24 Octobre 2025
Petit travers social, et parfois plus gros que ça, la honte gangrène le naturel des relations entre les humains. Léa Roblot et Élise Roth en dressent un portrait savoureux étayé par des exemples cocasses. Pour nous guérir à tout jamais d’avoir honte ? Ou peut-être pas toujours… ?
Elles ne sont pas Laurel et Hardy mais c’est tout comme. La grande bringue filiforme montée sur des talons d’une hauteur plus que conséquente et la petite – pas boulotte, on vous rassure, pas de quoi avoir honte… Elles sont sur scène parce que y en a marre de se surveiller en permanence, de ne pas péter en public, de ne pas roter alors que dans certains pays c’est signe qu’on a bien mangé, ou d’avoir honte d’exhiber ses parents en société parce qu’ils font tache dans le décor avec leur réflexions mal appropriées.
Une exploration tous azimuts du champ de la honte
C’est d’une boîte aux idées nourrie de témoignages qu’elles ont demandés autour d’elle qu’elles nourrissent leur « démonstration » en offrant un inventaire des hontes qui nous guettent à chaque coin de rue et dans toutes les situations de la vie quotidienne. Ignorance soulignée par les autres, dérogation aux règles sociales, humiliations en public, pensées inappropriées dans certaines situations, autoflagellation pour les raisons les plus diverses, la liste est longue et la honte bien ancrée dans notre fonctionnement quotidien. Nos deux autrices en appellent – disent-elles – au témoignage du public qui n’est bien sûr ni bienvenu ni requis, comme si quand on vous demande « Ne pensez-vous pas ? » on attendait de vous que vous apportiez autre chose qu’un geste d’acquiescement – et en tout cas certainement pas ni un enrichissement ni une contradiction.
Rire-thérapie
Assumer ce que l’on est, ce que l’on porte, d’où nous venons, retrouver la fierté de soi-même et y parvenir à travers la fonction cathartique du rire : tel est le l’objectif que se proposent nos deux duettistes en se renvoyant la balle sur le mode clownesque. L’une commence une phrase et l’autre la termine quand elles ne jouent pas aux Dupond et Dupont d’Hergé en se répétant mutuellement. Le sourire figé dans un rictus, elles se lancent dans une gestuelle exagérée, très solution miracle pour jeux télévisés. Ça dérape comme dans les situations de la vie courante, ça glisse comme lorsqu’on vous place une peau de banane sous les pieds, ça se résout à coups de mimiques triomphalistes dans une geste chorégraphiée qui tire parti des différences morphologiques des deux comédiennes comme de leurs interactions.
Bien que le duo soit parfaitement réglé et qu’on s’amuse de ce parcours du combattant honteux d’avoir honte, on a le sentiment qu’il manque encore quelque chose, dans le plus déjanté peut-être, ou dans le fait d’aller encore plus loin dans les exemples qui sont placés en ligne de mire. Si on reste un peu sur sa faim, l’exercice de style original et difficile que se sont proposé ces duettistes au féminin reste cependant aussi louable que savoureux. Mimer la honte en la transposant donne lieu à quelques délectables séquences dont une séance, du plus comique effet, de passage en maillot de bain acrobatique lorsqu’on est tout habillé et qu’on n’a pas de serviette, ou à des rituels libératoires qui surfent avec le volontairement douteux pour conjurer le honteux.
Mais la finesse est aussi au rendez-vous dans cette traversée sans fard ni rougeur de la honte. Car doit-on cesser d’avoir honte quel que soit le sujet de cette honte ? Si se débarrasser de la honte s’attache au racisme, à la phallocratie, à la xénophobie ou à la violence exercée sur les autres, peut-être faut-il se dire que toutes les hontes ne sont pas à mettre sur le même plan et que certaines ne devraient pas être bues…
La Honte !
S Conception, écriture et interprétation Léa Roblot et Élise Roth S Collaboration à l’écriture Mickaël Délis S Collaboration artistique Lucie Valon et Leïla Gaudin S Création lumières Fabrice Peineau S Production EKI Compagnie S Soutiens Théâtre La Flèche, Théâtre du Samovar, Théâtre Jean Marais - Ville de Saint-Gratien, Festival des Mises en Capsules, Comme Vous Emoi, Mothers in Trouble production S Durée 1h15
Compagnie CRÉATION 2025
Du 17 octobre au 16 novembre 2025 à 21h les mercredis et vendredis, à 18h les dimanches
Au Théâtre La Reine Blanche - 2 bis Passage Ruelle – Paris 18e
www.reineblanche.com