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Arts-chipels.fr

De dIAboli, danser avec l’Intelligence artificielle

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Et si le diable c’était l’IA ? Avec trois interprètes et un chien robot, la chorégraphe Christine Armanger organise un ballet satanique. Déstabilisant.

Christine Armanger, aime relever les défis, en mêlant danse et arts plastiques. Son écriture chorégraphique prend souvent la forme d’étranges cérémonials. À côté des nombreux solos qu’elle a dansés, elle a créé, sur les réseaux sociaux, de courtes performances sous son avatar : Edmonde Gogotte. Férue d'histoire de l'art, elle puise dans l'iconographie médiévale pour constituer une imagerie gothique contemporaine, où l’étrange cohabite avec le réel. Dernièrement, Je vois, venant de la mer, une bête monte (2023) s’inspirait d’une tapisserie de l'Apocalypse du XIV siècle au château d’Angers. Son appétence pour les mythologies chrétiennes lui a valu d’être lauréate du programme Hors les murs de l’Institut français pour ses recherches sur les hagiographies de saints et de saintes.

Le personnage du diable, rencontré lors de ses différentes explorations, s’est peu à peu invité à sa table de travail : « J’ai d’abord repoussé ses avances : il me semblait risible, désuet. Mais il a su prendre un visage qui m’a séduite. Je le voyais partout : dans tel article, telle série, tel clip vidéo, telle expression du langage courant... Il me fallut me résoudre à cette troublante évidence : le diable est contemporain. »

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Un sabbat pour les temps présents

En combinaison et capuche noires, trois corps féminins s’agitent au sol, agglutinés, tel un nœud de vipères. Les danseuses déplient lentement leurs membres souples, rampent au sol puis s’érigent, l’avant des pieds chaussés de sabots de bouc. Diablesses boiteuses, ou dressées en déséquilibre sur leurs pointes instables, elles forment une ronde inquiétante, pointant le public de leurs griffes rouge sang ou de leurs langues, proférant des cris muets. Mi-humaines, mi-animales, sorcières ou parques, Clémentine Vanlerberghe et Suzanne Henry, en compagnie de Christine Armanger, s’ébattent lentement sur des boucles de musique sourdes, obsédantes. La chorégraphie, induit une gestuelle hybride qui s’appuie sur des variations de rythme et des anamorphoses corporelles. Impressionnantes, les interprètes s’approchent dangereusement du public, installé en cercle sur le plateau, L’irruption d’un petit chien mécanique chasse ces belles furies de la scène. Pattes squelettiques, articulations proéminentes, de la taille d’un bouledogue, la  maigre créature n’a rien de sympathique, avec son museau qui tourne en clignotant.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

L’IA, le nouveau Malin ?

La bestiole court, danse, saute, se dresse sur son arrière-train, à la manière d’un humain, marche sur ses pattes avant, tel un acrobate. Elle sait se trémousser en rythme sur un air de fox-trot. D’une voix douce ou rêche, masculine, féminine, androgyne... le robot nous parle. Il raconte de quoi il est constitué, comment il fonctionne ; il est capable d’à peu près de tout ce qu’on lui demande. Il ne connaît ni le bien ni le mal, n’a pour conscience que les combinaisons algorithmiques de son programme. Se dit « amortel ». Équipé de Chat GPT, il aura, avant le spectacle, incorporé les noms fournis à la billetterie par des spectateurs volontaires : il connaît donc chacun d’entre eux et a repéré les places numérotées qui leur ont été assignées. Il s’approche résolument de Christine G., Samuel D., Dorothée S., Sandrine B., etc., et décrit regards, coiffures, couleurs de rouge à lèvres ou états de dentition... Il pourrait, explique-t-il, révéler les profils Facebook, les carnets de santé Doctolib et autres données qu’ils ont eux-mêmes enregistrées sur différents sites en ligne. Ils sont sous surveillance.

Tandis qu’il évolue en débitant son monologue, la caméra qui lui tient lieu d’œil projette ce qu’il voit sur un écran en fond de scène. Des images sombres et pixellisées. D’abord amusant, séducteur et joueur, le chien infernal expose petit à petit sa nature démoniaque. Il dévoile ainsi les pièges dans lesquels les Humains risquent de tomber en se confiant aux machines. De dIAboli nous plonge dans une expérience troublante, cauchemardesque, qui sent le soufre. Déstabilisés et effrayés, nous restons cependant un peu sur notre faim : nous aurions aimé un peu plus d’interaction dansée entre le trio humain et le robot canin. Peut-être y aura-t-il une coda à cette courte pièce.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

De dIAboli
S Conception, chorégraphie, texte, interprétation Christine Armanger S Interprétation Clémentine Vanlerberghe, Suzanne Henry S Lumières et régie technique Thomas Cany S Creative technologist (IA et robotique) Antoine Vanel - Blindsp0t S Regard scénographie et costumes Marjolaine Mansot S Musique diffusée L’Île Re-sonante d’Éliane Radigue S Diffusion Émilie Briglia S Production [Compagnie Louve] S Coproductions CCN de Caen dans le cadre de l’accueil-studio 2024, Paris Réseau Danse, Scène de recherche - ENS Paris-Saclay, micadanses/ Faits d’hiver, Centre des Arts d’Enghien-les-Bains S Durée 50 min

Création les 5 et 6 février 2026 à l’Atelier de Paris, Cartoucherie de Vincennes, dans le cadre du Festival Faits d’Hiver qui se poursuit jusqu’au  20  février
20 & 21 mai 2026 La Scène de recherche - ENS Paris-Saclay
29 juin 2026 Festival Les Bains Numériques Centre des Arts d'Enghien-les-Bains

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