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Arts-chipels.fr

Je suis trop vert. Du vert comme un des beaux-arts dans les apprentissages de la jeunesse. Un théâtre aux champs.

© Anne Simon

© Anne Simon

David Lescot poursuit son exploration d’un Moi pré-ado au moment du grand chambardement du passage au collège. Au menu : le rapport à l’écologie, au milieu des menus tracas de la vie de 6e. Entre vert de rage et classe verte, et pour le plus grand bonheur des petits et des grands, une aventure humoristique, malicieuse, inventive fichtrement juste, qui n’oublie pas de jouer avec les mots.

Entrer en 6e, c’est déjà pas rien ! et quand en plus on vous fait miroiter le moyen d’échapper un peu au train-train de l’école, loin des parents, avec cours réduits et vie au grand air, c’est trop top ! Le moyen d’évasion, la clé des champs, c’est un projet de classe verte pour toute la 6e D. Sa condition : que toute la classe y souscrive. Et avec elle, bien sûr, les parents. S’il y a plus de deux refus, c’est retour à la case départ. Autant dire case prison. Et naturellement, ce ne sont pas deux refus mais trois auxquels les enfants vont se confronter. D’où la nécessité de mettre en place des stratégies, qui passent par la solidarité et la conscience du groupe. Ce que les enfants ne manqueront pas d’inventer pour pallier les manques de moyens financiers des uns ou vaincre les réticences des autres.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Un dispositif scénique inventif

Le lieu et le décor de la pièce, c’est une grosse caisse en bois pleine de trappes, de cachettes, de recoins, une boîte à secrets et à malices capable de se métamorphoser en tables et bancs d’école, en cour de récré, en chambre d’enfant, en autocar brinquebalant comme en cour de ferme, avec son étable et sa basse-cour. Une boîte magique d’où surgiront une petite sœur tyrannique, un seau de grain, un croc à remuer la paille ou une grelinette pour soulever la terre.

La caisse se fera sol de pépinière de plantes ou chambre d’illusion d’où surgiront l’onirisme et le fantasme. Un espace laissé libre à l’invention débridée, au « on ferait comme si que ». Le lieu de toutes les métamorphoses, où les filles jouent des garçons et des filles aussi, où chaque comédienne endosse au moins deux rôles, où, d’une représentation à l’autre, elles se passent les rôles, avec pour constante d’installer le théâtre. Un castelet sans marionnettes où ce qui se passe dessous est aussi important que ce qui se passe dessus – comme sur et sous la terre.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Le monde des pré-ados, entre famille et groupe de copains

Croqué à gros traits à travers le regard de Moi, le petit monde du jeune garçon nous renvoie à ce qu’enfants, nous avons éprouvé, à ce que parents, nous avons vécu ou vivons encore. Les parents toujours occupés, pas toujours attentifs, les fratries problématiques, les profs forcément casse-pieds et retors, qui enfoncent leurs gros sabots là où ça fait mal. C’est l’âge des copains-pas copains, des bouses et des trop cool, des leaders en herbe et des bouffons qui sont à la traîne. L’âge aussi des premiers émois où on se « calcule » et où on se fait « tèj », où on se régale de teufs dans une ambiance de ouf. L’âge des entre-deux où on aimerait bien se passer des parents mais où on est quand même content de les avoir.

Passant d’un personnage à l’autre avec autant d’humour critique que de vélocité, les trois comédiennes qui campent à elles seules plus d’une dizaine de personnages se muent en petite sœur incapable de former une phrase correctement, en gamin renfermé toujours mécontent de son sort, en petit dur qui traite les autres de haut, en jeune paysanne méprisante pour ces citadins incapables, et bien d’autres.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Vert, vers… La campagne, c’est pas vraiment c’qu’on pense

