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Arts-chipels.fr

Vers les métamorphoses. L’homme qui ne cessait d’être les autres.

Phot. © DR

Phot. © DR

Dans un singulier pluriel, Étienne Saglio joue, dans un envol imprégné de poésie, les dédoublements et la multiplication des identités.

Qui n’a, dans sa vie, rêvé d’être un oiseau et d’échapper à lui-même pour devenir autre, plus libre, plus affranchi de la pesanteur de soi ? C’est une des échappées belles qu'Étienne Saglio tire de la nature double que lui offre sa gémellité. Être soi-même et un autre à la fois, se glisser dans une peau qui n’est pas la sienne mais qui pourrait l’être et ouvrir par là-même une porte à l’imaginaire.

Ainsi commencent les « métamorphoses » d’Étienne Saglio. Assis autour de l’immense table qui occupe toute la largeur de la scène, des êtres identiquement vêtus, clones humains, regardent un homme émerger du personnage qui en occupe le centre : un masque, seule note de couleur dans le paysage, d’oiseau. Le personnage qui s’extirpe lentement de la tête de l’oiseau se présente dans sa nudité d’homme. Entre l’homme et l’animal, la con-fusion s’est installée. L’homme sort de la tête de l’oiseau qui est lui-même un homme.

Le jeu des emboîtements et des métamorphoses formera l’aliment du spectacle et son identité. L’hybridation , au cœur du spectacle, ne cessera d’être explorée dans de multiples directions.

Phot. © Vasil Tasevski

Phot. © Vasil Tasevski

Le rêve de l’oiseau

C’est autour de l’oiseau que se construit l’univers du spectacle. De sa tête en forme de cube aux grands yeux innocents ouverts sur le monde sortiront d’autres figures, comme autant de constructions mentales de la rêverie de leur créateur, qui se présente parfois dans sa simple défroque d’homme.

Bientôt de grandes ailes fixées sur ses bras viendront parfaire l’image de l’oiseau et enrichir le personnage de cet homme-oiseau – Étienne Saglio ou Vasel Tasevski selon les représentations – pour en tirer toute l’expressivité poétique. Les ailes, repliées sur le manipulateur, sont refuge. Elles sont aussi prolongement de soi et la gestuelle qui les écarte et les resserre autour du corps apparaît pleine de nuances et de finesse. Qui dit ailes dit envol, et celui-ci sera de la partie dans un espace où la mutation prend également sa place.

Phot. © Benjamin Guillement

Phot. © Benjamin Guillement

Majuscule, minuscule

Au jeu des métamorphoses, l’infiniment grand et l’infiniment petit s’installent et instaurent un dialogue. Deux marionnettes d’oiseaux émergent de la rêverie d’Étienne Saglio. La première, minuscule, nous mettra à l’échelle des animaux, du chien Messi qui vient à son tour se présenter sur la scène. La marionnette apparaît et disparaît à son côté, le transforme en compagnon de jeu et en destrier.

La seconde a l’allure d’une immense silhouette dégingandée aux bras et jambes filiformes et démesurées. Non contente de trimballer, avec un savoir-faire époustouflant dans la manipulation, son gigantisme sur la scène, elle jette sur le monde un regard lumineux qui troue l’obscurité pour éclairer un personnage, un décor, échanger un regard avec son double à taille réduite qui occupe la scène. Émane de l’échange entre ces deux créatures une infinie tendresse qui rejoint l’image souriante de l’oiseau.

Phot. © Benjamin Guillement

Phot. © Benjamin Guillement

J’ai rêvé dans la grotte…

Les métamorphoses ne touchent pas seulement la relation entre humain, animal, marionnette et créatures hybrides. Elles contaminent l’espace entier du spectacle. La haute paroi aux motifs vaguement végétaux qui occupait dans la pénombre tout le fond de scène au début devient mobile, mur au-dessus duquel les personnages apparaissent, doté de portes par lesquelles ils entrent et disparaissent. Elle s’estompe aussi au profit d’une grotte animée dont les plantes descendent des cintres et se déplacent dans l’espace, créant un univers mouvant qui efface les frontières.

C’est dans cet espace du dedans, matrice de la Nature en même temps que ventre maternel et espace de mémoire, que l’oiseau prendra son envol pour la première fois. Quant à la figure de l’oiseau, elle deviendra décor dans lequel se fondent les masques d’oiseaux, composant une partition où les poupées gigognes qui s’accumulent et s’entrecroisent jouent au jeu des substitutions où se retrouve l’ambiguïté de la gémellité.

