16 Novembre 2025
Belle soirée proposée par ce programme, soutien aux jeunes chorégraphes avec une ambiance incroyable dans la salle qui vibrait véritablement avec les interprètes.
Belle soirée en trois parties très différentes avec des univers spécifiques et variés allant d’une réinterprétation des traditions camerounaises à une composition / improvisation sur un solo de batterie en live en passant par une magnifique démonstration de locking.
Nadia « Nadéeya » Gabrieli Kalati dans une chorégraphie intitulée : Sawata ·
La danseuse et chorégraphe Nadia Gabrieli Kalati y invoque l’eau et va « puiser » dans ses racines camerounaises comme force vitale et empreinte du monde. Elle cherche à renouer avec ses origines pour avancer, à relier l’intime au collectif pour recréer une dynamique créative. Sa performance se situe au croisement de la house dance et des traditions africaines. Au départ, elle avance en cercle comme pour évoquer une cérémonie traditionnelle et petit à petit, au fur et à mesure de sa partition elle va investir le cœur du cercle pour finir par le traverser et s’en dégager à la fin comme une renaissance. Ces gestes sont comme une offrande, comme une transmission pour accéder à un renouveau.
Sawata est une contraction de deux mots : “Sawa” et “Wata”. Les « Sawa » sont un peuple bantou du littoral camerounais, connu aussi sous le nom du « peuple de l’eau ». Les Bakaka, peuple dont elle est issue, entretient un lien sacré avec l’eau, à la fois symbolique, spirituel et vital. L’eau rythme la vie quotidienne, les rites de passage et la cosmogonie Sawa. “Wata” vient de la langue pidgin qui signifie “eau” (de l’anglais water). C’est aussi un clin d’œil à Mami Wata – Jengu chez le peuple Sawa, l’entité féminine de l’eau, gardienne des profondeurs et considérée comme la mère des eaux. Ainsi l’eau est partout présente dans ce spectacle, symboliquement mais aussi traditionnellement et conceptuellement. L’eau est source de vie et de renouveau et comme ce spectacle est aussi pour elle une façon de concrétiser le deuil de son père, la symbolique de la renaissance est bien présente et transcende son propos.
Nadia « Nadéeya » Gabrieli Kalati est reconnue mondialement dans le milieu de la House Dance, notamment en tant que membre du collectif Paradox-Sal, fondé et coaché par Ousmane « Baba » Sy. Elle revendique son africanité plurielle au cœur de sa danse. Elle déclare : « Mon parcours a nourri ma conviction que la House Dance est elle-même une extension, une mémoire vivante des danses africaines et de la spiritualité du mouvement. Pour mieux comprendre la House, j’ai dû retourner à la source : aux gestes anciens, aux pulsations du sol. »
Nexus – Julia Ortola
Je dois avouer que je ne connaissais par le « Locking » et que j’ai été très agréablement surprise par l’énergie et la force de cette danse. Ce spectacle est monté un peu comme une battle, c’est une rencontre entre deux corps et deux énergies aux antipodes l’un de l’autre avec un troisième comparse qui s’insère parfaitement dans cet échange. C’est une rencontre entre deux générations, entre deux sommités de cette discipline. Le spectacle commence avec Gemini qui nous offre une démonstration implacable du « Locking » c’est fun et très expert. Puis, Funky-J petite, tout en énergie vient le rejoindre et un dialogue tout en humour et dextérité s’instaure. Ils jouent et s’amusent pour notre plus grand plaisir. Et pour finir, ils actionnent le volet transmission en invitant un jeune d’un groupe local à venir danser avec eux.
La chorégraphe Julia Ortola alias Funky J, découvre le locking à 15 ans. Cette danse urbaine est apparue dans les années 70. C’est une danse festive et théâtrale appartenant au funky styles, dont les danseurs sont appelés les lockeurs. Son nom tiré du verbe to lock -verrouiller en anglais- vient de l’enchainement rapide de mouvements bloqué par le danseur, notamment par le biais de rotations des poignets ce qui donne un rythme et une position du corps particulière. Ainsi Julia Ortola alias Funky J, se passionne complètement pour cette spécialité et s’y consacre pleinement jusqu’à obtenir une reconnaissance internationale. Elle devient ainsi la première femme à remporter le titre mondial dans la catégorie locking lors du championnat le Juste Debout en 2017. Chorégraphe émergente et talentueuse du Locking et des danses Hip-Hop, elle se distingue par une approche unique du Locking, mêlant tradition et innovation, ce qui lui permet de créer des œuvres qui résonnent auprès d’un large public. Elle s’impose aujourd’hui comme une des chorégraphes les plus prometteuses de sa génération, tout en continuant à participer activement à la scène des battles.
Elle fonde le summer camp et battle “Lock is not a Joke”, rendez-vous réunissant des danseurs venus du monde entier. Avec sa société de production J9 Prod, elle développe des projets mêlant musique et danse, riches en créativité et en échanges culturels.
