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Arts-chipels.fr

Ils ne méritent pas tes larmes, la bataille scolaire de Little Rock.

Phot. © Carlier Photographie

Phot. © Carlier Photographie

Thomas Snégaroff raconte l’épopée des neuf jeunes noirs qui, bravant la fureur raciste, entrèrent au lycée de Little Rock en 1957. À la clarinette, Xavier Bussy accompagne ces histoires émouvantes, témoignages des luttes pour les droits civiques qu’il ne faut pas oublier.

Une chronique sensible

Little Rock (Arkansas), 4 septembre 1957. À la Little Rock Central High School, c’est la première rentrée marquant la fin de la ségrégation scolaire, décidée par la Cour Suprême. Les neuf enfants noirs – sélectionnés parmi une centaine de candidats –inscrits dans ce lycée jusque-là réservé aux seuls blancs, sont encerclés par une foule hystérique. Contre vents et marées, ils iront en classe et résisteront aux brimades incessantes. Ils sont restés dans l’histoire comme les Little Rock 9 .

C’est en particulier la photo d’Elizabeth Eckford, invectivée au milieu d’une foule d’élèves par une petite fille blanche, qui a retenu l’attention de Thomas Snégaroff, historien et journaliste. Il était venu à la bibliothèque de Little Rock consulter les archives de la présidence Clinton pour écrire une biographie du couple Clinton. Bill ayant été gouverneur de l’Arkansas, elles sont conservées dans cette ville.

Par la suite, Thomas Snégaroff va enquêter sur cet épisode qui lui semble un maillon essentiel de la question des droits civiques. À partir des témoignages recueillis sur place et d’autres documents d’époque — photos, articles de presse, livres —, il publiera Little Rock 1957.

Comme cette histoire lui tient à cœur, il a voulu l’adapter pour la scène et s’est lancé à la jouer lui-même, racontant sa démarche et donnant voix à ceux qui vécurent ces événements. Parmi les élèves — Ernest Green, Jefferson Thomas, Terrence Roberts, Carlotta Walls Lanier, Minnijean Brown-Trickey, Gloria Ray Karlmark, Thelma Mothershed et Melba Pattilo Beals —, il s’attache en particulier à Elizabeth Eckford, la jeune fille de la photo. Il nous la présente, avec ses lunettes de soleil, sa robe blanche à boutons de nacre, soigneusement repassée, imperturbable malgré les bousculades et les hurlements de l’écolière derrière elle... Plus tard elle confiera que, depuis ce jour-là, elle ne peut vivre que sous tranquillisants. 

Phot. © Carlier Photographie

Phot. © Carlier Photographie

Une conférence théâtralisée

Le titre de la pièce est tiré des paroles d’un journaliste du New York Times, Benjamin Fine, adressées à Elizabeth Eckford, en pleurs à cause des mauvais traitements infligés par les racistes : « Don't let them see you cry. »

Cette rentrée mouvementée a été couverte par la presse et Thomas Snégaroff montre notamment, parmi les documents, les clichés de Will Counts, un photojournaliste célèbre pour son travail pendant le mouvement des droits civiques aux États-Unis.

C’est en journaliste que Thomas Snégaroff aborde le théâtre. Mis en scène par Michel Belletante, il campe son propre personnage de conférencier et illustre son propos en incarnant lui-même les témoins qu’il a rencontrés. Il ne manque pas de citer de nombreuses anecdotes qui témoignent de la résistance des enfants aux sévices subis journellement de la part de leurs camarades de classe et, à l’extérieur, aux insultes racistes qu’ils ont essuyées.

Il rapporte les discours des suprémacistes blancs, hostiles à la déségrégation scolaire, en particulier le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus. Il fait aussi revivre des figures héroïques telle Daisy Bates, journaliste et militante, qui aida les enfants à étudier quand les écoles furent fermées pendant toute l’année suivante, par décision du gouverneur.

Xavier Bussy accompagne de ses propres compositions cet exposé illustré par des séquences jouées. Il tire de sa clarinette (basse ou alto) des sons jazzy et fait aussi entendre des airs de l’époque (Cab Calloway, Duke Ellington, Paul Mc Cartney...). Il apporte parfois un contrepoint ironique, avec l’hymne des Confédérés, quand pour figurer un raciste, son partenaire, coiffé d’une casquette rouge, brandit le drapeau sudiste : une croix de Saint-André bleue piquée de treize étoiles, sur fond rouge, qu’on voit réapparaitre aujourd’hui dans le mouvement MAGA.

Phot. © Carlier Photographie

Phot. © Carlier Photographie

Rafraîchir les mémoires

Cet épisode de la lutte pour les droits civiques, dont les neuf étudiants furent les héros, est bien connu aux États-Unis qui lui consacrent un musée à Little Rock et ont placé une statue de Daisy Bates au National Statuary Hall du Capitole en 2024.

« Au cours d’un de mes séjours, dit Thomas Snégaroff, découvrir les lieux, notamment le lycée, et les archives, m’a fait prendre conscience de l’importance de l’événement. Surtout quand j’ai remarqué que, sur place, malgré le musée, cela reste un passé qui ne passe pas... »

Comme on peut le constater chaque jour, les États-Unis semblent être retombés dans leurs dérives d’antan. Encore récemment, Melba Pattillo Beals, l'une des dernières survivantes des Little Rock 9, a mis en garde le président Trump contre son utilisation abusive de la loi sur l'insurrection, à l’endroit des immigrés.

Pour l’historien-journaliste, le théâtre permet de porter cette histoire à la connaissance du public. Sa prestation théâtrale ne s’arrête pas là. Après le salut, il tient à expliciter sa démarche par une courte intervention. Lui qui a été professeur d’histoire reste attaché à la mission de l’école : donner accès à tous au savoir, de manière égalitaire et sans discrimination. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

Daisy Lee Gatson Bates (1914-1999). Arkansas Bronze by Benjamin Victor. Given in 2024 National Statuary Hall U.S. Capitol. Taken by AOC Photographer Thomas Hatzenbuhler.

Daisy Lee Gatson Bates (1914-1999). Arkansas Bronze by Benjamin Victor. Given in 2024 National Statuary Hall U.S. Capitol. Taken by AOC Photographer Thomas Hatzenbuhler.

Ils ne méritent pas tes larmes
S D’après Little Rock, 1957 de Thomas Snégaroff, éditions Taillandier S Mise en scène Michel Belletante S Avec Thomas Snégaroff  (jeu) et Xavier Bussy (clarinette) S Musique Xavier Bussy S Création lumières Andrea Abbatangelo S Environnement sonore et vidéo Loïc Goubet S Création costumes Rose Drazic S Voix Colomba Giovanni S Durée 1h10

Au Théâtre de la Pépinière - 7 rue Louis le Grand 75002 Paris T. 01 42 61 44 16
Les jeudis à 21h. Le 19 mars avec comme invitée Delphine Horvilleur

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