3 Novembre 2026
Les images de Clément Clausse nous font immédiatement voyager dans un monde onirique, dans un entre deux évocateurs. Son langage pictural, superbement figuratif, joue sur nos émotions et parle à nos sentiments, au de-là de notre champ perceptif. Il nous lie à quelque chose d’enfoui, à des non-dits imperceptibles. Dans ses « tableaux de chasses » inspirés par les films de Pasolini, la narration se joue sur trois niveaux qui chacun est une partie de l’histoire mais au final, la somme des parties ne fait pas forcément un tout. Et il reste une interrogation qui nous entraîne dans une narration intuitive. Clément Clausse revendique le cinéma comme source d’inspiration et bien, ses images nous font réellement voyager.
Quel est votre parcours ?
Je viens d’un village de 70 habitants près de Besançon. Mon père est agriculteur.
J’ai fait l’école Estienne en illustration et ensuite les Arts décoratifs de Paris en images imprimées. Désormais, je suis illustrateur pour la presse et je travaille la gravure depuis en parallèle.
Comment, par quel chemin êtes-vous venu à la gravure ?
J’ai connu la gravure à l’école Estienne, technique encore enseignée dans cette école. Cela a complètement modifié ma manière de dessiner, car la gravure sur bois ou sur lino c’est un trait mais aussi un sillon. Et cela fait toute la différence.
Qu’est-ce qui vous intéresse dans la Gravure ?
C’est la technique et la matière. C’est le fait de retirer de la matière d’une matrice et de l’imprimer, et ainsi de révéler l’image, de la matérialiser. Par extension, ce qui m’intéresse c’est aussi l’idée de créer des images en couche. C’est une recherche infinie. Cela ouvre des voies multiples. On peut soit superposer des images différentes soit travailler avec la technique de la plaque perdue. Il y a d’infinies possibilités avec chacune de ces techniques et je n’ai pas l’intention de choisir. Je dessine beaucoup. Je travaille plus particulièrement le bois, la manière noire m’intéresse aussi et la pointe sèche. En fait tout ce qui est en contact directe avec la matière.
Avec cette impression en couche on peut également imprimer les plaques fantômes à l’infini et ainsi créer un récit.
La série couleur « tableau de chasse » par exemple c’est du bois avec une matrice par couleur. Le nageur en N&B c’est du bois en plaque perdue.
Pouvez-vous me parler plus particulièrement des deux œuvres en couleurs qui m’ont beaucoup intéressée ?
Les deux gravures en couleurs primées qui s’intitulent Scène de chasse et arbre fruitier, représentent une fuite par rapport à une autorité. Les deux personnages au premier plan sont tournés vers les spectateurs et les regardent. J’ai cherché à télescoper plusieurs points de vue, qui accrochent l’œil et créent un effet irréel. Cette composition n’est pas un regard géographique. Ce sont des strates. Pour moi, c’est la découverte de l’homosexualité à la campagne et les questions que cela soulève car à la campagne c’est différent, tout ’est plus compliqué. Ainsi, il y a toujours quelque chose de ma propre adolescence et de mon enfance dans mes images en sous-jacent.
J’aime beaucoup travailler les couleurs primaires car en les superposant on obtient d’autres teintes… La couleur donne une dimension graphique et narrative. Dans ces gravures, chaque personnage est associé à une couleur et chaque couleur devient un symbole narratif.
J’aime privilégier des sujets qui se passe souvent en forêt et en lisière de forêt. C’est l’idée du conte, de la marge, Ce contexte, omniprésent dans mes images est bien sûr toujours liés à mon histoire personnelle.
Comme je l’ai dit plus haut, je viens d’une famille d’agriculteurs et je retrouve une filiation dans la gravure, quelque chose qui se rapproche de l’agriculture. Je retrouve certains gestes de mon père. La gravure n’est pas une technique aussi populaire que la peinture par contre on y retrouve l’idée de labeur. Et l’intérêt paradoxal avec l’arrivée de l’IA est un retour au réel et à la matière et au savoir-faire technique. Faire quelque chose de ses mains redonne un équilibre, cela redonne du sens à ce que l’on fait. C’est l’intelligence de la main. Ainsi, plus on pratique et plus on est habile dans nos gestes et c’est super.
Désormais, vous considérez-vous comme un artiste graveur ou est-ce juste un medium comme un autre ?
C’est plutôt un médium, je me considère comme un dessinateur. Quand je grave il y a une étape de dessin très importante en amont. Et je ne suis pas imprimeur. Pour moi, la gravure c’est pour créer une image et pas forcément pour l’imprimer qui est un autre métier. J’imprime mes images mais ce sont mes images.
Quelles sont vos influences ?
Je dirais le cinéma principalement, notamment les films de Pier Paolo Pasolini, André Téchiné, Xavier Dolan et Gregg Araki. Le graveur Max Klinger pour les compositions, et bien sûr David Hockney pour la couleur et les thématiques !
Quelles sont vos prochaines actualités ?
Un salon à Londres, Queeriosities, du 2 au 4 octobre.
J’expose jusqu’au 13 décembre à la piscine Suzanne Berlioux.
Et une exposition avec le prix jeune artiste de l’estampe du 11 au 14 mars à la Galerie Saint Michel.
Comment avez-vous été informé pour le prix des jeunes artistes de l’estampe ?
Je me suis inscrit sur les conseils d’Alice Amoroso qui a été primée l’année dernière… C’est donc par le bouche à oreille.
Ce prix m’a donné envie de reprendre la couleur en gravure sur bois.
@clementclausse
clementclausse@icloud.com
Dans le cadre de la Fête de l’estampe 2026, Manifestampe — Fédération Nationale de l’Estampe a mis en place un prix destiné aux jeunes artistes de moins de trente ans qui utilisent l’estampe comme moyen d’expression artistique.
Retrouvez plus d'information sur ce prix sur le site de manifestampe.org