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Arts-chipels.fr

L’Été de Jahia. Une histoire d’exil et d’amitié.

© 2025 Condor Distribution

© 2025 Condor Distribution

Deux adolescentes dans un centre pour demandeurs d’asile se lient d’amitié. Quand l’attente d’un permis de séjour prend des allures d’échappée belle.

Jahia (Noura Bance) est une jeune Burkinabé de seize ans, réfugiée avec sa mère dans un centre pour demandeurs d’asile dans la campagne belge. Toutes deux ont fui la guerre en Érythrée et attendent un permis de séjour qui leur permettrait d’envisager un avenir qui tarde cependant à venir. Elles vivent donc une attente sans terme prévisible et Jahia nourrit une peur du futur qui l’empêche de vivre. Elle s’enfonce dans une dépression qui ne dit pas son nom, ne se lie à personne, rechigne à aller en classe car à quoi bon si elles doivent être expulsées.

Jusqu’au jour où débarque dans le Centre une jeune Biélorusse, Mila (Sofiia Malovatska), émigrée avec sa famille qui, elle aussi, attend des papiers. Là où Jahia est renfermement sur soi et mutisme, Mila est enthousiasme, gaieté, projets, lumière, elle prend la vie à bras-le-corps et va entraîner Jahia dans son sillage, lui redonnant peu à peu le goût de vivre. Ces deux jeunes filles, obligées de traverser leurs jeunes années dans le flou et l’attente, vont se conforter l’une l’autre. Jusqu’à ce que le couperet tombe, condamnant l’une des deux à retourner dans son pays.

© 2025 Condor Distribution

© 2025 Condor Distribution

Portrait en creux de formes d’exil

Le film s’attache à montrer ce que représente cet exil vécu au quotidien. La mère de Jahia ne parle aucune des langues occidentales, elle est donc totalement dépendante de sa fille, ce qui fait de l’adolescente une adulte avant l’heure. Les repas, bricolés à partir des ingrédients récupérés à la cantine du Centre et assaisonnés ensuite à la manière burkinabé, les relations avec le personnel du Centre, la psychologue et les services sociaux forment le soubassement de la vie de Jahia et de sa mère. Elles ne parlent pas de ce qu’elles ont vécu. Tout au plus devine-t-on le drame resté tapi lorsque la mère est prise de terreur au moment où des enfants, par jeu, font éclater des pétards.

Moins violente en apparence est la situation de Mila, partie avec son père, sa mère et son frère. Une cellule familiale au complet, un foyer, et un père qui travaille déjà et connaît donc une forme d’insertion. Mais cette impression de sécurité est trompeuse, comme Mila le fait remarquer à Jahia. Un refus de permis de séjour et la situation deviendra intenable.

© 2025 Condor Distribution

© 2025 Condor Distribution

Une amitié indéfectible

« Il faut rêver », professe Mila, toujours pleine d'enthousiasme pour la vie, devant l’immobilisme de Jahia. La jeune Burkinabé aime faire la cuisine ? Qu’à cela ne tienne ! Elle n’aura qu’à chercher à devenir cuisinière. Peu à peu, Mila rompt les barrières qui la séparaient de Jahia. Elle la pousse au-delà de ses réserves, entre séances de baignade à l’étang, amitiés de rencontre et numéros de danse sur des musiques captées sur le portable. Chacune se familiarise avec l’espace de l’autre, elles découvrent leur famille respective. Jahia, quoique toujours inquiète, retrouve une certaine joie de vivre.

Pour incarner ces deux jeunes filles, Olivier Meys a choisi deux jeunes primo-comédiennes qui ont elles-mêmes connu des problématiques semblables. Elles se glissent donc sans difficulté et avec beaucoup de naturel dans la peau des deux jeunes amies.

L’Été de Jahia. Une histoire d’exil et d’amitié.

Entre drame et accomplissement de soi

Cependant le drame guette. La mère de Jahia est en crise et une assistance psychologique s’avère indispensable, ce qui signifie l’extraire de la cellule qu’elle forme avec sa fille, où elle est d'une certaine manière, à l'abri, pour l’envoyer dans un centre de soins, et pour Jahia se retrouver seule.

Du côté de Mila, la situation n’est pas plus rose. Le permis de séjour est refusé et la jeune fille, terrassée par la nouvelle, sombre brutalement, victime du syndrome de résignation, dans un profond sommeil.

Face au caractère tragique de la situation, Jahia ne sera plus à la remorque. Elle sortira grandie de ce voyage initiatique où, au cours d’un été, le meilleur et le pire se seront côtoyé.

Attentif à recréer les conditions de vie des deux jeunes filles et de leurs familles et à montrer le rôle des services sociaux qui les prennent en charge, Olivier Meys place sa caméra au plus près de ses jeunes comédiennes. Il les filme très souvent en gros plan, attentif à leurs changements d'expression, à leurs regards, aux émotions qui les traversent, et réalise un film au rythme lent, étiré, à la mesure de l’attente où se niche la raison d’espérer des personnages.

L’Été de Jahia. Une histoire d’exil et d’amitié.

L’Été de Jahia Un film d’ Olivier Meys (Belgique). Long métrage en français, couleur, prod. 2024. Durée 1h25 Sortie en salles le 6 août 2025
S Réalisation Olivier Meys S Scénario Olivier Meys, John Shank S Avec Noura Bance (Jahia), Sofiia Malovatska (Mila), Céline Salette (Juliette), Audrey Kouakou (Ayana), Eugénie Anselin (Alexandra) S Image Benoît Dervaux (SBC) S Son Carlos Thoss, Angelo Dos Santos, Loïc Collignon S Montage Marie-Hélène Dozo S Décors Pepijn Van Looy S Costumes Prunelle Rulens S Producteurs Sébastien Andres, Alice Lemaire, Alexandre Perrier, Jeanne Geiben, Vincent Quénault, Sarah Marks, Willem Corten S Production Michigan Films, Kidam, Red Lion, Marks S Distribution Condor Films

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