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Arts-chipels.fr

Agathe Perrault – la multitude, l’assemblage comme alphabet pictural. Une des cinq lauréats du prix des jeunes artistes de l’estampe 2026

L'Alchimiste, célébrant son ternaire sulfureux, fortifie sa mercuriale sous un soleil de plomb., 2022, linogravure, estampe sur papier, 120x84 cm.

L'Alchimiste, célébrant son ternaire sulfureux, fortifie sa mercuriale sous un soleil de plomb., 2022, linogravure, estampe sur papier, 120x84 cm.

Agathe Perrault, avec ces linogravures, nous raconte des histoires de notre temps. Elle nous parle de notre monde saturé d’images, regorgeant, débordant dans tous les sens. Elle nous décrit la profusion, la démesure même de notre société où le trop ne suffit plus, où le plus n’est pas encore assez. Ainsi, son univers pictural déborde. On est assailli par ces images, par cette multitude, ce foisonnement qui nous donnent presque le tournis tellement leur saturation nous happe. C’est un « assemblage » au terme pictural, de scènes, de décors, de personnages dans tous les sens, sans un espace de libre. Ainsi, elle nous donne à voir métaphoriquement une représentation picturale et figée à un instant T du monde virtuel des réseaux sociaux avec lesquels elle a grandi et qui font désormais partie de notre environnement. Les artistes sont bien souvent des intercesseurs, des capteurs de signaux faibles des sociétés dans lesquelles ils vivent, et Agathe Perrault ne déroge pas à cette règle avec cette série parfaitement en phase avec notre société contemporaine.

Au chevet de l'éveil, 2022, linogravure, estampe sur papier, 29,7x42 cm.

Au chevet de l'éveil, 2022, linogravure, estampe sur papier, 29,7x42 cm.

Quel est votre parcours ?

J’ai étudié 5 ans aux Beaux-arts de Nantes. Pendant un semestre en L2, je suis partie en Erasmus à l'Académie des Beaux-arts de Naples où j'ai choisi la section / spécialité gravure et illustration. En master, j'ai continué dans la spécialité Art contemporain. J'ai choisi le parcours Faire Œuvre et rédigé un mémoire appelé L'Opératoire de présences. Ensuite, j'ai réalisé des stages, un à l'artothèque de l'école des Beaux-arts de Nantes, ArtDelivery et un autre en assistanat d'artiste avec Pascale Rémita. Être une assistante d’artiste c’est avoir une vision de ce que peut être la réalité, la vie d’artiste. C’est être confrontée, concrètement, tous les jours, dans son atelier avec la réalité, avec les projets et le travail au quotidien. C'est ce qui était intéressant en tant qu'étudiante à ce moment-là, comprendre comment la création pouvait exister à la sortie de l'école.


Comment vous vous projetez après ce stage ?

Les stages m’avaient permis de découvrir plusieurs étapes du métier, production, diffusion, transmission, communication et administration. Pascale Remita comme beaucoup d’artistes a travaillé pour le dispositif 1%, elle a fait des résidences et collabore avec une galerie. Sa pratique est très différente de la mienne. Je pense qu’il est possible d’être artiste en sortant de l’école mais cela nécessite de comprendre qu’être artiste, ce n’est pas que la création. C’est aussi tout ce que cela implique autour de la création et qui permet concrètement de devenir artiste.

En fin d’étude, on est solo dans notre recherche.

J’ai été diplômée en 2022. Depuis, je cherche comment pouvoir matériellement travailler, comment retrouver des conditions, comment recréer les équilibres adéquats, pour créer. Du coup, on s’est mis à plusieurs et on a créé un collectif qui a d'abord rejoint une autre association. Assez rapidement on a eu un atelier, ce qui est essentiel pour travailler. Parallèlement, j’ai eu un emploi à la bibliothèque municipale pour avoir un salaire. Notre collectif s’appelle « HyperTerrier ». Ce nom reprend l’idée de l’atelier avec un parallèle, une analogie au terrier représentant des valeurs de cohabitation et d’entraide inter-espèces. Depuis 4 ans, l’association soutient la jeune création sous plusieurs formes, expositions, concerts et assure depuis deux ans la gestion d'ateliers d'artistes, se situant aujourd'hui à Nantes Nord.

 

Scène et sens, 2020, linogravure, estampe sur papier, 29,7x42 cm.

Scène et sens, 2020, linogravure, estampe sur papier, 29,7x42 cm.

Comment en êtes-vous venue à la gravure ?

Je l’ai découverte à Naples comme dit plus haut. On m’avait recommandé ce parcours et j’ai choisi la gravure un peu par hasard. C'est resté depuis dans ma pratique.

 

Qu’est-ce qui vous intéresse dans la Gravure ?

Le rapport ambigu à l’image, le travail de l’image qui est presque pour moi de la sculpture. Je travaille principalement du linoleum et la fabrication de l'image par retrait de la matière me parle. La gravure se passe en trois phases, le dessin, la création de la matrice, image ''sculptée'' et la réalisation de l’image imprimée. Les matrices sont des images à part entière pour moi dont je me sers pour faire des assemblages. Je peux avoir plusieurs utilisations de cette image. Parfois, l’image finit par dévier de sa première fonction de planéité, elle évolue sur plusieurs phases de résolution. Le processus de réalisation laisse plein de traces. Ainsi, l’image existe en plusieurs états de matière et je peux exposer aussi les matrices. Je travaille la matrice pour elle-même mais il y a quand même toujours une étape d’impression. Et ce qui m’intéresse ce sont ces différents états de présences.

 

Vos influences ?

Les artistes dont j'apprécie le travail: Nils Alix Tabeling, Betye Saar, Daniel Spoerri, Kiki Smith, Leonora Carrington, Patrick Neu.

Et plus classique : Germaine Richier, pour son rapport à la collecte, l'hybridation et sa forme de narration presque mythologique.

 

Vous dites des Assemblages et pas des installations pourquoi ?

C’est cette idée de questionner les états de présence. J'ai une pratique de collecte de choses, de matériaux, d'images, qui dans l'atelier sont étudiées comme dans un laboratoire, mais dont l'issue ne serait pas de les organiser mais de les « organer », l'assemblage des fragments comme des organes pour la recherche d'une forme de viabilité, un peu à la manière du docteur Frankenstein, qui visent à fabriquer des personnes/ personnages avec une certaine présence / agentivité.

Je ne fais pas exactement des installations. Parfois cela s’en rapproche. Pour moi ce que je fais, se rapproche plus de la composition. Je ne fais pas des installations comme forme finie. Cela ne fonctionne pas comme un tout en soi, je recherche plutôt quand je montre mon travail une mise en scène. Les choses peuvent se réarranger. Ainsi, mes œuvres sont des assemblages avec des éléments collectés que l’on peut toujours réagencer autrement.

Désormais, vous considérez vous comme un/ une artiste graveur / graveuse ou est-ce juste un medium comme un autre ?

Je suis une artiste plasticienne même si la gravure a une place importante dans mon travail.

Vos prochaines actualités ?

L’exposition à la galerie Michel . Et les portes ouvertes de l’atelier.

Un site pour que les lecteurs puissent te découvrir ?

instagram: @a_perrolt

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