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Arts-chipels.fr

No No Nanette. Une centenaire en pleine forme qui offre une détente bienvenue.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Il y a cent ans, cette comédie musicale à succès, emblématique des Années folles, débarquait à Paris. La mise en scène décalée proposée par Emily Wilson et Jos Houben en restitue le dynamisme et une certaine insolence.

Qui ne se souvient de l’inénarrable duo de Bourvil et de Louis de Funès sur l’air de « Tea for Two » dans la Grande vadrouille ? L’air en est tiré de No No Nanette, cette comédie musicale présentée à Paris en 1926 mais créée en 1924 d’après une pièce de théâtre écrite en 1919. Elle est souvent considérée comme l’une des premières comédies musicales à connaître un succès mondial. Elle aura une carrière très étalée dans le temps avec, entre autres, trois adaptations cinématographiques en 1930, 1940 et 1950 – en Technicolor avec Doris Day – et une reprise à Broadway en 1970.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une galerie de personnages hauts en couleur

Cette farce aussi cocasse qu'extravagante met en scène deux couples établis : Mr et Mrs Smith, un éditeur de Bible qui montre un goût prononcé pour les jeunes femmes, et son épouse, toujours prête à faire fructifier son immense fortune et limite radin, et son avocat, Billy Early, nanti d’une femme archi-dépensière, Lucille. Elle y ajoute un jeune couple en devenir : l’assistant et neveu de la femme de l’avocat, Tom, éperdument amoureux de la jeune Nanette, nièce des Smith, pas du tout pressée de se faire mettre la bague au doigt.

Si l’on ajoute une femme de chambre grincheuse et râlocharde qui traîne des pieds dans son office et trois jeunes femmes, Winnie, Flora et Betty, les « protégées » de l’éditeur, aussi vénales qu’il est possible de l’être, et qu’on parsème cette petite société d’un groupe d’amis facétieux danseurs-chanteurs, on trouve là, en matière de personnages, tous les ingrédients pour composer une comédie vaudevillesque.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une trame de vaudeville qui va de pair avec une grande diversité musicale

Au point de départ, des intrigues séparées se complètent. Mr Jimmy Smith veut se débarrasser de ses « protégées » encombrantes et charge son avocat de régler financièrement le problème. Billy Early, flanqué de Tom, a l’idée « géniale », sans consulter Jimmy, de convoquer les trois protégées de Mr Smith au même endroit, dans la maison que possède Jimmy, au bord de la mer, à Atlantic City.

De son côté, Nanette, qui voit son mariage à venir avec Tom comme assez plan-plan, voudrait s’amuser sans son futur époux avant de se ficeler pour toujours. Mais pour sa tante, Sue Smith, qui l’élève, c’est « No, no, Nanette ». Décidée, câline et inventive, Nanette passe outre en convainquant son oncle Jimmy de l’autoriser à partir pour Atlantic City.

Débarrassées de leurs maris, Lucille Early et Sue Smith ont décidé de se faire une belle vie de célibataires. Ignorant les desseins des autres, elles prennent, elles aussi, la direction d’Atlantic City.

Voilà tous les personnages mis dans le même sac, sans le savoir. On remue le sac en les faisant se rencontrer, on enchaîne les mensonges et les faux-fuyants et on a la matière d’une comédie aussi enlevée qu’un brin cynique où l’argent revient comme un leitmotiv.

La musique est de la partie : jazzy, enlevée, empruntant aux rythmes syncopés, au fox-trot, au one-step et au charleston, ne dédaignant pas le blues quand la situation devient problématique, allant sur le terrain de la romance, elle offre son dynamisme et sa capacité d'entraînement.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une mise en scène qui joue le décalage

Si les personnages apparaissent en costumes des années 1920, des hiatus volontairement introduits y sont ajoutés. Un aspirateur, doté d’une personnalité propre, se déplace tout seul sur la scène, son ronronnement, fabriqué par la musique, jouant en intensité pour marquer son degré de scorie sonore dans le décor. Mais surtout, une série de panneaux dans les teintes éclatantes de jaune, orange et rouge, très seventies, viennent perturber le bel ordonnancement Années folles, poussant vers le kitsch un contenu qui l’est déjà de manière assez prononcée.

Dans ce jeu à tous les étages où les prestations des comédiens chanteurs et danseurs sont sur le mode du too much et de l’humour, les montées et descentes et les glissements de panneaux qui tantôt révèlent, tantôt cachent, tantôt redécoupent l’espace pour indiquer de nouveaux lieux, assortis de sièges japonisants qui glissent à grande vitesse pour apparaître et disparaître ou se combinent pour former estrade ou table, ajoutent au sentiment de précipitation et de mouvement de l’ensemble.

Les formes géométriques que manipulent les danseurs, qui deviennent accessoires de jeu, ajoutent à ce découpage de l’espace. Formant parfois paravent dans le jeu des cachés-révélés, ils contribuent à la volonté de rompre le réalisme pour constituer un univers de fantaisie.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une distribution épatante

L’orchestre des Frivolités parisiennes, qui s’est choisi pour objectif de dépoussiérer ce qu’on qualifie d’« opérette » et qui est à la base du projet, mène à la baguette à rythme soutenu et impeccable, sous la houlette du pianiste et chef d’orchestre Benjamin Pras, tout ce petit monde, même si l’on peut regretter parfois, qu’en dépit d’une sonorisation des voix, la musique, dans son enthousiasme survitaminé, couvre un peu trop les chanteurs.

