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Arts-chipels.fr

Ici sont les Dragons – Choc et mensonges. Le deuxième volet de l'épopée dramatique du XXe siècle racontée par le Théâtre du Soleil.

Affiche © Thomas Félix-François

Affiche © Thomas Félix-François

Le premier volet d’Ici sont les Dragons nous faisait voyager dans les débuts de cette Europe du XXe siècle, au moment où, pendant que l’espoir d’un monde meilleur incarné par la révolution russe naissait puis s’effondrait, s’était mis en place un cauchemar généralisé. Le deuxième volet, lui, couvre la période entre 1918 et 1933 – date d’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler. Il nous plonge dans la noirceur d’une Histoire qui consacre l’avènement de deux inoubliables « Dragons » totalitaires tout en laissant présent à l’esprit les « lanceurs d’alerte » de cette époque, tel Churchill.

Le spectacle interroge la période qui couvre la fin de la Première Guerre mondiale, les années « folles » et les années de crise pour conduire à l’avènement d’Hitler. Un intervalle de temps où se mettent en place les éléments fondateurs du deuxième conflit qui affectera à nouveau le monde entier. Une période où tout ce qui va suivre est déjà, d’une certaine manière, écrit.

En tant que « Dragon », Lénine occupait une place de choix dans la partie précédente. Dans la deuxième partie, il est toujours là, mais s’efface au profit de l’autre Dragon russe qu’est Joseph Staline. Celui-ci s’empare du pouvoir de manière de plus en plus affirmée dès 1922, face à un Lénine de plus en plus diminué physiquement, en proie à des attaques cardiaques augmentées de paralysies. À la mort de Lénine le 21 janvier 1924, il a déjà fait main basse sur l’appareil du Parti et programmé le culte de Lénine sur lequel il prospère. Cette « période » restera marquée par la longue liste de ses trahisons et de ses exactions. Assassinats et déportations les accompagnent.

L’autre « Dragon » est un jeune Viennois installé à Munich, Adolf Hitler, un membre du Parti ouvrier allemand, ultranationaliste et extrémiste de droite, qu’il transforme en Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Un coup d’État manqué, en 1923, lui vaut la prison. Il y écrira Mein Kampf. Au moment où les effets de la Grande Dépression secouent l’Allemagne comme les autres puissances occidentales, Hitler, lui, se présente à la présidence en 1932. Quoique l'homme soit battu par Hindenburg, les élections législatives qui suivent la même année font du national-socialisme la première force du pays, ce qui contraint Hindenburg, en janvier 1933, à nommer Hitler Chancelier du Reich. Les premiers camps de concentration, d’abord destinés aux opposants politiques – socialistes, communistes, syndicalistes –, sont ouverts.

C’est sur ces personnalités à la fois phares et repoussoirs qu’est mis le focus de cette période qui entretient avec la précédente un rapport étroit et présente, au niveau du traitement scénique, une similitude de style.

De gauche à droite : Le chauffeur de Lénine (Jean Schabel), Joseph Staline (Seear Kohi), Lev Borissovitch Kamenev (Elise Salmon), Vladimir Ilitch Lénine (Vincent Martin), Docteur Rosanov (Eve Doe Bruce), Maria Ilinitchna Oulianova (Hanna Kuzina), un soldat (Tomaz Nogueira Da Gama) © Michèle Laurent

De gauche à droite : Le chauffeur de Lénine (Jean Schabel), Joseph Staline (Seear Kohi), Lev Borissovitch Kamenev (Elise Salmon), Vladimir Ilitch Lénine (Vincent Martin), Docteur Rosanov (Eve Doe Bruce), Maria Ilinitchna Oulianova (Hanna Kuzina), un soldat (Tomaz Nogueira Da Gama) © Michèle Laurent

Une URSS qui se construit aux dépens des peuples et de la liberté

Côté URSS, les différentes saynètes relatives au trio Lénine-Staline-Trotski et à la manière dont Trotski, plus radical dans ses positions, est écarté du pouvoir, d’abord par Lénine lorsqu’il est question de négociations de paix, puis par Staline au moment de l’enterrement de Lénine, tracent le chemin du pouvoir du deuxième « Dragon ».

