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Arts-chipels.fr

La Stupéfaction. Sauve qui peut la vie ! Tomber et rebondir, s’effondrer et se reconstruire, quelques exemples parmi d’autres…

Phot. © Raphaël Arnaud

Phot. © Raphaël Arnaud

Dans ce spectacle sur la brisure de soi, trois personnages exposent leur mal-être et leurs tentatives pour en sortir.

À l’avant-scène, face au public, un homme et une femme racontent le moment où ça a craqué. Lui, Peter, était un communicateur au carnet d’adresses faramineux, toujours sur la brèche. Elle, Frédérique, est professeur de lettres dans des classes de BTS et mère de famille. Un jour, Peter s’est effondré : AVC. Fred, elle, s’est retrouvée tétanisée, dans l’impossibilité de franchir le seuil de l’établissement où elle enseigne pour affronter ses élèves. Trop de stress, trop de charges extérieures, burn-out.

Ce sont ces êtres brisés qui se retrouvent dans un centre de soins pour « se reconstruire ». Là, ils retrouvent une jeune femme, Mathilde, qui ne se remet pas d’une relation toxique entretenue avec l’un de ses professeurs. Depuis, elle vit dans son cocon, absente au monde et sans volonté d’y retourner.

À eux trois, ils entameront, sous le couvert d’arbres protecteurs avec lesquels ils entretiennent une relation quasi mystique, une réconciliation avec le monde extérieur, qui passe par la protection offerte par la nature, par des retrouvailles avec leur propre corps et par la conscience de leurs propres capacités.

Phot. © Raphaël Arnaud

Phot. © Raphaël Arnaud

Entre « recettes » de mieux-être et thérapie collective

Dans un espace abstrait délimité par quelques cloisons métalliques, des barres de néons mobiles qui distillent des états d’âme et le support de trois chaises, qui permettront d’évoquer les cercles de parole utilisés comme méthode thérapeutique, les trois personnages se débattent dans la névrose qui les a en même temps coupés de leur milieu social et de ce qui faisait leur vie. De la solitude de leur enfermement sur eux-mêmes, ils évolueront vers une transformation où l’assistance des autres et la confiance en autrui joueront leur rôle.

La forêt qui les environne et dans laquelle ils trouvent refuge occupe ici une place salvatrice. Elle est le havre où l’on se réfugie, où l’on se ressource. Étreindre un arbre scelle, à travers le sentiment de la nature, une union avec une vérité immanente du monde.

Un esprit sain dans un corps sain… Depuis les Satires de Juvénal, la formule a fait florès, et la pièce ajoute quelques recettes caricaturalement jouées du mieux-être – gymnastique, respirations, étirements, expressions du corps, jeux de rôles – pour assaisonner cette reconquête de soi et mettre les personnages en état d’exprimer par la parole ce qui restait enfermé en eux, rétablir une certaine confiance dans les autres comme en eux-mêmes et, pour certains, trouver la voie d’une guérison qui leur fait emprunter la voie scintillante et dorée de la sortie du Centre, enfin réconciliés avec eux-mêmes.

Phot. © Raphaël Arnaud

Phot. © Raphaël Arnaud

Au pays du déjà connu

Le thème n’est pas neuf. Les situations dramatiques de rupture du cadre social abondent dans une société où le stress est la maladie du siècle, où l’abus de position dominante, fût-il « consenti », reste une forme de viol, où le toujours plus de performance est exigé, où la charge mentale des femmes, brocardée, reste encore une réalité. Le théâtre n’a pas manqué de s’en faire l’écho et ajouter une pierre à l’édifice peut s’avérer périlleux en matière d'originalité, compte tenu de la multitude de spectacles existant sur le sujet.

Ici, si le propos est évidemment louable et si bien des enseignants, en particulier, peuvent se reconnaître dans les tribulations angoissées devenues vengeresses de Frédérique, son contenu reste cependant schématique et le jeu des comédiens semble cousu d’un fil blanc qui, même s’il emprunte à la fantaisie et à l’humour, reste flottant entre les eaux du rire et de l’émotion.

On s’interroge sur la visée du traitement comique des « techniques » de mieux-être en se demandant jusqu’où est menée, dans la pièce, la réflexion sur une possible imposture du soin. On attend en vain quelque chose qui distingue, détache le texte de son côté « ras du vécu » qui engendre une impression de déjà-vu, de déjà-goûté.

On rêve d’un dérapage qui pousserait le jeu des actrices et de l’acteur vers une précision maniaque de la diction qui démarquerait le contenu du texte de sa trivialité et accentuerait la perception de la névrose ou, à l’inverse d’un registre comique plus poussé vers l’extrême, plus tourné vers le clown et la farce, qui marquerait davantage les faux-semblants. Au lieu de cela, on navigue sur une route textuelle pleine de poncifs que le jeu des acteurs ne parvient à hisser ni vers l’onirique ni vers le cocasse. Aussi, lorsque le spectacle s’achève, et malgré le happy end parcellaire de ce récit de reconquête de soi, on reste sur sa faim…

La Stupéfaction
S Texte & mise en scène Marie Provence S Dramaturgie Pierre Chevallier & Thomas Pondevie S Collaboratrice artistique Florine Mullard S Avec Christelle Saez (Mathilde), Florent Cheippe (Peter) & Leslie Granger (Frédérique) S Création musicale Sylvain Montagnon S Création lumière Sébian Falk S Scénographie Claudine Bertomeu S Création costume Virginie Bréger S Production Cie 7e Ciel S Coproduction Théâtre Joliette - Scène conventionnée arts & création, pour la diversité des écritures contemporaines à Marseille, La Criée - Théâtre National de Marseille S Soutien La Chartreuse - Centre National des écritures du spectacle, de Villeneuve-lez-Avignon, de La Fabrique Mimont Cannes, de la Ville de Marseille, de la DRAC PACA (aide à la résidence), de La Maison des Auteurs et Autrices Dramatiques, du collectif le Gueuloir a.s.b.l, en partenariat avec le Centre Culturel Kulturfabrik Asbl (Luxembourg) S
Durée 1h40
4-6 & 8 novembre 2025 à 19h, 7 novembre à 20h
Théâtre Joliette - 2 place Henri Verneuil, 13002 Marseille
www.theatrejoliette.fr
30, 31 janvier et 1er février 2026 Théâtre du Balcon, Fest'hiver, Avignon.

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