1 Décembre 2025
Baptiste Amann et Odile Gosset-Grange abordent, sur le thème de l’enquête policière qui remonte le temps la manière dont, sur fond de maltraitance, la vérité se recompose.
Une narratrice apparaît sur le devant de la scène. Elle vient raconter une histoire de boule de neige qui grossit, grossit, grossit jusqu’à entraîner tout sur son passage et engendrer une véritable catastrophe. Cette boule, ce sont les on-dit, les bruits colportés, dont les conséquences sont parfois tragiques.
Nous voici transportés dans un collège. Le jour de la rentrée, une élève de sixième a été victime d'une atteinte grave. Lorsque la pièce commence, nous sommes trois jours après que l'incident s'est produit et, dans l’espace délimité par des panneaux mobiles qui enserrent la salle des professeurs, ce qu’un panonceau accroché à l’une des ouvertures précise, la salle bruisse des commentaires sur l’événement, sur les mesures prises par l’établissement, sur la manière d’aborder le problème avec les élèves.
Une remontée du temps
En trois tableaux et trois lieux, nous allons remonter le temps pour revenir à la source et comprendre, enfin ce qui s’est passé. Les panneaux mobiles qui ferment le fond de scène seront décalés sur les côtés pour dévoiler l’intérieur de l’appartement de l’une des familles dont l’enfant est impliqué dans l’incident. Les familles sont celles de l’enfant accusé du fait et d’un autre, témoin de la scène. Leurs parents sont amis, ils essaient de comprendre ce qui s’est passé, commentent la manière dont les enfants ont relaté l’accident. On apprendra qu’il y a eu blessure, ce qui justifie la gravité avec laquelle l’événement est traité.
Le dernier tableau mettra en scène les enfants eux-mêmes, au moment où l’incident s’est produit, dégonflant la baudruche de l’agression inter-élèves pour construire une autre histoire, autrement plus grave, que l'enfant qui en est la victime ne peut ouvertement avouer. À ce moment, les murs tomberont : c’est le moment de la vérité.
Trois comédiens pour neuf personnages
L’espace se transforme à vue, faisant cohabiter l'espace qui précède et celui qui suit tout en instaurant un échange entre les personnages qui révèle le lien entre les trois séquences. Les différents lieux, déjà présents dès la scène initiale, le papier peint tropical de l’appartement des parents apparaissant dès le début derrière les ouvertures de la salle des professeurs, marquent ainsi la relation entre les tableaux.
Quant aux trois professeurs, en changeant à vue de costume, ils deviendront les parents, puis les enfants eux-mêmes. Adoptant, pour chacun de leurs personnages, un langage spécifique adapté à leur « statut » dans la pièce et à leur âge, ils révèlent les lectures différentes des groupes de protagonistes qui interviennent à chaque niveau de l'intrigue.
C’est seulement en pénétrant dans l’univers des enfants qu’on sera en mesure de connaître les raisons du premier mensonge et la manière dont sa dénaturation se fabrique, engendrant une cascade de réactions sans commune mesure avec ce qui lui a donné naissance, qui est tout aussi grave mais d'un autre ordre.
Un double propos
Dans cette remontée du temps, la pièce traite d’un phénomène aujourd’hui devenu viral en raison du développement des réseaux sociaux : la propagation des rumeurs et fake news qui inondent aujourd’hui l’espace médiatique. Montrer comment un « petit » mensonge, colporté, s’amplifie jusqu’à finalement prendre une dimension qui n’a plus rien à voir avec ce qui l’a motivé répond à la présentation de la narratrice faite dans le prologue.
S’inscrit aussi en creux, à travers les raisons réelles du mensonge, un autre thème : celui des maltraitances et de la manière dont les enfants « gèrent » un silence obligé, par honte ou par tout autre moyen de pression exercé par les adultes. Les chiffres sont là pour le dire : chaque semaine, au moins un enfant meurt sous les coups ; 24 % des Français de plus de 18 ans estiment avoir été victimes de maltraitances graves dans leur enfance ; 1 enfant sur 7 est victime de violences dans le sport. Et il n’est ici question que de violences physiques. Si l’on ajoute les violences sexuelles – 160 000 enfants par an en sont victimes – et les cyber-violences – en 2022, 31 % des parents estiment que leur enfant les a subies –, on mesure l’importance de ce thème sous-jacent.
