22 Novembre 2025
Les musées municipaux de Châlons-en-Champagne poursuivent leur projet de futur musée des Arts du Cirque dont l’ouverture est prévue en 2029 en créant une exposition dédiée au cirque équestre. Là où tout a commencé…
Le musée des Beaux-Arts de Châlons-en-Champagne présente, du 15 novembre 2025 au 16 mars 2026, une exposition consacrée aux sources du cirque : l’art équestre. Il en aborde non seulement les origines mais les évolutions au fil du temps, jusqu’à ce qu’on qualifie aujourd’hui de « nouveau » cirque, apparu dans la décennie 1970.
Les quelque 300 pièces qui figurent dans l’exposition proviennent des collections « arts du cirque » des musées de Châlons-en-Champagne, enrichis par la donation en 2021 de plus de 5 000 objets de la collection Jacob-Williams et le dépôt en 2020 du fonds familial Fratellini et de pièces venues du Centre national des arts du cirque, auxquels s’ajoutent des prêts de Tohu, la Cité des arts du cirque de Montréal, d’autres en provenance du musée de l’Armée, des châteaux de Versailles et de Trianon, du CNAP, du Musée vivant du Cheval à Chantilly, de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris et des musées des Beaux-Arts de Rouen et de Reims. Un riche ensemble, présenté de manière dense dans les 500 m2 de l’exposition.
La préfiguration d’un Musée des arts du cirque
Le musée des Beaux-Arts de Châlons-en-Champagne s’était d’abord intéressé aux Acrobates en 2018, puis aux animaux savants en 2024 avec No animo Mas anima – « Pas d’animaux mais plus d’âme » –, dont le titre, jouant sur le langage, évoquait la disparition des animaux sauvages au cirque suite à une loi de 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale.
Il s’attache aujourd’hui à un retour à la source du cirque, distincte des arts forains même si leurs liens sont avérés : l’art équestre. L’occasion de voir naître les cirques en rond – qui tendent aujourd’hui à céder la place à des salles de spectacle en vision frontale, la présence de chevaux ne constituant plus le point d’ancrage du spectacle de cirque.
Ces trois expositions constituent une préfiguration du contenu des collections qu’abritera le futur Musée des arts du Cirque dont la maîtrise d’œuvre a été confiée à l’agence Moatti-Rivière – le musée devrait ouvrir ses portes en 2029. Ce lieu unique, mêlant patrimoine et création, hébergera, outre le musée, un lieu d’entraînement et de spectacles en lien avec le Centre national des arts du cirque (CNAC), le Palc (Pôle national Cirque), la Comète (Scène nationale) et le festival de cirque et de théâtre de rue Furies.
Exercices de Franconi et Astley Passe temps par V. Adam. Phot. © Gauthier Himber – Musées de Châlons-en-Champagne
Une exposition structurée en trois parties
Plusieurs composantes entrent en ligne de compte dans la constitution du cirque équestre : sa naissance et ses répertoires, issus de la voltige et de la haute école ; son développement tous azimuts, lié aux thèmes à la mode, aux engouements de son époque mais aussi à la structuration de véritables dynasties d’écuyers ; la part fondamentale qu’occupent les fastes militaires dans l’art équestre circassien.
Gravures, peintures, sculptures, affiches, journaux, théâtres d’ombres, jouets, uniformes, accessoires renseigneront le visiteur sur les évolutions du cirque équestre, sur ses moyens de diffusion, sur l’engouement qu’il suscite, sur le rôle qu’il joue, au-delà du divertissement. Une part de rêve pour le public, qui s’ancre pour les professionnels dans un travail acharné qui ne sollicite pas seulement des écuyers mais des équipes entières, avec une logistique complexe.
Si l’exposition présente une multitude de documents portant sur l’art de la voltige, les figures acrobatiques qu’elle met en avant, la participation des femmes et leur notoriété dans l’art équestre ou souligne la place du cheval dans l’œuvre picturale de Théodore Géricault, des affiches qui sont parfois de véritable œuvres d’art y ont aussi leur part, tout comme les uniformes d’écuyères et d’écuyers qui puisent dans le décorum militaire, inséparable du cirque équestre.
Les Anglais – origine oblige – occupent une place de choix, mais Français, Allemands, Américains, Suisses et Russes sont aussi présents. Parce que la voltige a toujours intéressé les sociétés où l’on montait à cheval et que le cirque équestre, parti d’Angleterre, a essaimé partout dans le monde.
Efim Alexandrovitch Liskovitch, Cavalerie de Boris Mangelli, v. 1960. Impression sur papier, 63,3 x 89 cm. Musées de Châlons-en-Champagne. Phot. © DR
Un contenu dense pour lequel les apports d’une visite guidée sont utiles
On peut choisir de regarder l’exposition simplement pour la beauté des pièces qui sont montrées, sans connaissance préalable ou intérêt spécifique pour une histoire du cirque.
On y trouvera des éléments de nature à susciter l’intérêt, qu’il s’agisse des affiches américaines du Wild West Show de Buffalo Bill, des caravanes en miniature des cirques d’autrefois ou de ces cavaliers en plomb peint, comme de ces très intéressantes plaques de zinc découpées du théâtre d’ombres présentant l’épopée napoléonienne, ou de cette lithographie de Picasso représentant une écuyère et un clown, à des années-lumière de la cavalière façon Sylphide qui est aussi exposée.