À côté des luttes des dirigeants et de l’attentat contre Lénine, en août 2018, qui déclenche la Terreur rouge, le spectacle expose une situation complexe. À la révolte, réprimée dans le sang et par la déportation, des marins et des ouvriers de Kronstadt, opposés aux bolcheviks au nom des idéaux de la révolution d’Octobre, qui éclate en 1921, s’ajoute le saignement, dans la période 1931-1933, des pays « frères » de la Russie par le gouvernement soviétique pour récupérer leurs ressources, en particulier le blé ukrainien, et financer l’aide aux partis communistes des autres pays parmi lesquels figure la Chine, au moment où Mao Zedong devient le dirigeant suprême du Parti. Cette manière de se nourrir sur la bête engendre une famine qui se chiffre en millions de morts – de six à huit millions selon les estimations. Dans la guerre des statistiques, la pièce montrera les Européens, inquiets des rumeurs de misère du peuple, abusés par une opération de séduction russe tandis que la situation est dénoncée par le journaliste Gareth Jones, correspondant anglais de l’Evening Standard.

Sont évoqués les messages contradictoires lâchés par le pouvoir soviétique pour asseoir sa mainmise sur les autres pays d’URSS que le pouvoir ponctionne jusqu’à l’épuisement et même au-delà, enchaînant exaltation du sentiment national et répression des velléités d’indépendance de ces pays. Ils viennent compléter la longue liste des erreurs commises, dont la collectivisation des terres et les réquisitions mais aussi, avec la NEP (Nouvelle politique économique), l’instauration d’un capitalisme d’État imaginé au bénéfice de l’industrie.

À travers l’exemple de l’écrivain d’origine ukrainienne Mikhaïl Boulgakov est évoqué le sort des intellectuels « dissidents » ou considérés comme tels, empêchés par le pouvoir de travailler et d’être entendus, placés sous surveillance permanente, et auxquels se pose le dilemme de partir ou de rester. Emblématique  – les écrits de Boulgakov furent au début publiés en URSS, parfois de manière expurgée, mais paraîtront le plus souvent bien des décennies après et de manière posthume, et ses pièces interdites –, l’écrivain adresse à Staline en juillet 1929 une requête pour obtenir l’autorisation d’émigrer qui demeurera sans réponse. Suivie par d’autres pour obtenir un emploi ou pour des amis, sans plus de résultats.

Mikhail Boulgakov (Elise Salmon en alternance avec Ariane Hime), Lioubov Boulgakova (Dominique Jambert) © Michèle Laurent

Mikhail Boulgakov (Elise Salmon en alternance avec Ariane Hime), Lioubov Boulgakova (Dominique Jambert) © Michèle Laurent

La composition mondiale de la fresque

Comme pour la première période d’Ici sont les Dragons, le propos est découpé en plans séquences faisant se succéder l’histoire soviétique et celle des différents pays impliqués dans la période historique prise en compte par le spectacle. Alterneront ainsi les leçons que tirent Américains, Anglais et Français de la guerre, la montée en puissance du national-socialisme et le réarmement de l'Allemagne, l’évocation de la situation en Asie ou les débats du Congrès de Tours qui actent la rupture entre socialistes et communistes.

Plusieurs séquences appartenant aux différents thèmes évoqués se croisent et se succèdent, dans lesquels on voit se mettre en place le lit dans lequel grandissent et mûrissent les prémices de la Seconde Guerre mondiale. L’Asie y prend une place inédite sur fond de querelles russo-chinoises et de montée d’un impérialisme japonais anti-européen. Le tableau qui se dessine conduira à l’invasion par le Japon, en 1931, de la Mandchourie, sur un incident fabriqué de toutes pièces.

En Allemagne, on voit naître les ambitions d’Hitler, qui se soldent d’abord par un coup d’État manqué et par le séjour d’un an en prison du futur dictateur tandis que la république de Weimar, issue du démantèlement de l’empire austro-hongrois, sombre en laissant la place à la montée de l’extrême-droite. La question des dommages de guerre, lourd tribut réclamé au pays, et le désir de revanche feront le lit du national-socialisme, avec la complicité des industriels et des banquiers – l’une des séquences met en scène l'assemblée au cours de laquelle ils décident d'apporter leur soutien à la campagne d’Hitler. L’apport de Goebbels, grand maître d’œuvre de la propagande de celui qu’on imagine au départ comme une marionnette populiste, y est également souligné.

