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Arts-chipels.fr

Diamanti. Une cité des femmes au pays de la couture et du costume.

Diamanti. Une cité des femmes au pays de la couture et du costume.

Entre amour des actrices, du monde du spectacle et des splendeurs du costume, Ferzan Östepek propose un film tendrement complice sur l’univers des femmes en mêlant grandes et petites histoires d’un atelier de couture dédié au cinéma et au théâtre. Une déclaration d’amour à la création et à celles qui la font qui plonge dans l’intime.

Un réalisateur de cinéma rassemble une nuée de comédiennes autour d’un repas suivi par une réunion de travail. Au menu : la réalisation d’un film sur un groupe de femmes travaillant dans un atelier de costumes de cinéma et de théâtre. Déjà une double fascination se dégage : pour les actrices et pour le milieu auquel elles vont se confronter, un atelier de couture d’exception dans lequel seront montrés dans leur magnificence d’authentiques costumes de cinéma comme la tenue de Claudia Cardinale dans le Guépard ou celle de Romy Schneider dans Ludwig. La fin du film tracera le chemin qui relie cet aller-retour entre la réalité – la réalisation du film – et la fiction – l’histoire de l'atelier de couture et de ses équipes.

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

L’ambiance d’un atelier

Le film dans le film nous immerge au beau milieu d’un atelier de costumes de cinéma et de théâtre dirigé par deux sœurs. La première se comporte en véritable tyran et règne de manière dictatoriale tandis que sa sœur semble à la traîne, rongée par un mal que le film explicitera au fil du temps. Sous leurs ordres, une théorie de femmes qui imaginent, dessinent, coupent, cousent, agencent dans le bruissement permanent des taffetas et étoffes et dans le crépitement des machines à coudre.

Un monde coloré et baroque où l’élégance et la beauté sont au rendez-vous mais aussi les problèmes économiques. Faire tourner l’atelier en alimentant le carnet de commandes et en acceptant les caprices des clients comme ceux des conceptrices de costumes qui sont de véritables stars, connaître les inimitiés entre les comédiennes pour leur éviter de se croiser lors des séances d’essayage, organiser la vie matérielle de tout le petit groupe alors que les horaires de présence excèdent largement la durée normale d’une journée de travail font partie de l’atmosphère de ruche bourdonnante de ce monde du luxe où même les ouvrières semblent imprégnées par l’atmosphère de l’atelier. Un monde où créer de la beauté s’accompagne de conditions difficiles dont la passion forme le contrepoint.

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Une société des femmes

Chacune des femmes de cet atelier a une histoire et le film permettra de la découvrir à mesure que se tisse la trame des difficultés de l’atelier – qui rejoignent celles que connaissent aujourd'hui le cinéma et le théâtre, confrontés à une réduction générale des budgets qui condamnent, au motif d’impératifs économiques, une certaine exigence du détail. La résolution de l'ensemble des problèmes passera par le lien entre l'individuel et le collectif.

Dans le microcosme que forment ces femmes s’exprime la diversité des situations privées, intimes, des femmes dans l’Italie actuelle – mais ailleurs aussi : couple incapable d’avoir un enfant, problèmes de violence conjugale, enfants traînés dans l’entreprise faute de pouvoir les faire garder, ados en détresse, difficulté des relations hiérarchiques, amours en berne, alcoolisme, etc. L’atelier est un condensé de la société, un monde en réduction.

Dans ce milieu haut en couleurs, la caméra virevolte, saisit au passage les innombrables micro-événements qui l’agitent. Elle les couve comme le lait sur le feu, attentive à un geste d’agacement, à un mensonge pour expliquer des traces de coups ou aux plaisanteries de ce groupe de femmes qui, à leur tour, regardent les hommes qui les environnent comme les hommes regardent souvent les femmes, c’est-à-dire en marchandise, en objet de consommation.

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Solidarités féminines

Ferzan Östepek met l'accent sur la solidarité qu'elles ont toutes ensemble, en dépit de leurs différences, une solidarité qui les unit, un sentiment de faire groupe, qui déborde de leur vie au travail pour se déverser dans la sphère privée. Le malheur des unes les concerne toutes. Elles forment bloc, cachent au milieu d’elles un enfant dont la mère n’a pas d’autre choix ou une adolescente poursuivie par la police qui viendront, à leur tour, alimenter la mécanique du film et l’évolution de son scénario.

Ce qui les unit, c’est une double attitude. Toutes ont cette conscience de fabriquer de l’exceptionnel, de participer à la création de quelque chose de plus grand qu’elles-mêmes. Pour y parvenir, elles ne peuvent être seules. Elles ont besoin du collectif, besoin d’être unies dans la réalisation d’une œuvre commune qui dépasse leurs individualités. En même temps leur cohésion est celle de femmes, confrontées à des problèmes analogues, prises en étau entre la gestion du quotidien, avec sa charge mentale, et leur désir de se dépasser qui s’exprime dans les créations auxquelles elles participent.