On voyagera dans les styles, de la gravure des XVIIe et XVIIIe siècles qui exalte le cavalier et ses exploits, à celles du XIXe, imprégnées de romantisme, ou de l’affiche Art nouveau de Manuel Orazi réalisée en 1900 pour l’hippodrome du boulevard de Clichy à celle, très stylisée, d’Efim Alexandrovitch Liskovitch, réalisée en 1960.
On se gorgera aussi en passant de cavaliers resplendissants en habits de parades que montrent les tableaux, de vestes à brandebourgs, de dolmans et de casques et chapeaux empanachés qui donnent à leur propriétaire la noblesse requise tout en s’amusant du char romain parodique utilisé par Albert Fratellini en auguste.
Eduard Kaiser et Josef Anton Strassgschwandtner, Kätche Renz, ballerine équestre, v. 1855. Lithographie en couleurs, 84 x 68 cm. Coll. J.Y. et G. Borg. Phot. © DR
Une histoire du cirque
L’exposition déroule ce qui forme l’histoire du cirque, à commencer par Astley, cet ancien militaire qui parade en uniforme de dragon, panache de plumes sur le tricorne et installe finalement à Paris le premier cirque, en 1783.
Elle s’intéresse au lieu du cirque, cet espace circulaire d’environ treize mètres de diamètre qui représente la longueur de la longe qui sépare le dresseur du cheval mais aussi la distance à laquelle le poulain se tient de sa mère. Elle nous montre l’évolution de ce lieu, d’abord palissade de bois puis enceinte avant de se doter d’un toit et d’être édifié en dur et les plans qui président à ces agencements. Elle tisse un lien avec les cirques antiques, de forme ovale dont s’inspireront les cirques américains, de dimensions gigantesques, qui abritent, au centre, plusieurs pistes.
Elle évoque le lien étroit qui unit les membres de la haute société et les artistes, les seconds enseignant l’art de l’équitation aux grands de leur époque, tel Franconi avec le futur Napoléon III et Joséphine de Beauharnais.
Elle évoque ces dynasties familiales de cavalières et de cavaliers : les Astley, les Franconi, qui fondèrent le premier cirque français, les Houcke, Chiarini, Knie, Caroli, Bouglione, Grüss, etc.
Elle plonge dans le quotidien de ces cirques, d’abord itinérants, dont l’activité suppose de lourds chariots et le personnel nécessaire au fonctionnement pour veiller aux soins des chevaux, s’occuper des tâches inhérentes à l'activité, maintenir le matériel de sellerie en bon état, trouver à loger des équipes importantes. Une place non négligeable est réservée à la « réclame », à ces affiches qu’il faut faire imprimer à chaque étape et qu’on placarde pour faire venir le public. Au travers des documents que révèle l'exposition se dessine toute la complexité de la gestion circassienne.
Emmanuel Joseph Raphaël, dit Manuel Orazi, Inauguration de l’Hippodrome du boulevard de Clichy, 1900. Impression sur papier, 67 x 47 cm. Coll. J.Y. et G. Borg
Le cirque équestre: une activité « encadrée » et ses répertoires
L'exposition évoque aussi le cadre dans lequel le cirque équestre évolue. À ses débuts, il se trouve enfermé dans un carcan. Pas question pour lui de descendre du cheval et de marcher sur les plates-bandes de la pantomime, encore moins de parler et d'empiéter sur le théâtre, ce qui limite grandement les développements possibles dans le domaine du spectaculaire. Qu’à cela ne tienne ! les artistes rivaliseront d’ingéniosité pour tourner la difficulté, inventant des cavaliers malhabiles, comme Astley avec Billy Button, un tailleur, un vicaire, un paysan, forcément maladroits.
La deuxième moitié du XIXe siècle leur sera plus favorable et l’on verra se développer tout un répertoire qui emprunte aux engouements du temps avec un savant mélange de légende mimée, de ballet d’action et de drame lyrique en musique. L’antiquité fournira ses chars et ses toges, l’histoire de France constituera une manne inépuisable où Jeanne d’Arc et les guerres napoléoniennes fourniront leur grain à moudre, offrant à la population un cours d’histoire quelque peu simplifié où l’exaltation de l’héroïsme se teinteront aussi d’un exotisme très colonial.
Très « comprimée » dans l’espace qui lui est réservé, l’exposition offre de nombreuses pistes. On peut imaginer que, dans sa version finale, elle proposera une circulation plus aérée et des cartouches qui ajouteront aux indispensables éléments d’identification qui sont présents des commentaires qui mettront les pièces et objets présentés en contexte.
Panache ! Les origines équestres et militaires du cirque
Commissariat de l’exposition Enora Gault, directrice adjointe des musées de Châlons-en Champagne, Pascal Jacob, auteur, directeur artistique du cirque Phenix et collectionneur, Marika Maymard, chercheuse, autrice et collectionneuse.
Du 15 novembre 2025 au 16 mars 2026
Musée des Beaux-arts et d’Archéologie de Châlons-en-Champagne
https://musees.chalonsenchampagne.fr