Un bord plateau nécessaire
La pièce, on le voit, a des tenants et des terminaisons complexes. Non seulement cette construction toute en retours en arrière, quoique balisée tout au long de la pièce, exige des enfants un mode de compréhension qui va à rebours de l’approche usuelle, mais elle leur demande une attention à tous les détails pour appréhender ce que la pièce met en jeu, pour reconstruire la chaîne des événements et comprendre la manière dont la manipulation se fabrique.
Le bord plateau qui suit le spectacle, plus qu’utile, sert à remettre les pièces de puzzle en place. Il dévoile aussi parfois, à travers la réaction des enfants, l’existence de certains problèmes qui sont tus et se révèlent, au travers de « quelqu’un autre » que les enfants connaissent, disent-ils.
Compréhension, par les enfants, des manipulations dont ils sont victimes et de la nécessité de ne pas faire silence sur les violences qu’ils subissent sont les deux mamelles de ce spectacle transportable, adaptable en de nombreux lieux, qui touche aux fléaux qu’essuie l’enfance à notre époque.
Boule de neige
S Texte Baptiste Amann S Mise en scène Odile Grosset-Grange S Assistant à la mise en scène Carles Romero-Vidal S Régie générale Farid Laroussi S Avec François Chary, Lucile Dirand et Théodora Marcadé S Scénographie Cerise Guyon S Lumière Erwan Tassel S Musique / sons Vincent Hulot S Costumes Séverine Thiebault S Direction de production Caroline Sazerat-Richard S Chargée de production Mathilde Göhler S Chargée des actions de territoires Emilienne Guiffan S Production La Compagnie de Louise S Partenaires (coproductions et/ou résidences) Théâtre de Sartrouville – CDN des Yvelines ; MC2 : Grenoble ; La Coursive – SN de La Rochelle ; Le Théâtre d'Angoulême – SN ; Les Tréteaux de France – CDN S Création en novembre 2025 à la MC2 : Grenoble S La Compagnie de Louise est soutenue pour son projet par la ville de La Rochelle, le département de la Charente-Maritime, la région Nouvelle-Aquitaine et le Ministère de la Culture – DRAC Nouvelle Aquitaine site de Poitiers S Durée 1h S À partir de 10 ans S Deux versions : une en salle et une en salle non équipée
Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
Les 27/11 à 10h & 14h15, 28/11 à 10h e& 14h15, 29/11 à 16h30, 1/12 à 10h
TOURNÉE
9 déc. 2025 10h & 14h, 10 déc. 10h & 19h Théâtre d’Angoulême - Scène Nationale Angoulême (16)
15 déc. 2025 19h, 16 déc. 14h30 & 19h L’Archipel - Fouesnant (29) Festival Théâtre À Tout Âge
18 déc. 2025 14h30, 19 déc. 10h & 19h30 La Maison du Théâtre - Brest (29)
Du 21 au 30 janv. 2026 Comédie de Béthune - CDN Hauts-de-France (62), en décentralisation
Salle des Fêtes Jean-Marie Leclercq - Beuvry Mercredi 21 janvier - 1 repr.
Salle des Tilleuls - Norrent-Fontes Jeudi 22 janvier - 1 scol.
Le Cuivre Pôle Culturel - Labourse Vendredi 23 janvier - 1 repr.
Salle communale - Neuve-Chapelle Samedi 24 janvier - 1 repr.
Isbergues Lundi 26 janvier - 1 scol.
Salle Pignon - Marles-les-Mines Mardi 27 janvier - 1 scol.
Salle J-C Lutrat - Annequin Mercredi 28 janvier - 1 repr.
Le Palace - Lilliers Jeudi 29 janvier - 19h30
Espace culturel AREA - Aire-sur-la-Lys Vendredi 30 janvier - 14h15 et 19h
12 mars 2026, 14h15 & 19h30, 13 mars, 10h & 14h15 La Coursive - SN de La Rochelle (17)
31 mars 2026 14h30 & 19h30 L’Agora - Billère (64)
2 & 3 avril 2026 Théâtre Ducourneau - Agen (47) – 3 repr.