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Arts-chipels.fr

La Musique de Zurbaran concert à l’occasion de l’exposition Zurbaran au Louvre

Francisco de Zurbarán, L'Adoration des Bergers © Ville de Grenoble, Musée de Grenoble – J. L. Lacroix

Francisco de Zurbarán, L'Adoration des Bergers © Ville de Grenoble, Musée de Grenoble – J. L. Lacroix

Quelles musiques a pu entendre Francisco de Zurbarán au cours de sa carrière qui le mena de Séville à Madrid ?  En écho au lancement de l’exposition, l’ensemble espagnol Cantoría, spécialisé dans la polyphonie ibérique, de la Renaissance au début du baroque, inaugure un cycle de concerts à l’auditorium du Musée.

Au Louvre, une rentrée hispanique !

Deux expositions consacrées au baroque espagnol, Zurbarán 1598-1664 et Sculpter la couleur, chefs-d’œuvre du musée national de sculpture, Valladolid, se répondent dans la mesure où toutes deux traitent d’œuvres et d’artistes issus d’un même contexte historique et culturel. Elles consacrent les interactions entre la peinture et la sculpture polychrome de l’époque et le dialogue entre peintres et sculpteurs, en particulier pour les commandes religieuses.

Francisco de Zurbarán (1598-1664) compte, avec Diego Velázquez et Bartolomé Esteban Murillo, parmi les peintres espagnols les plus importants du XVIIe siècle. L’exposition du Louvre accorde une grande importance à ses œuvres monumentales sans négliger portraits et natures mortes. Au total on peut voir soixante-sept tableaux, dont cinquante du Maître. Quelques peintures, datant de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, évoquent, en épilogue, l’importance de Zurbarán pour les avant-gardes en France (Édouard Manet, Pablo Picasso, Juan Gris).

En complément de ces deux expositions, des manifestations culturelles mettent en lumière les chefs-d’œuvre et élargissent notre vision de l’art ibérique et du contexte historique dans lequel il a vu le jour.

Ensemble Cantoría © DR

Ensemble Cantoría © DR

Un concert sur mesure

L’ensemble Cantoría apporte une ambiance musicale aux pérégrinations de Francisco de Zurbarán, de Séville, où il commença sa carrière, à Madrid, où il la poursuivit. La première, grâce à son port tourné vers le Nouveau Monde doit son rayonnement artistique et culturel à l’or des Amériques. C’est un important centre religieux où de nombreux monastères sont fondés ou rénovés et passent commande aux peintres et aux sculpteurs de la ville pour orner les chapelles. Madrid doit à la cour royale une culture plus mondaine et plus ouverte aux influences extérieures.

Cantoría a concocté un voyage sur mesure, d’une ville à l’autre en complicité avec la commissaire de l’exposition. Comme son nom l’indique, c’est sur le chant que repose le répertoire de cet ensemble, fondé en Espagne en 2016 par Jorge Losana — qui en demeure le chef —, la soprano Inés Alonso et l'alto Oriol Guimerá. Ils ont été rejoints, au fil des concerts, par des instrumentistes (viole de gambe, vihuela, orgue, théorbe, guitare, harpe…) et les voix se sont diversifiées (mezzo-soprano, baryton, ténor, contre-ténor…). Voués à la diffusion et la restitution du répertoire polyphonique ibérique, les artistes travaillent avec les Universités de Murcie, de Pompeu Fabra et avec l'Institut Complutense des sciences musicales. Au Louvre, sept chanteurs et onze instrumentistes ont restitué dans toutes ses nuances un répertoire vocal baroque vivant et populaire peu connu du grand public.

Concert d'ouverture © MD

Concert d'ouverture © MD

Le Villancico, de Séville jusqu’au Mexique

Le Villancico est un chant populaire de Noël en langue profane dont l’Église a bien compris le pouvoir de séduction. Mettant les paroles à la portée de ses ouailles, ce répertoire a été étendu à d’autres événements du calendrier religieux (Pâques, Carême, Épiphanie…).

Le concert s’est ouvert sur un chant de nativité attendrissant de Francisco Guerrero (1528-1599), A un niño llorando al cielo, en écho un tableau de Zurbarán, L’Adoration des mages, projeté sur l’écran. Maître de chapelle à la cathédrale de Séville, Guerrero excelle dans des polyphonies fondées sur la science contrapunctique des maîtres flamands mais, marqué par l’héritage arabo-andalou, comme beaucoup d’artistes de la péninsule, il laisse poindre une sensibilité baroque. En recourant à la langue du pays, il permettait au plus grand nombre d’apprécier le sens et la poésie des paroles. D’autres œuvres succèdent à ce joli morceau, à la fois enjouées et recueillies. Les voix se mêlent aux instruments baroques, développant un éventail envoûtant de sonorités et de tessitures.

Zurbarán bénéficie encore un temps du rayonnement de Séville en Amérique du Sud, car son atelier exporte en série des toiles pour orner les églises locales. Pourtant l’éclat du Siècle d’or, dont bénéficiait la ville, commence à pâlir avec l’ensablement progressif du Guadalquivir — qui se soldera un siècle plus tard par le transfert à Cadix de l’administration coloniale des Amériques. La capitale andalouse n’en demeure pas moins, comme du temps de sa splendeur, le modèle artistique du Nouveau Monde : on copie son architecture, de Lima à Mexico, et bien entendu ses musiques.

