13 Janvier 2026
Avec Ressac de Gabriel de Gozlan-Hagendorf, co-mis en scène par Pierre-Thomas Jourdan, le théâtre de Nanterre-Amandiers inaugure un cycle de créations confiées à de jeunes artistes. Le spectacle nous emmène sur les plages du Nord, à la rencontre d’une femme fuyant vers l’Angleterre.
L’Envolée, tremplin pour la relève
Après les Croquis de Nanterre et d’ailleurs en 2022, inspirés des très réussis Croquis de voyage proposés aux élèves de l’École du Nord dont il était alors directeur, et qui nous avaient baladés en des lieux insolites, Christophe Rauck réaffirme, avec L’Envolée, son souhait d’accompagner les jeunes créateurs vers la professionnalisation : « Il m’a semblé essentiel de préserver le lien avec la jeunesse. La sortie d’école est un moment à la fois fragile et libérateur. Les repères changent, mais tout devient possible. Il me paraît juste de pouvoir transmettre des outils aux jeunes artistes pour leur donner les moyens d’expérimenter. »
Au sein de ce « laboratoire et lieu d’invention collective », dans le théâtre nouvellement réouvert, comédiens et metteurs en scène débutants bénéficient d’espaces de répétition, d’un soutien à la production et d’outils techniques, débouchant sur des représentations. De janvier à mai 2026, six premiers spectacles – dont quatre créations – sont programmés.
Ressac, des Odyssées sans lendemain
Dans le cadre du projet Croquis de Nanterre et d’ailleurs, Gabriel Gozlan-Hagendorf est parti en 2022 à Calais, pour rejoindre Utopia 56, association humanitaire créée par un collectif breton en réaction aux images diffusées du petit Aylan Kurdi, âgé de trois ans et retrouvé mort, comme un déchet, étendu sur une plage grecque.
Dès 2016, dans la jungle de Calais, puis dans le camp de la Linière, à Grande-Synthe, et à Paris, l’association mobilise des citoyen·nes pour venir en aide aux personnes exilées. De 35 bénévoles à ses débuts, Utopia 56 en compte désormais plus de 200, dans plusieurs villes, qui, chaque jour, portent secours aux migrants, leur distribuant nourriture, vêtements, tentes et couvertures, et leur offrant un soutien moral et juridique.
De son séjour dans la « jungle », Gabriel Gozlan-Hagendorf rapporte Ressac où, sous les traits de Camille – qu’il interprète –, il rend compte d’une expérience riche mais éprouvante.
« Le hurlement des sirènes qui déchirent le froid […] Ecoute, mon frère le ressac, […] Regarde les pieds lourds et humides de ceux qui ont échoué… La mer devenue linceul sur cette côte du Nord ». L’atmosphère est donnée en ces quelques lignes, ciselées et incantatoires, par un jeune homme planté devant un rectangle blanc qui, sur le plateau nu et sous des éclairages brumeux, figure l’étendue désolée des flots. Il évoque les dangers des traversées hasardeuses vers l’Angleterre et tous les cadavres anonymes gisant au fond des océans.
L’apparition d’une jeune Africaine, Amna, sur la plage, interrompt ses imprécations. Elle dit son désir de gagner l’autre rive. Il tente de l‘en dissuader en ce jour où les vagues sont déchaînées : « Cinq cents personnes par jour arrivent à Calais, cinq-cents personnes chaque jour tentent le passage. J’en ai vu comme toi confiants se précipiter sans penser au danger et ne pas revenir. »
Dialogues de sourds
Les conseils et adjurations de Camille n’y feront rien, Amna veut prendre la mer coûte que coûte. L’Angleterre est son avenir : elle a effacé son passé en brûlant ses empreintes digitales au fer rouge et ne craint plus la mort car le pire est derrière elle... L’enfer de son voyage, sa vie volée, son corps violé…
Elle va jusqu’à renvoyer à la tête du jeune homme ses bons sentiments : il serait là par culpabilité, pour son propre salut d’homme blanc. Elle n’a rien à faire de sa compassion et refuse l’asile qu’il lui propose.
Son salut à elle se trouve de l’autre côté de la Manche : « Dieu est là, je n’ai pas besoin de gilet. On viendra me chercher. On sera cinquante-deux, on m’a dit. Vingt-six et vingt-six. De chaque côté. Dieu sera là, avec moi, Parmi nous. Et nous filerons droit. » Elle y aura une maison, avec de belles étagères à décorer.
Survient un policier. Pour lui, Dieu est une vieille lune. Il entend seulement faire respecter la loi : pas de pitié pour ceux qui viennent polluer le territoire national, profitent largement des aides financières accordées aux immigrés quand les Français triment pour de misérables salaires. Pour lui, toute opposition aux forces de l’ordre est une offense à l’État, et les militants humanitaires sont complices. Gazer tous ces parasites, telle est la solution.
À la nuit tombée, Amna aura disparu, laissant Camille face à son impuissance.
D’une écriture fiévreuse et précise, Ressac mêle langage épique et quotidien. S’y inscrit en filigrane, l’angoisse d’une génération de voir ressurgir les démons du passé. Ceux qui hantent la propre histoire familiale de l’auteur. Mais, malgré une interprétation soignée, la mise en scène reste en deçà des promesses du texte.
Ressac
S Texte de Gabriel de Gozlan-Hagendorf, co-mis en scène avec Pierre-Thomas Jourdan S Avec Flora Chéreau, Axel Godard, Gabriel Gozlan-Hagendorf S Création sonore Guillaume Bachelé S Création lumière Coralie Pacreau S Production Le Fonds de dotation des Amandiers S En partenariat avec le Théâtre Nanterre-Amandiers - CDN S Avec la participation du mécène VusionGroup, de La Fondation de France S Avec le soutien du Théâtre du Rond-Point (création) S Durée 1h15
Du 7 au 17 janvier 2026
Théâtre Nanterre–Amandiers, CDN, 7 avenue Pablo-Picasso, 92000 Nanterre
T. 01 46 14 70 00
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