Elle crée la compagnie Zion, avec laquelle elle conçoit et diffuse différents spectacles, en France comme à l’international. Cette compagnie place la transmission au cœur de son action. Ainsi, avec son équipe, ils décident de transmettre non seulement les techniques, mais aussi l’essence même de la culture hip-hop à tout public à travers stages, ateliers, battles, et conférences d'où le 3eme comparse du spectacle qui change à chaque fois.
Gemini Lockiano
Gemini est une figure incontournable du Locking et un pionnier en France. Il est le mentor de nombreux danseurs aujourd’hui reconnus dans le monde. Il est le créateur de la communauté mondiale Locking4life. Juge international, enseignant, directeur artistique pour divers projets à travers le monde et vainqueur de nombreux battles célèbres tels que «Freestyle session », et « Bboy Summit » à Los Angeles, « Next urban Legend » et le « Juste debout » à Paris.
Réalisateur, chorégraphe et interprète, Gemini créé également une exposition sur la danse et le cinéma soutenu par l’institut français : “On the One”.
Et Le 3 eme comparse, un jeune issu d’un groupe local de danse urbaine dont je n’ai même pas le nom et j’en suis désolée a fait une performance magnifique à la hauteur de ses deux aînés…
CHRIS FARGEOT · 3h33 in my room (through the window)
C’est aux côtés du compositeur Ulysse Zangs que Chris Fargeot écrit sa première pièce 3h33 in my room (through the window), un solo, performance / improvisation qui allie le mouvement et le son comme un cheminement de pensée, dans une partition sensible alliant danse et musique live avec une grande complicité entre les deux interprètes.
« Il semblerait qu’écrire une première pièce soit tirer mon autoportrait que je le veuille ou non. Avoir eu la nécessité de s’approprier un langage, des techniques et chercher à s’en défaire. La pratique du break s’invite ici comme ancrage revisité. Je me suis armée de contraintes pour arriver à une forme chaotique qui serait mienne. Là où la mollesse est un défaut, la fluidité est une force. La pousser à son extrême est un symbole qui m’a plu. Se mouvoir telle une feuille au vent, un corps léger, réceptif à l’extérieur ». Effectivement, on assiste à une mouvance itérative au gré de la musique qui nous emporte vers des sensations et des émotions diffuses.
On est plus dans de la danse contemporaine que dans du pur break ou Hip hop, bien que ses racines et son ancrage se sentent encore ) certain moment.
Chris Fargeot, danseuse, chorégraphe a un parcours singulier mêlant autodidaxie et académisme. Après des années au conservatoire en danse classique, sa curiosité pour le mouvement et sa sensibilité à la musique l’ont conduite vers la culture Hip-Hop. Elle se spécialise en Break et développe son langage en battle comme au plateau. Dans une constante recherche et évolution, elle souhaite aujourd’hui partager son univers à travers la création et la transmission. De 2018 à aujourd’hui elle est interprète pour divers chorégraphes tels que, Saïdo Lehlouh, Carmel Loanga, Sandrine Lescourant, Valentine Nagata-Ramos et Ousmane Sy. En 2023, elle chorégraphie Les Envolées du Lycée Turgot en partenariat avec la Villette. Puis en 2024, elle intègre le dispositif « Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines (IADU) » pour une durée de deux ans et crée 3h33 in my room (through the window) avec le compositeur Ulysse Zangs. Et en 2025, elle fait partie de la distribution de Témoin de Saïdo Lehlouh et de Narcisse de Marion Motin. Elle est également accompagnée par Danse Dense.
Ulysse Zangs, danseur, compositeur, artiste à l’intersection du son, du mouvement et de la nature. Il a été diplômé de l’École de Ballet de l’Opéra de Paris et de la Palucca Hochschule für Tanz avant de rejoindre la Compagnie de Danse de Dresde-Francfort jusqu’en 2019. Aujourd’hui en freelance, il collabore avec des chorégraphes et metteurs en scène de renom tels que Benjamin Millepied, Ersan Mondtag, Simon Le Borgne...
En tant que musicien, il compose des partitions pour la danse, les performances, les installations et les films, mélangeant l’improvisation en direct avec des productions enregistrées pour répondre aux besoins de chaque projet.
Il vient de sortir son premier projet solo, Idle Hands Or, lancé l’automne dernier comme une œuvre indépendante.
Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines, un programme cofondé par La Villette et la Fondation de France. Le programme IADU est un soutien durable à la création chorégraphique en danses hip-hop, clubbing et assimilées
IADU (Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines) est un dispositif de soutien à la création chorégraphique dans les champs des danses hip-hop, clubbing et styles assimilés cofondé par La Villette et la Fondation de France en 1998. Il se distingue par la singularité de son champ d’action, la qualité de son accompagnement, sa longévité et son rayonnement.
Le programme accompagne des artistes travaillant en solo, en duo ou au sein de compagnies. Il offre des résidences de création ou techniques à la Halle aux Cuirs de La Villette (En savoir plus sur les espaces IADU), un accompagnement artistique personnalisé et un soutien à la coproduction de spectacles.
A compter de l’automne 2025, Freestyle Villette étend le dispositif « Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines (I.A.D.U) » en mettant en place de nouveaux temps de formations et d’autres formats de résidences.
A partir du 19/11 au 22/11