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

La fascination d’un réalisateur

Ferzan Östepek affectionne généralement dans son travail l’idée d’intégrer une part personnelle issue de son expérience ou de son vécu. Diamanti s'inscrit dans cette démarche. À cheval entre l’âge d’or des créateurs de costumes de scène ou de cinéma – et en particulier les années 1970 où il place son atelier de couture fictionnel, au moment de la bascule vers une période plus problématique sur le plan économique – et le présent, c’est dans sa mémoire d’assistant réalisateur des années 1980 fréquentant les ateliers de costumes qu’il puise son inspiration. Il y côtoie des créateurs tels que Tirelli dont l’atelier ouvre ses archives pour le film, accueille les comédiennes qui découvrent et s'initient aux gestes du métier et crée la spectaculaire robe rouge à tuyaux doublée de crinoline noire qui fait, dans le film, l’objet d’une quête longtemps poursuivie sans succès. On retrouvera dans l’enfant « gardé » au milieu du flamboiement des costumes, qui ouvre grand ses yeux sur un monde qui le fascine, une image du réalisateur. 

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

De femmes-joyaux et de beauté

Diamanti fait partie de ces films qui font du bien. Parce que le mouvement est sa caractéristique et que le motif qui se brode au fil de l’intrigue est l’urgence créatrice. Parce qu’il y est question de recherche de la beauté et d’exigence artistique alors que nous sommes plongés dans un univers de rentabilité économique à tout prix. Parce que les actrices qui passent de leur propre rôle à celui de leurs personnages sont éclatantes de vitalité et y mêlent l’humour. Parce qu’enfin cette société des femmes, dans sa solidarité et sa manière de faire face aux problèmes qui sont ceux des femmes d’aujourd’hui est stimulante et que le film est un hommage à ces femmes-joyaux qui réussissent, au quotidien, à mener de front la pratique de leur art et les aléas d’une vie quotidienne parfois marquée par des drames.

Dans le monde bien sombre et noir qui campe à nos portes, la vie et la passion qui palpitent dans Diamanti sont infiniment réconfortantes...

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Phot. Greenboo Production - Vision Distribution

Diamanti | Italie | 2024 | 2h15 | Couleur | Image : 16:9 | Son : 5.1 | en italien sous-titré
Sortie en salles le 21 janvier 2026

S Réalisateur Ferzan Özpetek S Sur une idée originale de Ferzan Özpetek, Carlotta Corradi S Scénaristes Ferzan Özpetek, Carlotta Corradi, Elisa Casseri S Avec Luisa Ranieri (Alberta), Jasmine Trinca (Gabriella) et par ordre d' apparition à l' écran Stefano Acorsi (Le réalisateur oscarisé), Luca Barbarossa (Lucio, le mari de Gabriella), Sara Bosi (Giuseppina), Loredana Cannata (Rita, la femme de l’investisseur), Geppi Cucciari (Fausta), Anna Ferzetti (Paolina), Aurora Giovinazzo (Beatrice), Nicole Grimaudo (Carlotta, teinturière), Milena Mancini (Nicoletta), Vinicio Marchioni (Bruno, le mari de Nicoletta ), Paola Minaccioni (Nina), Edoardo Purgatori (Ennio, le secrétaire), Carmine Recano (Leonardo Cavani, l’investisseur), Elena Sofia Ricci (Elena), Lunetta Savino (Eleonora), Vanessa Scalera (Bianca Vega), Carla Signoris (Alida Borghese), Kasia Smutniak (Sofia Volpi), Mara Venier (Silvana), Giselda Volodi (Franca Zinzi, la créatrice de costumes de théâtre), Milena Vukoti (Tante Olga) S Directeur de la photographie Gian Filippo Corticelli S Monteur Pietro Morana S Décorateur Deniz Kobanbay S Ingénieur du son Fabio Conca S Directeur de casting Daviode Zurolo S 1er assistant réalisateur Gastone Salerno S Chef costumes Stefano Ciammitti S Cheffe maquillage Dalia Colli S Chef coiffeur Giulio Franzò S MUSIQUE S Compositeurs Giuliano Taviani, Carmelo Travia S Productrice déléguée Ughetta Curto S Producteur exécutif Enrico Venti S Producteur Marco Belard S Bande-originale du film composée par Giuliano Taviani et Carmelo Travia S Orchestrations Giuliano Taviani, Carmelo Travia, Francesco Marchetti S Chef d’orchestre Alessandro Molinari S Orchestre Roma Film Orchestra S Supervision musicale Valerio Mirabela S Editions FM Records Srl S Autres musiques utilisées : la Valse du Guépard (G. Verdi, N. Rota, prod. et © 1963 Creazioni Artistiche Musicali C.A.M) ; Mi sei scoppiato dentro il cuore (B. Canfora, A. Wertmuller, © 1966 Edizioni Curci, prod. Peer-Southern Productions) ; Le Mattchiche (C. Borel-Clerc, L. Lelièvre, P. Briollet, interprété par Mina © Dotesio Lois Ernest / Desclosières éd. / Universal Music Publishing Ricordi) ; Gli occhi dell’amore (R. Cini, M. Marrocchi, F. Migliacci, interprété par Patty Pravo © Universal Music Publishing Ricordi, prod 1968 Sony Music Entertainment Italy ; L’Amore vero (M. Mancini, G. Bindi, interprété par Mina, prod. & © PDU Music&Production S Distribution Destiny Films

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