12 Mars 2026
David Fray a, depuis ses débuts, montré une appétence sans faille pour la musique de Jean-Sébastien Bach. En concert le 10 mars 2026 au Théâtre des Champs-Élysées, il a réaffirmé cette passion qui traverse, depuis ses débuts, son parcours pianistique.
C’est une longue silhouette, mèche au vent, qui vient s’installer sur la chaise qui fait face au piano. D’emblée, la référence à Glenn Gould s’impose, même si leurs interprétations se révèlent très différentes. Tous deux possèdent cette précision du toucher qui détache les notes et les articule avec une précision presque maniaque. Tous deux ont la même passion, qui vibre sous leur doigts, des architectures savantes en même temps qu’inspirées du Kantor de Leipzig.
Mais la comparaison s’arrête là. Il y avait, chez Gould, une volonté de non-intentionnalité de l’interprète pour laisser parler la musique. Il y a chez David Fray une manière de vouloir dire ce que lui inspire cette musique et il s’y montre expert.
Un parcours prestigieux
Jeune prodige du piano, élève de Jacques Rouvier au CNSM, il a à peine vingt-et-un ans lorsqu’il reçoit le Diploma of Outstanding Merit du Concours international de piano d’Hamamatsu et, l’année suivante, le deuxième prix de piano du Concours musical international de Montréal. Schubert et Liszt composent la matière de son premier CD, en 2005, mais c’est en 2006-2007 qu’il « explose » en remplaçant Hélène Grimaud au Châtelet et en consacrant un enregistrement « en miroir » d’œuvres de Jean-Sébastien Bach et de Pierre Boulez.
Il reviendra ensuite de manière régulière à Bach et à Schubert. Au musicien romantique avec la Fantaisie « Wanderer » (en ut majeur, op. 15), des transcriptions de lieder, les Sonate pour piano en si mineur et Sonate en sol majeur « Fantaisie », mais aussi Six Moments musicaux (D. 780), Quatre Impromptus (D. 899) et, à quatre mains avec Jacques Rouvier, la Fantaisie en fa mineur D. 940 ou l’Allegro en la mineur « Lebenstürme » D. 947. Du musicien baroque il enregistrera des Partitas (BWV 826, 828, 830), la Suite française n ° 1, des Concertos pour piano (BWV 1052, 1055, 1056 et 1058), les Sonates pour violon et piano (avec Renaud Capuçon) et enfin, en 2021, les Variations Goldberg.
Il collabore régulièrement avec des chefs prestigieux tels que Marin Alsop, Semyon Bychkov, Christoph Eschenbach, Paavo Järvi, Riccardo Muti, Yannick Nézet-Séguin ou Jaap van Zweden, et avec des orchestres tels que l’Orchestre de Paris, l’Orchestre National de France, le Concertgebouw d’Amsterdam, le Gewandhaus de Leipzig, les Philharmoniques de New York, Los Angeles, Cleveland, Chicago, Monte-Carlo, ainsi que de nombreux orchestres européens, américains et asiatiques. En musique de chambre, il se produit notamment avec Cecilia Bartoli, Renaud Capuçon, Peter Mattei, Daniel Lozakovich ou Benjamin Appl.
Une grande finesse d’interprétation
« Exemple parfait du musicien réfléchi » selon Die Welt, ses interprétations sont qualifiées par le New York Times de « raffinées et techniquement élégantes. » Si certains lui reprochent son attitude à la Glenn Gould, chantonnant pendant les morceaux, sautant parfois sur son siège et martelant le sol, il n’en demeure pas moins que son toucher oscille entre une mélodie éthérée qui semble se dissoudre peu à peu dans les lointains et une dynamique parfois un poil trop excessive dans la vélocité où il excelle moins. Magicien de la demi-teinte et du legato, il séduit par sa manière d’élever le propos musical vers un ailleurs.
Hybride entre le romantisme et le baroque, il apporte à Schumann le découpage implacable de la composition par l’interprétation et rend manifeste le supplément d’âme que lui inspire Bach. Il se place ainsi parmi les musiciens peu nombreux, capables de cheminer entre la virtuosité mathématique de la composition du Kantor de Leipzig et la spiritualité qui l’inspire et dont elle se fait l’écho.
David Fray est un artiste exclusif Erato/Warner. Deux films de Bruno Monsaingeon lui sont consacrés (Arte, Mezzo). Lauréat de nombreux prix internationaux, il est également fondateur et directeur artistique du festival L’Offrande Musicale, qui se tient à Tarbes, sa ville natale, et à Lourdes, dédié aux personnes en situation de handicap.