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Arts-chipels.fr

Bailas Baby. Quand Israel Galván s’amuse à toucher tous les publics.

Phot. © Marcos G. Punto

Phot. © Marcos G. Punto

Avec un spectacle pour tout-petits, de 8 à 24 mois, cet exceptionnel danseur de flamenco fait partager aux enfants son plaisir de la danse sans renoncer à leur montrer une face exigeante de son art.

Israel Galván a achevé son parcours parisien de décembre en proposant à un très jeune public une petite leçon de flamenco à partager.

Après avoir rendu hommage, avec El Dorado, à l’héritage que lui a légué sa mère, la danseuse de flamenco Eugenia de los Reyes, en pratiquant la buleria, l’une des formes traditionnelles de flamenco originaire de la région de Jerez de la Frontera, un style s’accompagnant de palmas, de claquements de mains ; après avoir évoqué – en le détournant par l’épure et la fusion des époques et des styles – l’âge d’or du flamenco d’il y a un siècle (La Edad de Oro), le danseur a démarqué, comme il en est accoutumé, la tradition du flamenco en transposant, avec Sevillana Soltera en París, une danse de couple qu'il synthétise en un solo à deux faces – masculine et féminine. En présentant une version insolite de Carmen, avec une musique de Bizet réduite à son essence et le concours des « hurleurs » finlandais du chœur Mieskuoro Huutajat, il a encore amplifié, en endossant les rôles de Don José, de Carmen et du Toréador, sa manière de faire de son corps le champ multiforme de toutes les identités et de toutes les passions en renouvelant en profondeur l’art du flamenco.

Phot. © Marcos G. Punto

Phot. © Marcos G. Punto

Un spectacle comme une mise en jeu

C’est derrière un alignement de chaises portant chacune une paire de chaussures différente qu’Israel Galván apparaît, avançant à petits pas sur des getas japonaises, ces socques de bois claquant sur le sol dont le glissement-frottement sur le sol émet une sonorité bien particulière. Cette mise en « oreilles » est révélatrice de ce que proposera la suite : un voyage au pays des pieds et des pas, dans tout l’éventail et la multiplicité de leurs variations et dans l’exploration de leurs possibles. Enfilant tour à tour différentes paires de souliers qui produisent sur le sol un son différent, des baskets aux palmes, il amène progressivement le public vers ce qui forme le point d’orgue : ces souliers de flamenco à talon haut portant de petits clous encastrés pour amplifier les sons.

Dans cette approche progressive, il ne se contentera de jouer sur la sonorité des chaussures et la manière dont elles claquent au sol. Il explore les possibilités mêmes du sol, expérimentant, en plus du bois du parquet de danse, des sols à résonance assourdie ou au contraire sonore et métallique. Il n’oubliera pas les textures rugueuses qui font gratter le son ou le sable qui introduit le glissé.

Phot. © Marcos G. Punto

Phot. © Marcos G. Punto

Jeux de mains et de genres

Dès l’abord, ce sont les mains qui fascinent. Relevées sur les poignets, infiniment mobiles et en développements permanents d’arrondis et de circonvolutions, elles racontent à elles seules une histoire que vient rythmer le frappement de pieds. Une hybridation et un démarquage qui court sous la totalité du spectacle, à commencer par la tenue du danseur, déstructurée avec des pantalons qui sont mi-short mi-corsaire.

Masculin et féminin se donnent la main dans cette évocation qui mêle le geste gag, un peu clownesque et décalé, et la vision qui se construit d’un art exigeant où mouvements de tête, claquements de mains sur le temps ou à contretemps générés par une frappe des doigts d’une main sur la paume de l’autre ou par celle des deux paumes l'une contre l'autre, et rythmique des pieds entrent en communion. Une oscillation entre élévation et grotesque qui démarque l’art en même temps qu’il en exalte la nature inspirée.

En rassemblant tous ces éléments et en leur donnant une tonalité cocasse, Israel Galván rejoue, d’une certaine manière, en la détournant, son enfance où, âgé de quatre ans, il faisait des tours de piste à l’issue des duos de ses parents, tous deux bailaores célèbres. Une trajectoire qui croisera celle qui le lie à Mohamed El Kahtib dans Israel et Mohamed. Tous deux reviendront sur l’éduction paternelle, sa dureté et ses incompréhensions en croisant leurs disciplines.

Loin d’être un simple divertissement à usage des tout-petits, Bailas Baby porte en lui une forte charge émotionnelle que le spectacle laisse voir. Et si les enfants, une fois le spectacle terminé, sont invités à expérimenter par eux-mêmes le parcours de sons offert par le danseur, s’inscrivant dans le divertissement, le fonds n’en est pas moins là.

Bailas Baby
S Chorégraphie et interprétation Israel Galván S Son Pedro León S Production IGalván Company S Avec le soutien de INAEM - Instituto Nacional de las Artes Escénicas y de la Música

Vu au Théâtre de la Ville en décembre 2025 dans le cadre du Focus Israel Galván qui incluait différents spectacles :
El Dorado (Théâtre de la Ville) – Israel Galván et Los Mellis de Huelva
La Edad de Oro (Théâtre du rond-Point, Théâtre de la Ville hors les murs)
Carmen (Philharmonie de Paris, Théâtre de la Ville hors les murs)
Sevillana Soltera en París (Théâtre de la Ville)
Israel et Mohamed (Théâtre de la Ville, les Abbesses, en coréalisation avec le Festival d’Automne)

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