Ce jeu des échelles et des transformations, au-delà de sa réalisation virtuose et des rêveries qu’il suscite sur le simple, le double et le multiple et sur la place de l’homme dans la nature est avant tout une porte ouverte sur l’imaginaire. Étienne Saglio – qui vient, à la fin du spectacle, dresser un vibrant plaidoyer pour le rôle des aides publiques, si malmenées aujourd’hui pour ce qui concerne le spectacle vivant et sans lesquelles la création de Vers les métamorphoses n’aurait pu voir le jour – y offre un accès où tendresse, douceur et poésie se rencontrent et nous réconcilient avec le monde.

Phot. © Benjamin Guillement

Phot. © Benjamin Guillement

Vers les métamorphoses
S Création Étienne Saglio / Monstre(s) S Interprètes Étienne Saglio ou Vasil Tasevski, Clément Dazin ou Antoine Guillaume et le chien Messi S Dramaturgie et regard extérieur Valentine Losseau et Raphaël Navarro S Scénographie Benjamin Gabrié S Création musicale Madeleine Cazenave et Thomas Watteau S Création lumière Alexandre Dujardin S Régie lumière Alexandre Dujardin ou Laurent Beucher S Régie son Thomas Watteau ou Christophe Chauvière S Conception machinerie Simon Maurice S Conception vidéo Camille Cotineau S Régie vidéo Camille Cotineau ou Camille Gateau S Régie générale et construction Yohann Nayet S Régie plateau Yohann Nayet ou Alexis Artero, Simon Maurice ou Benoit Desnos, Louise Bouchicot ou Matéo Leduc, Thomas Dilis ou Zoé Bouchicot S Création informatique Tom Magnier S Régie informatique Thibaut Champagne ou Nicolas Guichard S Réalisation des marionnettes, accessoires et costumes Louise Digard S Coachs animaliers Laura Martin et Pascal Tréguy S Logistique de tournée Marion Galon ou Célia Kwaniewski S Montage de production, administration et diffusion AY-ROOP Production Monstre(s) S Coproduction Théâtre de Cornouaille – Scène nationale de Quimper, maisondelaculture de Bourges – Scène nationale, Scène nationale de l’Essonne, Théâtre national de Nice – CDN Nice Côte d’Azur, Théâtre Sénart – Scène nationale, Théâtre national de Bretagne (Rennes), Tandem – Scène nationale (Arras-Douai), Équinoxe – Scène nationale (Châteauroux), Le Grand T – Théâtre de Loire-Atlantique, MC2: Maison de la Culture de Grenoble – Scène nationale, La rose des vents – Scène nationale Lille Métropole-Villeneuve d’Ascq, Espace des Arts – Scène nationale (Chalon-sur-Saône), Scène nationale d’Orléans, Comédie de Clermont – Scène nationale, Carré Magique – Pôle national cirque en Bretagne, Théâtre du Rond-Point, Centre culturel Jacques Duhamel (Vitré), AY-ROOP – Scène de territoire cirque (Rennes), Le Carré – Scène nationale, CACIN du Pays de Château-Gontier, L’Hectare – Territoires vendômois, Centre national de la Marionnette (Vendôme), 2 Pôles Cirque en Normandie – La Brèche à Cherbourg / Cirque-Théâtre d’Elbeuf, Scènes du Golfe – Théâtres de Vannes et Arradon, Le Carreau – Scène nationale de Forbach et de l’Est mosellan, Théâtre de Laval – Centre national de la Marionnette, Le Quai – CDN (Angers), Le Manège – Scène nationale transfrontalière (Maubeuge) S Soutiens Ministère de la Culture / DGCA – aide nationale pour les arts du cirque, DRAC Bretagne, ARTCENA – Écrire pour le cirque, Rennes Métropole S Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National S Monstre(s) bénéficie du soutien de la Fondation BNP Paribas pour le développement de ses projets S « Aucun animal n’a été maltraité pendant la réalisation de ce spectacle. » S Création en octobre 2024, au Théâtre de Cornouaille S Durée 1h S À partir de 8 ans

TOURNÉE
7 - 16 novembre 2025, mer.-vendredi, 19h30 – sam., 18h30 – dim., 15h – sf 10 & 11 nov.
Théâtre du Rond-Point – 2 bis av. Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
27 - 30 novembre 2025 MC93, Bobigny (93) /
4 & 5 décembre 2025 Opéra de Dijon (21)
16 & 17 décembre 2025 Le Carreau, Scène nationale, Forbach (57)
22 & 23 janvier 2026 L’Hectare, Vendôme (41)
3 - 7 février 2026 Bonlieu Scène nationale, Annecy (74)
12 - 14 avril 2026 Le Figuier Blanc, Argenteuil (95)

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