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Arts-chipels.fr

Écorces, un polar écolo

Phot. © Pauline Le Goff

Phot. © Pauline Le Goff

Mêlant enquête policière et quête personnelle, l’autrice et metteuse en scène Alice Carré lance l’alerte sur le saccage des forêts, menacées par l’agro-industrie du bois.

Une double enquête

Au décès de son père, médecin de campagne en Haute-Loire, Alba hérite de parcelles de forêts dans le massif du Forez. De retour dans la maison paternelle, qu’elle avait quittée depuis longtemps, elle trouve une carte d’état-major avec de mystérieuses annotations Pour les décrypter, la voici lancée à travers bois sur la piste d’une histoire familiale nébuleuse, en même temps qu’elle découvre le sort réservé aux forêts d’antan, rasées pour faire place à une reforestation intensive. Dans les environs, les gendarmes de Brioude (Loire) recherchent un forestier disparu. Qu’est devenu Mateus Borja, employé de l’Office national des forêts (ONF), organisme chargé de l’entretien des forêts domaniales. Ils apprennent que l’homme milite pour la défense de l’environnement. S’est-il suicidé comme son jeune collègue, écœuré par la disparition des grands chênes ? A-t-il été enlevé, voire assassiné par ceux qui encaissent d’énormes profits dans l’agro-industrie et touchent des subventions pour couvrir le pays de résineux à pousse rapide ? Abattus, sont-ils broyés en pellets de chauffage ou exportés en Chine pour revenir sous forme de planchers ou de meubles bon marché ? 

Une démarche documentaire

À l’origine d’Écorces, une affaire de famille : Alice Carré a hérité de parcelles forestières dispersées sur trois communes, dans le massif du Forez. Comme son héroïne, elle apprendra l’existence, passée sous silence, d’une grand-mère, chassée de son village de Haute-Loire, pour avoir « fauté ». On sait le sort réservé alors aux filles-mères dans ces campagnes.

À partir de ces bois qui lui sont échus, la metteuse en scène découvre aussi le monde de la sylviculture, dont elle ignorait tout. Elle se documente, rencontre des associations qui luttent contre « l’enrésinement » intensif au détriment des feuillus. Elle remonte la « filière » bois, explore les effets délétères sur les sols, la flore et la faune d’une exploitation intensive de la forêt et les profits énormes engrangés par l’agro-industrie...

Phot. © Pauline Le Goff

Phot. © Pauline Le Goff

Une ambiance policière

L’autrice mixte tous ces ingrédients pour alimenter sa fiction, laissant à l’adjudante de gendarmerie Marel et à son adjoint Penod, couple burlesque façon série  télévisée, le soin de remonter la piste du forestier disparu et des éventuels criminels, dans le milieu de l’industrie sylvestre. Les voici embarqués dans la jungle urbaine de Paris, interrogeant hommes d’affaires véreux et gestionnaires de multinationales douteuses. Quand ils ne sont pas à l’affût dans les bois du Forez, ceux-là mêmes qu’arpente Alba pour élucider l’énigme paternelle.

L’écriture, à la manière d’un scénario cinématographique, procède par courtes scènes, alternant les séquences de la double intrigue. Les six interprètes endossent une vingtaine de rôles, en changeant rapidement de costume.

La compositrice Lymia Vitte accompagne l’action en direct. Comme dans un film de genre, pour distiller la peur, son synthétiseur diffuse en boucle des sons étranges, et les percussions rythment le suspense. Femme orchestre, la musicienne incarne quelques personnages mineurs et se fait narratrice pour suivre, en contrepoint de la comédie policière, le parcours d’Alba : elle décrit les endroits et les ambiances que traverse la jeune femme, et ses pensées intimes.

Vidéos, éclairages, éléments de décor figurent une multiplicité de lieux. Outre les extérieurs nuit ou jour, on est propulsé, entre autres, dans la gendarmerie, les bureaux d’une start-up dédiée à la reforestation ou d’une multinationale de l’énergie, la salle du conseil municipal lors d’une réunion agitée, un bistrot campagnard pendant un match de foot...