Dans cette veine, García de Céspedes (1619 -1678), officiant dans la cathédrale de Puebla, au Mexique, associe le villancico ibérique aux rythmes amérindiens, comme en témoigne ce chant de Noël très rythmé : Convidando está la noche guaracha, joué ici avec entrain.

Madrid et l’esprit de la zarzuela

Le déclin inéluctable de Séville amène Zurbarán à Madrid en 1658. Il y règne une tout autre ambiance. À l’inverse de la métropole andalouse, la capitale de l’Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais est plus moderne, moins entravée par les traditions ou les congrégations religieuses, et stimulée par l’ambiance d’une cour ouverte aux influences européennes. On y acclimate la musique italienne, ornée de modulations et de dissonances, plus expressive et sentimentale. La ville accueille aussi de grands écrivains : Cervantes (1547-1616), Calderón de la Barca (1600-1681), Lope de Vega (1562-1635). C’est la porte ouverte à un baroque musical virtuose, qui trouve son apogée dans la zarzuela, synthèse du théâtre hispanique et de l’opéra venu d’Italie. Ce nouvel esprit n’est pas sans influencer les polyphonies populaires du villancico. On s’éloigne du mysticisme qui infuse la peinture de Zurbarán pour une sensibilité conforme au goût italien ou français, plus profane, tout en restant fidèle au style développé dans le villancico.

Cantoría nous en donne un échantillon avec le très sensuel Ay, que me abraso de amor de Sebastián Duron (1660-1716), ou le sophistiqué Venid, querubines alados!, villancico dédié à la Vierge de Juan Hidalgo de Polanco (1614-1685). Cela donne lieu aussi à des œuvres plus fantaisistes, comme le sémillant Gitanillas cortesanas mettant en scène des gitanes mutines ou le comique De repiques de campanas de José de Torres (1670-1738), où les cloches se livrent à un duel de timbres vocaux et sonnailles.

Pour découvrir plus avant ces musiques attachantes, on peut se procurer le CD de Cantoría A la Fiesta

Spectacles au Louvre © DR

Spectacles au Louvre © DR

Concert d’ouverture
Mercredi 7 octobre 2026 Les musiques de Zurbarán  Ensemble Cantoria
• Direction Jorge Losana • Avec Inés Alonso (soprano), Carmen Callejas (soprano), Juan Manuel Morales (contre-ténor), Oriol Guimerà (ténor aigu), Jorge Losana (ténor et chef), Lluís Arratia (baryton), David Guitart (basse), Ignacio Ramal (violon I), Sara Balasch (violon II), Marc de la Linde (viole de gambe), Gabriel Atienzar (chalémie), Miguel Tantos (Sacqueboute), Marit Darlang (douçaine), Jeremy Nastasi (théorbe et guitare), Santiago Gervasoni (orgue et clavecin), Iñaki de la Linde (percussion)

Prochains concerts
Mercredi 25 novembre 2026 à 20 h Flamenco contemporain par Arcángel Quatuor Diotima : Sotelo, Adamek, Ravel.
Vendredi 4 décembre 2026 à 20 h De Zurbarán à Goya par Tanguy de Williencourt : Granados, Mompou.
Mercredi 13 janvier 2027 à 20 h Séville entre mondes et mers par Jordi Savall Hesperion XXI : Ortiz, Sanz, Guerrero, de Murcia...
Vendredi 22 janvier 2027 à 20 h Thibaut Garcia et ses amis : Albeniz, Quiroga...

RENCONTRES
21 octobre 2026 à 19h rencontre avec la performeuse Angélica Liddell, El barroco en la sangre (le baroque dans le sang). L’artiste espagnole, dont le livre, Je demande à en finir avec la vie, est publié cet automne chez Gallimard, partage avec le public ses sources d’inspirations visuelles et notamment sa passion pour la peinture de Zurbarán et le baroque espagnol, à travers un dialogue animé par Olivia Gesbert.

CINÉMA
Rossy de Palma égérie du cinéaste Pedro Almodovar est l’invitée du Louvre pour une carte blanche cinéma exceptionnelle : I LOuVrE Mucho
Derniers films programmés :
16 octobre 2026 à 20h L’Aube, c’est pas trop tôt (Amanece, que nos espoquo) de José Luis Cuerda,
17 octobre 2026 à 14h Le Bourreau (El Verdugo) de Luis García Berlanga
17 octobre 2026 à 16h30 Jambon, Jambon (Jamón, jamón),de Bigas Luna, avec Javier Bardem et Penélope Cruz
18 octobre 2026 14h Le Chien du jardinier (El Perro del hortelano) de Pilar Miró
18 octobre 2026 16h30 L’esprit de la ruche El Espiritu de la colmena) de Victor Erice

THÉÂTRE
6 novembre 2026 à 19h30 L’Abuseur de Séville de Tirso de Molina Lecture musicale intégrale de l’œuvre par la troupe de la Comédie- -Française, Direction artistique Gilles David

DANSE
8 décembre 2026 à 19h et 21h30 Israel Galván Figure majeure du flamenco contemporain, le danseur et chorégraphe imagine une création inédite sous la Pyramide, transformée le temps d’une soirée en une vibrante plaza de toros.

EXPOSITIONS
Du 7 octobre 2026 au 26 janvier 2027 Musée du Louvre
Zurbarán 1598-1664
Sculpter la couleur, chefs-d’œuvre du musée national de sculpture, Valladolid

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