La saison est au vert. Parce qu’en plus d’être vert de rage quand il est menacé de ne pas partir, Moi doit affronter la dictature qu’exerce la petite sœur plus-verte-tu-meurs, à qui on a fait entrer dans la tête que la planète est en danger et qui a peur que la mer se mette à bouillir et cuise les poissons. Du coup, plus de chauffage à la maison en novembre et éclairage à la bougie, et pas de téléphone portable. De l’autre côté, la vie au vert, c’est pas du tout ce qu’il-elle avait imaginé. Tracteurs, tronçonneuses, coups de marteau, chiens, coqs et autres bruits, créés par les comédiennes dans la boîte à théâtre, forment un vacarme qui n’a rien du « calme » qu’on attribue à la campagne. Quant à respirer le bon air, ça ne réussit pas toujours aux gosses des villes complètement imbibés de pollution…

Côté activités saines dans la nature, c’est pas la panacée non plus. Parce que c’est harassant d’être bio, de faire des lasagnes végétales et de remuer la terre à la main quand on pourrait se la couler douce avec du matos agricole, mais c'est un choix nécessaire… D’un extrême à l’autre, on découvre les mille et un petits trucs qui rythment cette vie autre, la moutarde, la vesce et la phacélie qu’on coupe et laisse pourrir sur le sol pour faire de l’engrais naturel, les plantes mellifères, qui attirent les abeilles, et la manière dont naissent les veaux. Loin du cours pesant d’histoire naturelle ou de la démonstration laborieuse d’agroécologie, l’initiation se fait en riant, mais sans évacuer le débat, l’air de ne pas y toucher…

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Grandir, disent-ils…

Comme les deux autres spectacles de la trilogie consacrés à la première année de collège – J’ai trop peur, qui traitait de l’appréhension de la rentrée en 6e et J’ai trop d’amis, qui s’intéressait à la formation du groupe de classe, à l’amitié et à la naissance des premiers émois – Je suis trop vert poursuit la série des questionnements qui surgissent à cet âge critique. Ce faisant, il s'installe en même temps dans le jeu sur le langage autorisé par le champ sémantique du « vert », car au vert de rage et à celui de l’écologie s’ajoute le trop vert du naïf, de celui qui arbore encore un air printanier dans sa découverte du monde. C’est le constat que fera Moi de retour dans sa famille, qui a compris que de vert tendre il est passé à vert plus soutenu, mâtiné d’autres couleurs. Si pour sa famille, il est resté le même, lui sait qu'il a grandi. Le séjour au cœur de la nature, avec son apprentissage de la réalité, est devenu chemin initiatique.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Je suis trop vert (texte publié aux Solitaires intempestifs, coll. Jeunesse, ill. Anne Simon)STexte et mise en scène David Lescot, artiste associé au Théâtre de la VilleSAvec (en alternance) Lyn Thibault, Elise Marie, Sarah Brannens, Lia Khizioua-Ibanez, Camille Bernon, Marion Verstraeten SScénographie François Gauthier-Lafaye SLumières Juliette Besançon SAssistante à la mise en scène Mona Taïbi SCostumes Mariane Delayre S Production Cie du KaïrosS Coproduction Théâtre de la Ville – ParisSLa Compagnie du Kaïros est soutenue par le Ministère de la Culture – DRAC Île-de-FranceSPrésenté en novembre 2024 au Théâtre de la VilleSDurée 1hSÀ partir de 10 ans

·  Coup de Théâtre, Annecy  8 > 9 septembre 2025
·  MCL, Gauchy   2 > 3 octobre 2025
·  Quai d'Angers - CDN  8 > 11 octobre 2025
·  Théâtre de la Ville, Paris  8 > 19 octobre 2025  (trilogie avec J'ai trop peur + J'ai trop d'amis les 11-12-18-19 octobre ) 
·  Maison J. Brel, Villiers-le-Bel  3 > 4 novembre 2025
·  La Criée - CDN de Marseille  12 > 15 novembre 2025
·  Salle Jean Carmet, Mornant  24 > 25 novembre 2025
·  Théâtre J. Carat, Cachan  30 novembre 2025
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