L’antisémitisme, qui associe aux juifs le bolchevisme et la pression du capital, y apparaît, alimenté par les publications du Deaborn Independant, un hebdomadaire américain racheté par l’industriel Henry Ford, dont les chroniques, rassemblées plus tard sous le titre de The International Jew (« Le juif international »), constitueront pour Hitler un livre de chevet. S’appuyant sur une invention de la Russie prérévolutionnaire sous Nicolas II, le Protocole des Sages de Sion – un soit-disant plan de conquête du monde concocté par une alliance judéo-maçonnique –, elles enracinent la thèse de de la responsabilité juive dans toutes les crises, alimentent la théorie du complot et justifieront pour Hitler la nécessité d’éradiquer le mal par la « Solution finale ».

De gauche à droite : Adolf Hitler (Vincent Martin), Gustav Krupp (Nolan Berruyer), une soldate (Hanna Kuzina), Hermann Goering dans l'ombre (Ariane Hime), Joseph Goebbels (Victor Gazeau).© Michèle Laurent

De gauche à droite : Adolf Hitler (Vincent Martin), Gustav Krupp (Nolan Berruyer), une soldate (Hanna Kuzina), Hermann Goering dans l'ombre (Ariane Hime), Joseph Goebbels (Victor Gazeau).© Michèle Laurent

Si tu veux la paix, prépare la guerre ?

Un autre grand débat traverse le monde de l’époque : celui de la paix et de la guerre. Le président américain Woodrow Wilson, dans un discours retentissant au Congrès des États-Unis en janvier 1918, établit un programme en quatorze points destinés, selon lui, à garantir la paix : le libre-échange, le libre accès à la mer, la démocratie, l’abolition de la diplomatie secrète, le désarmement, la restitution des souverainetés sur les terres occupées et le droit à l’autodétermination des peuples, entre autres. Empreint d’idéaux qui peuvent aujourd’hui faire sourire ou effarer par leur naïveté, il envisage une Société des Nations, qui sera établie par le traité de Versailles en 1919 et dont les États-Unis, suite à l’opposition du Sénat, ne feront pas partie.

Le beau rêve d’autorégulation des nations dans un meilleur des mondes capitaliste est diversement accueilli par les nations européennes. Si l’Angleterre est une farouche partisane du désarmement, la France maintient une forme de pression militaire, tandis qu’un conservateur anglais, Winston Churchill, met en garde les vainqueurs de 1918 face au réarmement de l’Allemagne. Les alertes de la journaliste Dorothy Thompson, correspondante du New York Evening Post à la tête du bureau de Berlin, témoin de la montée du national-socialisme et de l’évolution de l’état des esprits en Allemagne, resteront lettre morte devant la volonté de « paix à tout prix » qui laissera, plus tard, les invasions de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne sans réponse.

Construit dans une alternance des sujets qui vont et viennent à plusieurs reprises, le scénario d’Ici sont les Dragons raconte et met en regard la conjonction des différents sujets abordés.

Partir des textes et des discours

La première partie du spectacle est composée majoritairement par les grands discours politiques qui marquent l’après-guerre et les quelques années qui la suivent. Ainsi les quatorze points du plan Wilson font-ils partie des séquences, comme le discours de Léon Blum au Congrès de Tours en décembre 1920, explicitant les raisons de la rupture avec les communistes, ou encore comme les mises en garde de Churchill contre le désarmement. Dans le même esprit, on retrouve les premiers discours d’Hitler, une remise en mémoire intéressante en ce qu'elle témoigne de la formation de sa pensée. Quant au rappel de l’argumentation de Léon Blum qui pose la question de la sujétion aux directives de Moscou qui est le sujet de la rupture, il montre qu’au-delà de la lutte de factions, c’est d’un problème de fond dont il s’agit.

La Politique majuscule y occupe une place prépondérante et la discussion qui oppose Lénine, Trotski et Staline sur la nécessité d’une paix extérieure pour la Russie est à cet égard révélatrice. Signé le 3 mars 1918, le traité de Brest-Litovsk, qui lie la Russie aux Empires allemand et ottoman, à l’Autriche-Hongrie et au Royaume de Bulgarie, ampute la Russie de l’Ukraine, de la Finlande, des Pays baltes et d’une partie de la Pologne.

