Les Subsistances).
Sottobosco Création 2023
S Chorégraphie & texte Chiara Bersani S Interprètes Chiara Bersani et Elena Sgarbossa S Dramaturgie sonore Lemmo S Conception éclairages et décors / direction technique Valeria Foti S Scénographie Ettore Lombardi S Dramaturgie Chiara Bersani et Giulia Traversi S Durée 50 min
Synchronicité Création 2024
S Direction artistique Thomas Jolly S Chorégraphie Maud Le Pladec S Stylisme et costumes Daphné Bürki S Direction musicale Victor Le Masne S Danseur·euses Jonathan Archambault, Aline Aubert, Alexis Baudinet, Malou Bendrimia, Charles Dalerci, Inès Depauw, Anéva Dubeaux, Angela Falk, Nathan Gracia, Inès Hadj-Rabah, Matéo Lagière, Laure Lescoffy, Valérie Ly-Cuong, Andoni Martínez, Afonso Massano, Lorenzo Mattioli, Clarisse Mialet, Elsa Raymond, Céline Schoefs, Gabin Schoendorf, Mac Twining, Luc Verbitzky, Loeka Willems
TOURNÉE 16-17-18 juillet 2026 : Paris – Grand Palais
A folia Création 2024
S Chorégraphie Marco da Silva S Musique Luis Pestana - inspirée de la musique d'Arcangelo Corelli Violin Sonata in D minor La Folia, Op. 5 N°12 S Costumes Aleksandar Protic S Lumière Teresa Antunes S Assistante chorégraphique Catarina Miranda S Répétitrice Valérie Ferrando S Interprètes Jonathan Archambault, Aline Aubert, Alexis Baudinet, Malou Bendrimia, Siaska Chareye, Charles Dalerci, Inès Depauw, Aneva Dubeaux, Angela Falk, Nathan Gracia, Inès Hadj-Rabah, Matéo Lagière, Laure Lescoffy, Valérie Ly-Cuong, Andoni Martinez, Afonso Massano, Lorenzo Mattioli, Clarisse Mialet, Elsa Raymond, Céline Schœfs, Gabin Schoendorf, Mac Twining, Luc Verbitzky, Loeka Willems S Durée 35 min
TOURNÉE
5-6-7 mars 2026 : Londres – Southbank Theatre
21 mars 2026 : Saint Pölten (Autriche) – Festspielhaus St. Pölten 26-27 mars 2026 : Barcelone (Espagne) – Mercat de les Flors
19-20 mai 2026 : Chambéry – Malraux Scène nationale Chambéry Savoie
Festival Everybody 2026, festival sur le corps contemporain, 5e édition
Carreau du Temple, 75003 Paris
Du 18 au 22 février 2026.