Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Arts-chipels.fr

Vous n’aurez pas ma haine. Un hymne à la vie.

Phot. © Vahid Amanpour

Phot. © Vahid Amanpour

Comment vivre la mort de l’être aimé et survivre à sa disparition quand elle résulte de la folie meurtrière de quelques-uns ? Antoine Leiris livre dans ce témoignage autobiographique un message de résilience et une leçon de vie.

Le 13 novembre 2015, des extrémistes musulmans organisent une opération concertée de terrorisme à Paris et à sa périphérie. Attentats-suicides au stade de France, fusillades aux terrasses des cafés dans le 11e arrondissement. L’attaque la plus longue et la plus meurtrière se déroule au Bataclan, une salle de spectacle où se déroule un concert en présence de 1 500 spectateurs. Les terroristes envahissent la salle et se livrent à un véritable carnage : 90 morts, sans compter les blessés. L’épouse d’Antoine Leiris, Hélène, est du nombre. C’est cette disparition tragique qu’il évoque en écrivant, comme une manière d’exorciser le mal, sous forme d'un roman et d'un film et dont le théâtre s'empare à son tour.

Phot. © Vahid Amanpour

Phot. © Vahid Amanpour

Un récit de vie

C’est un récit de l’intérieur que l’auteur nous livre. Il ne nous propose pas une vision « historique » des événements. Il nous plonge dans la manière dont ils impactent son quotidien avant, pendant et après les événements : les messages qu’on s’échange avant le drame, la télé allumée qui diffuse en boucle des informations qui laissent présager le pire, les appels téléphonique de proches inquiets, la ronde des hôpitaux pour aboutir, finalement, au pire : Hélène est au nombre des victimes et ils ont un bébé de dix-huit mois, Melvil, qui se retrouve sans mère.

Antoine Leiris est journaliste, ancien chroniqueur culturel pour France Info et France Bleue. Il va, d’une certaine manière, exorciser sa douleur en l’écrivant tout en imaginant la manière dont il doit annoncer à son enfant que sa mère ne reviendra plus..

Il évoque ce qui suit la tuerie du Bataclan : la lettre qu’il poste aux terroristes sur les réseaux sociaux, dans laquelle il écrit « Vous n’aurez pas ma haine », le retour du « réel » et de la trivialité avec l’organisation des obsèques, les aides maladroites que tentent d’apporter les mères de la crèche que fréquente son enfant, et surtout la manière dont il va préparer son fils à la disparition définitive de sa mère.

Phot. © Vahid Amanpour

Phot. © Vahid Amanpour

Un hymne d’amour

« Vous n’aurez pas ma haine » pose comme un acte de résistance son refus de répondre à la violence par la haine qu’attendent les agresseurs comme une justification de leur acte. Tout au long de son parcours de douleur, l’auteur évoquera la forme de résistance que constitue pour lui la manière de faire revivre son amour, au travers d’une photographie, d’un vêtement que l’on touche, mais aussi la manière d’enchanter la vie à travers ceux qui restent, et en particulier ce petit garçon dont il poétisera tous les petits actes du quotidien.

Phot. © Vahid Amanpour

Phot. © Vahid Amanpour

Une mise en scène à la fois démonstrative et étique

Construit comme un récit de vie, le témoignage d’Antoine Leiris n’obéit pas à une construction dramatique classique qui mettrait le point d’orgue, la « lettre » de l’auteur aux terroristes, à la fin. Le texte oscille donc en permanence entre exaltation et désespoir, créant des impressions de fausses fins troublantes à plusieurs endroits du spectacle.

Le comédien est seul en scène et ses états d’âme passent par des variations de l’éclairage qui le font passer du froid au chaud comme les sentiments qui l’animent. Le découpage de la lumière tient aussi sa partition. Chemin de croix dans lequel le personnage se trouve crucifié, tombe de son épouse matérialisée par un rectangle lumineux ou lit dans lequel il s’imagine encore avec elle à son côté, elle est le seul élément d’un décor qui, du coup, manque singulièrement de la chaleur de ces petits riens du quotidien qui rendent la vie vivante et que le personnage monte au pinacle comme une condition de survie.

Quant au jeu – nécessité de combler le vide qui l’entoure ? volonté de ne pas sombrer dans le pathos ? –, il se dilue, dans une volonté de mettre à distance la douleur dans une gestuelle presque démesurée qui se rapproche de la gesticulation. Cependant, parfois, comme lorsque le comédien, assis en bord de scène, lit la lettre d’Antoine Leiris aux terroristes ou lorsqu’il emmène son enfant devant la tombe de sa mère, la simplicité avec laquelle s’effectue le récit, la retenue qu’il exprime se chargent d’une émotion intense. Parce que le texte, dans son réenchantement de la vie comme réponse aux porteurs de mort, a cette force de conviction qui nous touche.

Phot. © Vahid Amanpour

Phot. © Vahid Amanpour

Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris
S Mise en scène Olivier Desbordes S Jeu Mickael Winum S Création musicale Moone S Avec l’autorisation de l’auteur et des éditions Fayard, le texte est représenté pour la première fois dans son intégralité S Avec le soutien de l’Espace Jacques Tati d'Orsay, de la Ville d’Orsay, du Centre Maurice Ravel-Théâtre Douze, de La Ligue de l'enseignement, du Théâtre de L'Abbaye de Saint-Maur, de l’Espace Paris-Plaine, du Petit Louvre Avignon S Production/diffusion L’Avant-Scène productions / Claire Ramiro S Durée 1h40

Du 29 septembre au 30 décembre 2025, les lundis et mardis à 21h
Théâtre Actuel La Bruyère – 5, rue La Bruyère, 75009 Paris
www.theatrelabruyere.com

Le 6 février 2026, Centre Maurice Ravel-Théâtre Douze (75012Paris). Scol. 14h30, tt public 20h

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article