On comprendra au passage que cette décision pèse encore lourd aujourd’hui, en particulier dans l’ambition de Vladimir Poutine de retrouver la « grande » Russie, en même temps que se dessine le paysage futur du pouvoir russe : l'opposition au traité de Trotski, partisan de proclamer que la Russie se retire du conflit sans pour autant signer la paix, qui fait face à la volonté d'en finir à n'importe quel prix pour avoir les mains libres à l'intérieur du pays de Lénine et à l’attentisme du futur « petit père des peuples » qui attend pour se déterminer de voir dans que sens le vent tourne.

Félix Djerzinski (Astrid Grant). Les soldats de gauche à droite (Vijayan Panikkaveettil, Victor Gazeau, Tomaz Nogueira Da Gama, Andrea Formantel Riquelme) © Michèle Laurent

Félix Djerzinski (Astrid Grant). Les soldats de gauche à droite (Vijayan Panikkaveettil, Victor Gazeau, Tomaz Nogueira Da Gama, Andrea Formantel Riquelme) © Michèle Laurent

Une geste populaire

C’est à grande vitesse, dans un mouvement incessant qui évoque un traitement à la manière de la bande dessinée, avec sa succession de cases et de planches, que s’enchaînent des séquences qui disent, en même temps que l’Histoire, le théâtre. Montés sur roulettes, les éléments du décor, mis en place par des comédiens-machinistes lancés à pleine vitesse au vu du public, installent chaque fois un nouveau lieu. Une scène hivernale de rue, où un tissu blanc étalé matérialise la neige, cède la place à une salle de réunion bourgeoise. On voit apparaître les crénelages du Kremlin lorsqu’on se transporte au nouveau siège du pouvoir, à Moscou. Une cheminée de bateau autour de laquelle s’agglutinent les révoltés de Kronstadt prend des allures de Radeau de la Méduse.

Certaines images contiennent en creux un commentaire inexprimé. Dans le manoir de Gorki où Lénine, malade, réside, on ne peut s’empêcher de penser que le décor kandinskien et abstrait qui tapisse le fond de scène sera bientôt banni et remplacé par une production « artistique » du réalisme socialiste.

Le burlesque prédomine dans le traitement des dirigeants. La paralysie de Lénine éructant dans l’espoir vain de se faire entendre, l’apparition d’un Churchill en robe de chambre ou d’un Goebbels à la traîne, au sens propre, d’un Hitler lancé dans son irrésistible ascension empruntent les voies populaires de la caricature. Les scènes de rue apportent une note de vivacité d’où l’humour n’est pas absent lorsqu’on voit, par exemple, un crieur de rues vendant Mein Kampf en même temps que le Tribun du Peuple insister sur l’opposition des couleurs politiques qu’il propose. Et le grand-guignol n’est pas loin lorsqu’un apparatchik du Parti incite un citoyen à dénoncer un membre de sa propre famille et à le traiter comme un ennemi du peuple.

L’apparition récurrente de trois femmes annonciatrices des catastrophes à venir ou du sort qui guette certains personnages mêle références populaires et relation au théâtre. Rappelant par leur costume leur origine slave et le personnage de Baba Yaga, une figure féminine surnaturelle liée aux forces de la nature, tantôt bénéfique et tantôt sorcière, elles font aussi surgir à l’esprit les trois sorcières de Macbeth, annonciatrices de la destinée du personnage. Elles joueront dans les Dragons un rôle analogue, s’exprimant dans la langue du personnage dont elles commentent le devenir.

De gauche à droite : Vershinin (Duccio Bellugi-Vannuccini), Kozynev (Xevi Ribas), Yakolenko (Tomaz Nogueira Da Gama), Petrochenko (Vincent Mangado), Arkhipov (Agustin Letelier), Ossossov (Vincent Martin), un marin (Nolan Berruyer) © Michèle Laurent

De gauche à droite : Vershinin (Duccio Bellugi-Vannuccini), Kozynev (Xevi Ribas), Yakolenko (Tomaz Nogueira Da Gama), Petrochenko (Vincent Mangado), Arkhipov (Agustin Letelier), Ossossov (Vincent Martin), un marin (Nolan Berruyer) © Michèle Laurent

En version originale

Comme dans le spectacle précédent, les comédiens s’expriment dans la langue d’origine du personnage qu’ils incarnent et les traductions en français de leurs interventions s’affichent en surtitre. Le masque reste la règle absolue pour les dirigeants politiques, comme pour signifier la notion de rôle, la politique devenant le théâtre dans lequel ils évoluent.

