12 Octobre 2026
photos © Marc Chesneau
Ce spectacle met en scène la rencontre, le dialogue et l’harmonisation finale de deux chorégraphes, interprètes, palestiniennes Marah Haj Hussein et Nur Garabli. Ces deux artistes incarnent et confrontent, dans un duo, leur vécu et les réalités de la Palestine occupée sous l’angle de l’apprentissage des techniques de danse et de la « militarisation » des corps et du mouvement. Elles racontent, nous racontent leurs formations en danse dans cet environnement avec un humour deuxième degré parfois très grinçant mais toujours très sensible. Et puis pour finir elles réinventent un langage corporel et chorégraphique basé sur le lien, l’écoute et la collaboration symbolisée par une tresse faite avec leurs deux chevelures, moment magique et sensuel.
Le spectacle est donc en deux temps. La déconstruction puis la création.
La première partie raconte leurs formations différentes mais parallèles dans les écoles de danse de la Palestine occupée. Elle est symbolisée d’abord physiquement par un carré blanc au sol avec des petits soldats bien alignés sur le devant de la scène et par un duo basé sur l’unisson où chacune raconte avec son corps mais aussi avec ses mots. Chacune mime et prononce son propre « endoctrinement du corps » et l’autre suit et répond. C’est un dialogue sur la discipline du corps imposée et intégrée dont elles ont pris conscience et qu’elles nous partagent avec leurs mots et leurs mouvements. Les mots prennent une grande place dans cette première partie. Ils font partie du processus. En quatre langues en fait grâce au surtitre mais aussi aux langages que maîtrise Marah Haj Hussein qui est polyglotte. Elle parle arabe, hébreu, anglais et flamand puisqu’elle vit à Anvers actuellement. Ici on aura en sur-titre le français, puis l’anglais et des notes en hébreu et elles s’expriment en arabe sur scène.
Leur propos est de nous faire comprendre l’enrôlement, l’endoctrinement des corps par la formation dite classique de la danse. C’est incisif et drôle parfois. Et puis elles cherchent une autre tradition, une autre transmission, celle de leur mère, de leur grand-mère qui par la danse et les mouvements traditionnels bougent et racontent les corps autrement.
La valeur du lien comme élément de reconstruction.
La deuxième partie par contraste est dansée sur un « miroir », sans un mot, juste une sorte de flûte qui les accompagne. Pour commencer, elles nouent et entremêlent leurs cheveux dans une seule tresse ce qui va les obliger à restreindre leur autonomie, à harmoniser et fluidifier leurs mouvements dans une série de circonvolutions, de spirales et d’enroulements audacieux et généreux. Ce lien qui les réunit symboliquement par la tête leur demande une écoute et un accueil de l’autre tout en délicatesse et poésie. Il faut être souple, douce et flexible pour évoluer et danser sans heurt. C’est un moment de grâce où deux corps s’entremêlent et se confondent dans une boucle infinie avec énormément de douceur et d’attention à l’autre. Ce contraste saisissant avec la discipline et la rigueur de la première partie nous laisse entièrement sous le charme de cette démonstration d’attentions et d’écoute qui nous embarque à 100%.
Donner un pouvoir aux mots comme éléments de disruption.
Ce spectacle est une affirmation que les mots aujourd’hui ont encore un sens.
C’est assez paradoxal de jouer avec les mots et le langage dans un exercice de déconstruction d’un apprentissage de la danse. A notre époque de l’IA où les mots et la parole perdent toute crédibilité les remettre au cœur d’un spectacle de danse pour dénoncer et déconstruire est profondément disruptif et efficace. Redonner du sens aux mots par le mouvement du corps et vivre les mots par nos sens sont peut-être un dernier garde-fou efficace à la désinformation tout azimut.
Spectacle à ne pas rater.
Distribution
Concept et performance Marah Haj Hussein, Nur Garabli
Dramaturgie et collaboration artistique Krystel Khoury
Création lumière Pôl Seif
Costume Smila Zinecker
Musique et composition Verena Rizzo
Régie son Korin Rizzo
Scénographie Agnese Forlani
Production Monty
Coproduction Kunstencentrum BUDA ; Saraya Theater ; Theater Rotterdam ; Points communs – Nouvelle scène nationale Cergy-Pontoise / Val-d’Oise ; Fondation Royaumont ; La Villette/EPPGHV ; Centre national de la danse (CN D) ; De Singel ; La Briqueterie CDCN ; Les Halles de Schaerbeek ; Frascati Producties ; Le Maillon, Théâtre de Strasbourg
Avec le soutien du Gouvernement Flamand | Ammodo. Remerciements à Rabeah Morkus Dance Studio – Kafar Yassif, The Work Room – Glasgow, Battersea Arts Centre – London, KAAP – Bruges, Hana Dance House – Haifa
Dans le cadre de plan D du CN D – Centre national de la danse.
Dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.
La Saison Méditerranée 2026 propose une programmation éclectique dans divers lieux en France, en partenariat avec le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et le Liban.