14 Octobre 2026
Le dramaturge George Brant dénonce ce que l’Amérique blanche fait aux enfants de migrants. Dali Benssalah incarne un gardien de nuit plongé dans le cauchemar d’un centre de rétention, mis en scène sans concession par Laurent Fréchuret.
Une pièce impitoyable
Le titre de sa pièce ne renvoie pas à une bluette : George Brant, dans ce monologue, donne la parole à un homme simple qui, au chômage, est embauché comme garde-chiourme dans un centre commercial converti en centre d’accueil pour jeunes enfants de migrants, au Texas On découvre petit à petit, avec le prénommé Martìn Ramos, ce qu’il advient de ces niños, arrêtés à la frontière, quand ils sont ainsi privés de leur famille et de toute affection. À partir d’un sujet d‘autant plus explosif qu’il est ancré dans la réalité politique des États-Unis, le dramaturge américain compose un récit adressé directement au public, confié à un père de famille, lui-même d’origine latino-américaine, donc socialement fragile. Martìn raconte avec une naïveté touchante une descente aux enfers, autant pour lui que pour ces jeunes détenus car il s’est attaché à eux autant qu’à ses filles.
Laurent Fréchuret, passionné des dramaturgies contemporaines, a découvert la pièce lors d’un comité de lecture. L’auteur, reconnu et souvent représenté dans les pays anglophones, est encore peu joué en France où quelques-unes de ses pièces ont été traduites par Dominique Hollier, dont Grounded (Clouée au sol) et Elephant’s Graveyard (Le Cimetière de l’Éléphante). Touché par le sujet, et séduit par l’écriture directe du dramaturge, le metteur en scène, basé à Saint-Étienne avec son Théâtre de l’Incendie, est le premier à créer L’Âge tendre.
Entre cauchemar et réalité
Il y a quelque chose d’irréel dans le décor : un grand cyclo blanc irradié de lumière barre le fond de scène, donnant l’impression d’un espace immense et vide, ouvert sur les nuits qu’arpente le personnage. On y imagine ces dortoirs décrits par Martìn : aux quatre coins, des miradors où sont perchés les surveillants.
Dali Benssalah veille sur cet espace nocturne d’où parviennent d’étranges mugissements : sanglots ou protestations ? Un environnement sonore discret, composé et joué par François Robin, parfois invisible, parfois ombre inquiétante en embuscade. Des limbes où dormiraient des enfants fantômes…
Le comédien, lui, est bien présent, et ses nuits qu’il raconte hantent ses jours, pourrissent ses relations amicales, ont raison de son couple car sa femme Luisa, à l’inverse de lui, porte secours aux migrants, à la frontière.
Une question universelle
Tout en tension, le jeu de Dali Bensassalah révèle la prise de conscience progressive de ce chômeur, écartelé entre le besoin de gagner sa vie par tous les moyens et la tentation d’agir face à la tragédie de ces enfants qui viennent du même pays que lui et dont il partage la langue. En émaillant son langage d’espagnol, l’acteur donne une densité à son personnage et crée une complicité avec los niños. Il ouvre un dialogue sincère avec le public à qui il adresse souvent les questions qui le tourmentent, l’impliquant en quelque sorte dans son dilemme.
Et c’est bien dans ce sens que va la mise en scène. Que ferions-nous à la place de Martìn
Ramos ? Laurent Fréchuret impose une esthétique minimaliste où la présence spectrale du musicien crée une ambiance inquiétante, évitant ainsi pathos ou naturalisme. Mais le spectacle n’en raconte pas moins, avec subtilité et sans manichéisme, l’histoire d’un être sensible pris dans ses contradictions. Cet honnête père et époux participe à une entreprise déshumanisante, menée par un État hypocrite qui, sous couvert de les accueillir, s’en prend aux pauvres et aux faibles. Il le vit dans sa chair, en subit les conséquences, mais va réagir.
L’Âge tendre, sans concession et par le biais d’une prise de conscience individuelle, ouvre un vaste débat qui n’a pas fini d’occuper l’arène politique. Il contribue modestement à plaider la cause de los ilegales, quel que soit le pays d’où ils viennent.
L’Âge tendre Texte George Brant Traduction Dominique Hollier
• Mise en scène Laurent Fréchuret • Avec Dali Benssalah Musique en alternance François Robin et Christophe Havard • Création lumière Sébastien Noël-Combes • Administration de production Baptiste Delhomme • Communication vidéo et crédit photo Mathilde Nègre • Production Théâtre de l’Incendie • Diffusion Bureau Rustine – Jean-Luc Weinich • Avec le soutien du Théâtre du Rond-Point et de la Maison Antoine Vitez – Centre international de la traduction théâtrale • Création au Théâtre du Rond-Point • Durée 1h15
30 septembre – 17 octobre 2026, mar.-ven. 20h – sam. 19h – dim. 16h
Théâtre du Rond-Point 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
www.theatredurondpoint.fr