Les discours, restitués largement – peut-être même un peu trop –, offrent une plongée non seulement dans les prises de position politiques mais aussi dans la manière dont leur expression et leur langage révèlent une manière de penser propre à leur époque. Néanmoins, l’absence de relais qui permettrait de tirer les fils qui les relient à la succession des événements rend leur contenu parfois aride et difficile à mettre en contexte. D’autant que, dans l’enchaînement des séquences, le repérage ne s’effectue pas immédiatement pour le spectateur. Il lui faut d’abord identifier la langue employée et, après quelques phrases, reconnaître le personnage concerné, ce qui nécessite de savoir mettre un nom sur tous les masques qui apparaissent. Dans cet agencement séquencé qui saute du coq à l’âne, on aurait souhaité une aide, par l’affichage – pourquoi pas ? – d’un titre de séquence et du nom des personnages, comme on peut le voir dans le théâtre brechtien..

Quant à l’épopée, on hésite sur ce qui constitue son objet. Son titre nous entraîne sur les traces des Dragons et de leurs comparses. Mais pour quelle compréhension de l’Histoire ? Faire de Churchill un lanceur d’alerte et un « gentil », même en signalant que, bien sûr, on restreint le propos et le profil du bonhomme, n’introduit-il pas une ambiguïté quant à la manière de comprendre l’histoire ? Passer sous silence ou presque Mussolini, même s’il ne fut qu’un dragonnet, ou la dictature portugaise de Salazar, ne revient-ils pas à lire l’histoire d’une manière tronquée ?

Se pose aussi la question du sujet de l’épopée, qui , face aux « dragons », réserve une place aux forces populaires. Si elle retrace l’aventure européenne, ce que semble justifier la construction, on regrette que certaines parts en soient absentes ou à peine visibles, telle la crise de 1929 dont les conséquences sont fondamentales. Si, en revanche, elle se focalise sur les relations entre la Russie et l’Ukraine, en général peu connues, il faut en faciliter la compréhension pour toucher tous les spectateurs peu versés dans l’histoire plutôt complexe qui est mise en jeu.

On sortira donc du spectacle avec l’impression un peu perturbante d’un considérable travail de défrichage, accompli et traduit de très belle manière sans toutefois aller jusqu’à son terme en matière de clarté du discours ; le sentiment d’un éparpillement dans une masse considérable de documents qui font trop-plein. Si cette vision éclatée est riche d’informations historiques, on l’aimerait plus triée et orientée quant à son propos… Cela ne rend pas moins importants le propos tenu et la beauté de cette fresque-spectacle.

De gauche à droite : Vladimir Ilitch Lénine (Vincent Martin), le soldat qui a attrapé le tireur (Ariane Hime), le tireur (Nolan Berruyer) © Michèle Laurent

De gauche à droite : Vladimir Ilitch Lénine (Vincent Martin), le soldat qui a attrapé le tireur (Ariane Hime), le tireur (Nolan Berruyer) © Michèle Laurent

Ici sont les Dragons – Choc et mensonges
S Une création collective du Théâtre du Soleil S en harmonie avec Hélène Cixous S dirigée par Ariane Mnouchkine
Deuxième Époque 1918-1933, Choc et mensonges - Création le 12 mars 2026
Première Époque 1917 : La Victoire était entre nos mains. Création le 27 novembre 2024.

Représentations
Deuxième Époque : le mercredi et le jeudi à 19h30, le dimanche à 14h.
Alternance Première et Deuxième Époque : le vendredi à 19h30.

Intégrale : le samedi à 14h.

Durée du spectacle
Première Époque : 2h45 avec l'entracte
Deuxième Époque : 3h10 avec l'entracte
Intégrale : 1h de pause entre les deux époques
Calendrier sur le site theatre-du-soleil.fr

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