Le mélange éclectique des registres de voix offre également une diversité à la mesure du pot-pourri que constitue la comédie musicale. Y cohabitent des voix plus proches du monde de la chanson, comme celles de Marion Preïté, l’interprète de Nanette, ou de Loaï Rahman, qui incarne Tom, son amoureux et se révèle aussi bon danseur de claquettes, et d’autres venues du lyrique comme celles d’Arnaud Lasclet en « oncle » Jimmy ou de June Van Der Esch qui exploite un beau talent de soprano colorature.

Côté théâtre, Marie-Élisabeth Cornet, en femme de chambre qui se révolte contre sa condition et prend le large, a des faux airs malicieux de Mary Poppins complice de Nanette, qui se présente de son côté primesautière et délurée, tandis que Tom joue les amoureux transis, quelque peu traditionnalistes mais pétris d’un romantisme digne des plus convenus des romans photo. Quant aux trois « protégées » de Jimmy, elles jouent des trois natures dont les a dotées la mise en scène avec un plaisir communicatif, passant avec brio des amoureuses feintes et des femmes outragées aux créatures avides et calculatrices.

La danse, incontournable ingrédient de la comédie musicale, est partout présente. Non seulement le jeu des panneaux et des différents niveaux de praticables qui occupent la scène engendre une véritable chorégraphie des déplacements, mais la danse joue un rôle à part entière dans les relations entre les personnages, qui ne dédaignent pas de faire, comédie musicale oblige, quelques duos attendus. Quant à la bande d’amis de Nanette, un groupe de danseurs-chanteurs androgynes vêtus de manière similaire, quand ils ne sont pas lancés dans des figures chorégraphiques de groupe réglées au petit poil, ils prennent l’allure de lutins facétieux qui créent un focus cinématographique sur certains personnages, jouent les escaliers, portes ou lampe absents du décor, mais aussi renvoient, dans leur individualisation, au désordre un peu chaotique auquel aspire Nanette.

En ces temps plutôt noirs qui sont les nôtres, on ne boudera donc pas ce divertissement soigné et plein de bonne humeur qui offre un souffle d’air bienvenu. Et même si tout cela se déroule dans une société de rêve qui nage dans l’argent en faisant fi du contexte – on ne peut s’empêcher de penser aux Chercheuses d’or de 1933 (Gold Diggers of 1933) réalisé par Mervyn Le Roy, qui met en scène, en pleine débâcle économique, un monde où la valorisation de la richesse est là pour faire rêver –, on reste sensible au « message » (très édulcoré) que Nanette fait passer en refusant obstinément de se marier. Il rappelle que les femmes, en ce temps-là, aspiraient aussi à la liberté.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

No No Nanette
S Musique Vincent Youmans S Livret Otto Harbach, Frank Mandel, Burt Shevelove, Irving Caesar S Adaptation française 2026 Christophe Mirambeau S Mise en scène Emily Wilson, Jos Houben S Direction musicale et chef de chant Benjamin Pras S Création scénographie, costumes Oria Puppo S Cheffe atelier costumes Julia Brochier S Assistantes costumes Julia Brochier, Clémentine Tonnelier S Assistante décors Irem Tasdan S Chorégaphies Caroline Roëland S Assistant chorégraphie Benjamin Gouy-Pailler S Création lumière Bruno Marsol S Régie générale Vincent Pépin S Régie lumière, implantation Jacques Grislin S Régie scène Charles-Alexandre Creton S Régie son Pierre Favrez, Baptiste Chouquet, François Lanièce S Habilleuse Mélanie Leprince S Réalisation perruques, maquillage Maurine Baldassari S Avec Nanette Marion Préïté, Lucille Lauren Van Kempen, Sue Caroline Roëland, Pauline Marie-Elisabeth Cornet, Tom Loaï Rahman, Jimmy Arnaud Masclet, Billy Ronan Debois, Flora Latham Véronique Hatat, Betty Brown Maëva Simonet, Winnie Winslow June Van Der Esch S Ensembles Enora Veignant, Ludivine Bigéni, Adrian Conquet, Joris Conquet, Xavier Ducrocq, Gregory Garell, Maxime Pannetrat S Avec l’Orchestre Les Frivolités Parisiennes S Production Les Frivolités Parisiennes S  Coproduction Opéra de Reims, Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Atelier lyrique de Tourcoing, Théâtre de Caen S Soutiens Ville de Paris, ADAMI, SPEDIDAM, Centre national de la musique S Durée 2h

27 mars > 5 avril 2026, 27-2831/3 à 20h, 1-3-4/04 à 20h, 29/03 & 5/04 à 16h
Athénée Théâtre Louis-Jouvet - 4, square de l’Opéra Louis-Jouvet I 75009 Paris
Billetterie : 01 53 05 19 19 www.athenee-theatre.com
TOURNÉE
Samedi 7 et dimanche 8 mars 2026 Opéra de Reims
Jeudi 19 mars 2026 Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne
Dimanche 22 mars 2026 Théâtre Raymond Devos – Tourcoing
Du vendredi 27 mars au dimanche 5 avril 2026 Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Paris
Vendredi 11 décembre 2026 Palais des Beaux-Arts de Charleroi
Jeudi 30 et vendredi 31 décembre 2026 Théâtre de Caen

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