Les acteurs modifient l’espace à vue : une portière de voiture devient un véhicule abandonné, des coffres se transforment en tombes, un luminaire aveuglant suffit à représenter une salle de commissariat parisien...

Par un habile tissage et un montage soigné, la pièce tient le public en haleine tout en l’instruisant, même si quelques scènes superflues font passer le message avant l’action. Une affaire de rythme à régler après cette première représentation.

Phot. © Pauline Le Goff

Phot. © Pauline Le Goff

Lancer l’alerte

Après s’être intéressée aux combattants africains de la guerre de 39-45 (Brazza – Ouidah – Saint-Denis, 2021), aux mémoires de la guerre d’Algérie (Et le cœur fume encore, 2022) et aux luttes ouvrières contre le racisme (1983, 2023), Alice Carré se fait ici porte-parole des militants qui s’insurgent contre la plantation systématique de pins Douglas, l’usage des pesticides et les coupes rases. La pièce évoque les agents de l’ONF, réfractaires à cette politique que la direction leur impose. Il est aussi question des Amérindiens luttant pour la préservation de la canopée amazonienne ; des violences policières exercées sur les soi-disant « éco-terroristes » alors que les coupables sont ceux qui détruisent la biodiversité et le vivant. On apprend comment opère la finance verte, dite greenwashing, au travers d’officines subventionnées pour promouvoir la monoculture sylvestre en Afrique ou en Amérique latine, au détriment de la culture vivrière.... Autant de sujets à creuser au sortir du théâtre. Écorces existe aussi en version plein air.

Phot. © Pauline Le Goff

Phot. © Pauline Le Goff

Écorces
S Texte et mise en scène Alice Carré S Avec Yacine Aït Benhassi, Manon Combes, Paul Delbreil, Marie Demesy, Josué Ndofusu, Lymia Vitte S Collaboration à la mise en scène Pierre-Angelo Zavaglia S Composition musicale Benjamin James Troll et Lymia Vitte S Scénographie Caroline Frachet S Lumières Madeleine Campa S Costumes Anaïs Heureaux S Vidéo Victor Lepage S Complicité́ dramaturgique Claire Barrabès S Conseil forestier Association Recrue d’essences (Cunlhat, 63) S Stagiaire assistanat mise en scène Rose Ebenne S Stagiaire costumes Olga Roubieu S Production Véronique Felenbok S Administration et production Ondine Buvat et Zoé Deschamps S Diffusion Chloé Cassaing S Créé en janvier 2026 au Théâtre de la Cité Internationale S Production Le Bureau des filles S Coproduction Veilleur de Nuit, La Comédie de Saint-Etienne – CDN, Théâtre de la Cité internationale, Le Tangram –Évreux, Le Théâtre Brétigny –Les Gé́meaux – Scène Nationale de Sceaux, Les Avant-Postes à Bordeaux S Accueil en résidence Théâtre de la Cité internationale, La Comédie de Saint-Etienne – CDN, Les Avant-Postes à Bordeaux L’écriture de ce texte a bénéficié du soutien d’Occitanie Livre & Lecture dans le cadre d’une résidence à la Fabrique Francophone, ainsi que d’un accueil en résidence à La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon CNES S Durée 2h S Deux formes : en salle et en extérieur

Du 12 au 24 Janvier 2026
Théâtre de la Cité Internationale, 17 bd Jourdan, 75014 Paris– 0143 13 50 60
Le 30 mai 2026 Création en extérieur dans la forêt d’Évreux, Festival les Anthroposcènes, Le Tangram, Évreux
Tournée en extérieur : Les Gémeaux, Sceaux (en cours)
Tournée en salle
Juillet 2026. Festival off d’Avignon (en cours)
Saison 2026-27. La Comédie de Saint-Etienne ; Le Pavillon, Théâtre de Romainville ; L’Espace des Arts, Chalon-sur-Saône (en cours)

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