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Arts-chipels.fr

Puisque tu pars. Un road-trip adolescent aux accents rimbaldiens.

Phot. © Ilan Rüdisühli

Phot. © Ilan Rüdisühli

Tracer sa route pour expulser le mal de vivre est le thème de cette exploration en terres teintées d’onirisme. Sauf qu’au lieu de la Route 66, c’est dans la France profonde, presque au cul des vaches, que se déroule cette épopée réduite à la médiocrité et au manque d'éclat.

Adolescent mèche au vent, Gaspard s’ennuie. Le monde brille par sa vacuité et sa cacophonie aussi bruyante qu’importune. Il ne partage pas les engouements des jeunes de son âge. Rien ne trouve grâce à ses yeux. Hormis, peut-être, ultime bouffée d’air, un concert de Jean-Jacques Goldman à Nantes ou Saint-Nazaire. Goldman, c’est la dernière rockstar pour ce jeune homme pétri d’idées libertaires qui cite Nietzsche et Schopenhauer.

Alors il décide de se faire la malle, de partir en loucedé, de prendre la tangente sans en informer personne. Mais voilà que s’invite son oncle, cinquantenaire hâbleur et musicien raté, adulte sans avoir grandi qui voudrait bien faire croire et y croire lui-même, qui se raccroche aux branches et accumule les bourdes et les galères. Foin de solitude, c’est à deux qu’ils se lanceront, avec chacun sa déglingue, sur les routes de France.

Phot. © Ilan Rüdisühli

Phot. © Ilan Rüdisühli

Un duo écrit spécifiquement pour deux comédiens

Duo improbable, le premier, ado paranoïaque qui veut faire perdre sa trace en empruntant les circuits de traversée, l'autre, perdant velléitaire jobard et ingénu, gogo gobe-mouches, ils vont de correspondances de métros, multipliées pour égarer les supposés poursuivants, en trains et voitures ratés, de nuits à la belle étoile en options chimériques ou en hôtels de passe. Leur Aventure perd sa majuscule pour se parer de dérisoire et sombrer dans la cocasse. Elle ne leur en offrira pas moins, au détour d'un chemin erratique et burlesque, l'occasion de philosophe sur le sens de la vie – ou sur son absence.

Bruno Bayeux et Gaspard Martin Laprade, qui portent dans la pièce leurs propres prénoms, se connaissent depuis huit ans. Ils se sont rencontrés sur les planches à Taipei à l'occasion de la présentation par Thomas Jolly de Richard III de Shakespeare et ont cultivé leur relation de filleul à parrain de théâtre et vice-versa. Le frère de Gaspard, Quentin, leur offre ici l'opportunité d'explorer, à travers un texte spécialement écrit pour eux, leurs personnalités de comédiens. Laurel et Hardy passent au filtre de l'intello revenu de tout et du galéjeur naïf qui croit à ce qu'il imagine, ils forment un couple de comédie, sympathique et plutôt déjanté, sur le thème assez noir du ratage et du no future .

Phot. © Ilan Rüdisühli

Phot. © Ilan Rüdisühli

Une mise en scène inventive

C’est dans une arène semi-circulaire cernée de projecteurs que se déroule cette odyssée immobile ou presque à laquelle la lumière donne une matérialité dépourvue de réalisme. Des tubes de néon disposés verticalement, qui diffusent un éclairage blanc intermittent suffiront à dire la route et la circulation, une lampe suspendue un intérieur, des projecteurs multi-LED l’émerveillement à travers une diffraction kaléidoscopique des rayons lumineux.

Comme des bonimenteurs de foire, nos deux comparses évoluent dans l’univers artificiel créé par la lumière tandis que le son, manifestement déformé et amplifié, contribue à créer l’idée que la scène n’est qu’un espace mental dans lequel sont installés et se débattent les personnages.

Il y a quelque chose de la révolte rimbaldienne dans le désespoir fort en thème et truffé de références littéraires et philosophiques de Gaspard, quelque chose d'un Joe Buck jamais parvenu à être, emprunté à Macadam Cowboy. Et même si la forme ou le contenu apparaissent par endroits un peu maladroits ou trop attendus, trop cousus de fil blanc, l’association de ces deux paumés qui ne cessent de se chamailler et en même temps de se rejoindre a quelque chose d’attachant et de rafraîchissant, qui attire la sympathie. Reste maintenant à transformer ce premieressai. Seule la suite le dira…

Phot. © Ilan Rüdisühli

Phot. © Ilan Rüdisühli

Puisque tu pars
S Texte Quentin Martin Laprade S Conception Joseph Laurent, Gaspard Martin Laprade, Quentin Martin Laprade S Mise en scène Joseph Laurent S Avec Bruno Bayeux et Gaspard Martin Laprade S Avec les voix de Thomas Jolly, Élodie Bouchez, Alex Ramirès, Clémence Boissé, Jean-Marc Talbot, Thomas Germaine, Grâce Nzabonimpa, Abel Pennaneach S Lumières Antoine Travert S Décors Gaspard Martin Laprade – Quentin Martin Laprade S Création sonore Gaspard Martin Laprade S Production La Bruno Bayeux Compagnie | La BBC ProductionS Soutiens Centre de Danse du Marais, Commédiamuse - Espace Rotonde - Prince RacineS Durée 1h20S À partir de 12 ans

17 & 18, 24 & 25 janvier 2026 à 19h30
Théâtre Les 3T – 14, rue Saint-Just, 93200 Saint Denis

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